Venus de la concurrence : ces signaux que l’État allemand sait si bien relayer

Ainsi que nous avons pu le voir, pour les penseurs de l’économie sociale de marché, la démocratie s’assimile tout simplement à la concurrence… Rappelons, par ailleurs, cette curieuse formule qui figure à la page 13 du long document de la Fondation Konrad Adenauer, et qui fixe, en conséquence, la zone d’intervention de cette même démocratie qui revient à…
« pouvoir s’exprimer et agir librement en sa qualité de citoyen (pendant les élections) », 
en dehors de quoi : silence et discipline…

Seule cette forme de « démocratie » très atténuée convient… En effet, constatent ces messieurs…
« Dans une démocratie parlementaire et représentative guidée par les intérêts et orientée vers les électeurs, il n’est pas facile de fixer les règles qui régissent la concurrence et de suivre leur application, même si cela est extrêmement important pour le bien-être général. » (Idem, page 25)

Il ne faut donc qu’une «  démocratie parlementaire et représentative » d’apparence. L’apparence, c’est le temps du vote et le vote lui-même. Sitôt après, c’est l’État qui s’exprime, et plus rien que lui, en faisant bouger les apparences de temps à autre… Encore ne faut-il pas qu’il se trompe sur le sens réel de ce qu’il est censé faire derrière les apparences des institutions parlementaires qui le masquent :
« Concernant la fonction de la « concurrence garant de liberté », il faut s’assurer que la mission de l’Etat se limite à la définition du cadre et des règles, à leur contrôle et sanctions. » (Idem, page 25)

C’est qu’il ne s’agit pas de plaisanter…
« Une économie de marché encadrée par des règles dans laquelle l’intervention de l’Etat reste une exception, minimise les pertes de ressources liées aux mauvaises décisions parce qu’elle émet des signaux pour une adaptation rapide – au risque de voir disparaître l’acteur concerné du marché. » (Idem, page 25)

Ou bien on tient compte du signal, ou bien on meurt… Ainsi, à travers le simple « signal », il paraît que c’est tout simplement l’ancien «  pouvoir absolu du souverain » qui s’exprime… celui que nous avions rencontré à travers le lien historique que les auteurs établissaient entre l’économie sociale de marché et ce mercantilisme  qui s’était lié à la mise en place de l’esclavagisme… (Idem, page 8)

Mais nous savons aussi que l’économie sociale de marché dispose d’une « fonction signal ». Nous allons y revenir, en rappelant qu’elle s’inscrit parmi les cinq « fonctions de base d’une concurrence garante de liberté » parce qu’elle « permet le bon fonctionnement du système des prix sur des marchés libres ». (Idem, page 24)

Eh bien, rappelons quel signal pend au nez de la main-d’œuvre tout particulièrement… du fait de la concurrence qui pèse directement sur elle sitôt qu’elle entre dans le champ de l’exploitation par les propriétaires privés des capitaux :
« 1. Les prix – qui comprennent aussi les salaires, les traitements et les honoraires – envoient des signaux aux entreprises, aux clients et aux salariés et travailleurs si et dans quelle mesure il est rentable de s’engager dans une branche donnée, de fournir des produits ou des services, ou de participer à une formation continue pour exercer une certaine activité. » (Idem, page 24)

C’est le signal émis par le fameux revolver du départ qui se trouve activé ici pour relancer le travailleur, la travailleuse, dans la course à l’emploi ou à la formation… Et plus vite que ça !…

Et tout cela, non sans passer sous le regard éventuellement plein de mépris des « forts » qui, s’ils ont bien intégré ce qu’il y a à retenir de l’histoire générale de la main-d’œuvre… telle qu’elle peut être interprétée chez les pères fondateurs de l’ordolibéralisme tout autant que de l’économie sociale de marché, savent tout le mal qu’il faut en penser…

Nous aurons bientôt l’occasion d’aller voir cela de plus près… Pour l’instant, nous pouvons constater que les « signaux » envoyés à la main-d’œuvre œuvrant sur le sol allemand depuis les années qui ont immédiatement suivi la mise en œuvre du traité de Maastricht (1992), ont été entendus…

Cela prend la forme d’un très joli tableau qui compare…

La compétitivité dans les pays de l’Europe de l’Ouest
(développement des coûts unitaires de la main-d’œuvre – 1997-2010)


La légende nous dit ceci :
« La figure montre que dans presque aucun autre pays membre de l’UE les coûts unitaires de la main d’œuvre ont aussi peu augmenté qu’en Allemagne. Par contre, au sud de l’Europe ils ont fortement augmenté réduisant ainsi la compétitivité de ces économies. » (Idem, page 30)

Précision utile :
« La faible augmentation des coûts unitaires de la main d’œuvre en Allemagne est due à la politique des salaires modérée des partenaires sociaux au cours des dernières années mais également au gain de productivité de l’économie allemande. Les coûts unitaires de la main d’œuvre sont un indicateur important pour la compétitivité d’un pays. Ils se calculent en mettant les coûts absolus du travail (l’Etat jouant un rôle essentiel par rapport au montant de ces coûts) en rapport avec la productivité des entreprises. » (Idem, page 30)

L’État – très peu visible, eu égard au rôle fondamental qu’il joue… qui n’est rien d’autre que celui d’exercer – en catimini, et à l’extérieur tout autant qu’à l’intérieur – le pouvoir absolu du souverain… loin des petits allers-retours devant l’urne d’une population allemande elle-même faussement naïve…

Michel J. Cuny

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