6. Une impression en carnets. Une reliure par couture et collage.

Pour la première édition du roman Une femme très ordinaire, l’imprimerie Kruch de Raon-L’Étape avait fait la mise en page en vue de l’impression par carnets et de leur reliure par couture : le dos de ce roman, souple et résistant, permettait lectures et relectures. Et les exemplaires conservés de cette édition originale d’il y a 45 ans nous permettent de le dire : la reliure résiste au temps.
Pour la première édition du roman Les samedis de mai, le dos, qui n’était pas large, avait été collé mais avec une couche de colle conséquente et très forte : il a résisté aux lectures et relectures. Et la reliure des exemplaires conservés de l’édition originale d’il y a 31 ans est restée de qualité.
Pour mon roman Le dernier chemin, que Raon Reprographie n’avait pas jugé nécessaire d’imprimer par carnets et de relier par couture, le dos, qui était plus large, avait été simplement collé avec une mince couche de colle à peine visible : il s’est cassé au fil des lectures et relectures. Et les exemplaires conservés de l’édition originale d’il y a 30 ans montrent que la reliure n’a pas résisté au temps.

Pour la première édition de notre ouvrage Le feu sous la cendre, nous étions sûr(e)s et certain(e)s que l’impression par carnets et la reliure par couture étaient absolument nécessaires. Mais monsieur Bui continuait à trembler devant le « monument », et remettait en cause ce qui avait été décidé tout en s’efforçant d’être rassurant :
« [Le début manque] renoncer à la reliure par couture qui vous aurait coûté 24000 F.), et prendre la reliure par colle spéciale renforcée par la singalette (une toile). C’est solide, nous avons fait 1 essai endurant. Franchement, nous ne pourrons pas faire mieux, vu l’importance de l’investissement et le hasard de la vente. »

[Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Correspondance, Lyon (1983-1987), Raon-L’Étape, Lettre de monsieur Bui Dinh Long à MJC-FP. Note de l’auteuse : Le début de cette lettre, s’étant probablement perdu dans la masse de nos courriers ou lors de nos déménagements, la date est à situer peu avant le 17 mars 1986, sans doute le 12 mars, selon le cachet de la Poste sur une enveloppe vide, car nous répondions rapidement, d’une façon générale, aux lettres que nous recevions, encore plus rapidement à celles des imprimeurs !]

Et les jours qui défilent
à la vitesse… du temps !

À propos de cette reliure qui faisait couler beaucoup d’encre, et en réponse à la proposition de l’imprimeur, Michel écrivait encore le 17 mars :
« La difficulté tient au type de la reliure : c’est plus que de la solidité qu’il va falloir à ce livre, c’est une véritable résistance à la dure épreuve de lectures plusieurs fois répétées, surtout dans le cadre des bibliothèques municipales, médicales, universitaires, etc…
Et puis, au fil de nos rencontres actuelles et du rassemblement de souscriptions provenant de personnes non encore vues auparavant, quelque chose se confirme : nous allons bénéficier d’appuis importants. Pour la seule semaine qui vient de s’écouler, on nous aura présenté ceci au titre des éventualités : de Mr Lorcin (professeur d’histoire à l’Université de Lyon) un article dans les “Cahiers d’histoire” ; de Mr Ferrero (professeur de psychologie à Lyon II) une place dans la bibliographie qu’il distribue en début d’année universitaire à 3000 étudiants ; de Mr Navrot (professeur à Sciences-Po de Lyon) une conférence-débat à Sciences-Po et un article dans les pages régionales du “Monde”.

Ce n’est qu’un tout petit début : car ces propositions nous sont faites à l’emporte-pièce, sous le choc d’une discussion de quelques minutes seulement et après présentation d’une simple table des matières.
Ceci (et bien d’autres choses qu’il serait très long de mettre par écrit) nous porte à penser qu’il ne faut pas que le livre puisse présenter la moindre faiblesse dans sa réalisation : on n’a pas fini d’en parler et d’en reparler dans l’université française et ailleurs…

Certes, l’attente est bien dure, mais après toutes ces années de travail et de misère nous avons enfin le plaisir de récolter quelques fruits qui en annoncent d’autres et d’une taille réellement imposan
te. »
[Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Correspondance, Lyon (1983-1987), Lettre de MJC à monsieur Bui Dinh Long, Lyon, 17 mars 1986.]

Monsieur Bui avait beau se faire tout à fait rassurant quant au problème que nous lui exposions, nous n’étions pas rassurés. Étant face à notre gros ouvrage, nous ne pouvions qu’avoir quelques appréhensions quant à une reliure par simple collage, même avec de la “colle spéciale” et de la “singalette”. Nous avions eu toutes les peines du monde pour obtenir des renseignements précis sur la “singalette” et nous comprenions bien que cette toile pouvait conforter le dos du livre mais elle ne pouvait tenir les pages les unes aux autres.
Et donc, nous avions décidé de faire le maximum pour obtenir la reliure par couture, sans froisser monsieur Bui qui, de son côté, cherchait différentes solutions au problème de coût. Cependant, tous ces atermoiements de l’imprimeur amateur n’étaient pas faits pour nous arranger : le temps passait… Nous voyions arriver les mois de grandes vacances qui ne seraient guère propices à la diffusion de notre ouvrage dans la ville et ses environs.
Aussi, Michel ajoutait à la fin de cette lettre du 17 mars :
« Votre dernière proposition sera donc comme une sécurité qui pourrait être utilisée au cas où le rassemblement des premiers 50 000 francs serait trop long à réaliser. Il n’y a qu’une chose qui nous effraie, c’est votre absence d’une quinzaine de jours en mai. Selon l’évolution actuelle de nos revenus, le travail (avec couture) semblerait pouvoir commencer vers cette époque : partez-vous au début ou plutôt à la fin de ce mois ?
Nous vous remercions encore, cher monsieur Bui, du souci que vous vous donnez pour nous soutenir dans cette délicate circonstance : nous connaissons trop la solitude pour ne pas goûter à leur juste valeur cette vigilance et cette solidité
. »
[Idem.]

Cette dernière phrase en dit long sur ce que Michel et moi vivions…

7. Les dernières recommandations à l’imprimeur

Françoise Petitdemange – Michel J. Cuny
16 mai 2021





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