Sionisme et gestion des ressources humaines

Dans L’État des Juifs (1896), Theodor Herzl nous a montré comment les tout premiers arrivants juifs en Palestine, les plus pauvres – et notamment les mendiants – seront conduits, par une assistance intelligemment menée, à acquérir des réflexes de travail.

Ainsi, dès le départ, une mise en garde s’impose. Theodor Herzl nous la fournit de bon cœur :
« Car la terre promise doit d’abord être conquise. » (page 65)

migrants

Par conséquent :
« La mendicité ne sera pas tolérée. Tout homme libre qui ne voudra pas travailler sera placé en maison de travail. » (page 75)

Nous ne sommes certes pas des sauvages, puisque, affirme Theodor Herzl :
« En revanche les vieillards ne seront pas enfermés dans les asiles. » (page 75)

Mais…
« Nous tenons à laisser à ceux qui se trouvent à l’échelon le plus bas de l’intelligence humaine l’illusion réconfortante de leur utilité. Ceux qui sont incapables de fournir un travail physique rendront de petits services. » (page 75)

Au-delà des cas les plus difficiles, il y aura un principe général à mettre en application avec la plus grande fermeté :
« Pour tous les âges, à toutes les étapes de la vie, nous rechercherons le bonheur par le travail. » (page 75)

Formule à méditer… Et fort bien adaptée à un système d’exploitation de l’être humain par le travail… Si c’est bien le terrain sur lequel Theodor Herzl et ses compères de la haute finance ont médité d’emmener le petit peuple juif, et quelques autres au-delà de lui…

Or, au-delà de la nécessité de travailler imposée à tout un chacun, personne n’aura grand-chose à redouter :
« Il n’y aura de coercition que celle qui sera nécessaire pour le maintien de l’État et de l’ordre public. Ces obligations ne sont pas déterminées par l’arbitraire d’une ou plusieurs personnes, mais par des lois implacables. » (page 80)

Ce qui n’est tout de même pas rien…

Malheur, donc, à qui remettrait en cause cet État qui ne revêtira d’abord qu’une forme provisoire… En effet, le gestionnaire du peuple juif en cours d’émigration existe déjà chez Theodor Herzl, et nous le connaissons :
« Le gestor des Juifs doit être dans toute l’acception du mot une personne morale. Ce sera la Society of Jews. » (page 88)

…dont nous savons qu’elle rassemblera des « valeureux Juifs anglais » bientôt attelés à la tâche, avec leurs camarades de la société par actions au capital d’un milliard de marks, d’amorcer le grand mouvement des nouveaux élus :
« Le départ des premiers, des plus pauvres, sera mené par la Society et la Company qui ne manqueront pas de trouver l’appui des organisations d’émigration ainsi que les sociétés sionistes déjà existantes. » (page 77)

Comme on le voit, dès le départ, le sionisme est en action… Il agit sur le terrain, au départ, mais aussi à l’arrivée… Et fort heureusement, dès le départ, il n’est pas tout seul. C’est ce que, au début de son livre, Theodor Herzl a appelé la « force motrice » :
« Il ne sera guère nécessaire de faire de grands efforts pour intensifier le mouvement d’émigration. Les antisémites s’en chargeront pour nous. » (page 77)

Il nous l’avait dit : la force motrice, c’est la « détresse« … Ou pire, affirme-t-il maintenant…
« […] les plus pauvres suffiraient à créer l’État ; ne forment-ils pas le matériel humain le plus actif pour une colonisation et cela parce qu’il faut toujours un peu de désespoir en soi pour accomplir de grandes choses. » (page 77)

Désespoir donc, bien nécessaire aux plus pauvres dont il faut obtenir, dans les meilleurs délais, qu’ils se plient, en terre promise, à la loi d’un travail qui, etc…
« Mais alors que nos desperados enrichiront le pays par leur présence et par leur travail, ils créeront peu à peu chez les plus riches le désir de les rejoindre. » (page 77)

Tiens, tiens… La richesse au secours d’une victoire remportée par le seul travail… Theodor Herzl serait bien le dernier à s’en étonner, lui qui aura écrit :
« Les couches les plus pauvres seront rejointes peu à peu par celles qui sont juste au-dessus d’elles. Celles qui sont au désespoir partiront les premières. Elles seront menées par nos intellectuels des classes moyennes, que nous produisons en surnombre et qui partout sont persécutés. » (page 42)

…Et qui, comme cela nous a été dit précédemment, risqueraient, en Europe et si l’on n’y prenait garde, de se transformer en sous-officiers du socialisme…

Imaginons l’arrivée en Palestine de ces plus pauvres et de leurs sous-officiers intellectuels, c’est-à-dire de « l’assistance par le travail« …

En effet, selon le plan très précis de Théodor Herzl :
« Les sociétés de bienfaisance seront volontairement transférées par les groupes locaux. » (page 74)

Tout ceci sous le contrôle étroit de l’État provisoire, puisque…
« Appuyée sur les groupes locaux, la Society [of Jews] donnera toute son attention à l’éducation du peuple. » (page 75)

Et ceci dès le temps du voyage, à l’occasion duquel il va déjà lui falloir faire preuve de doigté. Theodor Herzl lui-même s’en inquiète :
« Nos trains et nos bateaux n’auront peut-être qu’une seule classe. Au cours de voyages aussi longs, la différence de traitement serait insupportable pour les plus pauvres. Et même si nous ne les conduisons pas à une partie de plaisir, il faut éviter de troubler leur bonne humeur. » (page 72)

N’oublions pas qu’ils remontent d’un désespoir très profond qu’ils doivent, pour une part essentielle, aux antisémites. Inutile de gâcher tant d’énergie ailleurs que dans une activité bien orientée. Allons même plus loin, s’exclame Theodor Herzl, et, cette fois-ci, c’est la société par actions qui veille :
« La Company devra prendre soin de préparer des logements convenables pour les plus pauvres. » (page 73)

C’est ce qu’on pourrait appeler l’effet sandwich, et nous n’avons peut-être pas fini d’en entendre parler :
« La Company devra constamment s’en remettre à l’autorité morale et au soutien de la Society, de même que celle-ci ne saurait se passer de l’aide matérielle de la Company. » (page 65)

Or, la Company of Jews, c’est une sorte de délégation de la haute finance, c’est-à-dire d’une comptabilité du risque, d’un risque à bien mesurer… Comment Theodor Herzl aurait-il pu oublier de montrer que, de ce côté-là aussi, de ce côté-là surtout, son grand projet d’investissement en Palestine est rudement bien ficelé ? La preuve…
« Par la Society of Jews, qui aura été informée à temps par les groupes locaux, la Jewish Company connaîtra à l’avance la composition des groupes, leur jour d’arrivée et leurs besoins. » (page 64)

Croustillant, tout cela !… Ils ont bien de la chance, les « plus pauvres« …

En effet…
« L’industrie du vêtement de la Company pour les pauvres émigrants ne produira pas au hasard. » (page 65)

Gare à la suite !

Michel J. Cuny

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