5. Encore quelques pas avant l’impression : la vente en souscription et le montage des pages

Bon ! Nous avions assuré la composition du texte avec la mise en page, et tout, et tout… plus rien ne pouvait nous arriver de ce côté-là.
Restait la dernière étape : l’impression, pour laquelle il n’y avait jamais eu de problèmes majeurs. Il nous fallait juste faire entendre à l’imprimeur que, lors du tirage (c’est-à-dire de l’impression d’un certain nombre d’exemplaires du livre), aux moments de l’encrage puis du réencrage, il ne devait peut-être pas trop tirer sur l’encre… Après tout, les livres sont imprimés pour être lus et lisibles.
Pour ne pas repartir de zéro dans les tractations avec un imprimeur, nous avons repris contact avec notre médecin du travail-imprimeur du dimanche, monsieur Bui Dinh Long, qui vivait toujours à Raon-L’Étape.

Après un échange de lettres, monsieur Bui, qui avait encore, dans le sous-sol de sa maison, son imprimerie Raon Reprographie, devenue Raon-Repro, s’est engagé à faire le travail.

Le 24 décembre 1985, Michel écrivait à monsieur Bui Dinh :
« La mise en page est terminée. Les notes de renvoi ont été placées aux endroits adéquats. Tout compris : texte, bibliographie, index des noms de personnes, table des matières, le livre atteint 660 pages. Nous avons par ailleurs obtenu le numéro I.S.B.N.
Nous avons aussi commencé la vente par souscription, en reprenant contact avec quelques-uns de nos lecteurs et lectrices lyonnaises et en leur présentant le texte de quatrième de page de couverture ainsi que la table des matières.
 »

[Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Correspondance, Lyon (1983-1987), Lettre de MJC à monsieur Bui Dinh Long, Lyon, 24 décembre 1985. Note de l’auteuse : L’ISBN (International Standard Book Number) = Numéro international normalisé du livre. C’est un numéro d’immatriculation personnel et unique qui donne une identité au livre et permet un référencement plus aisé dans les bibliothèques et les librairies.]

Pour ne pas partir de 0 centime, la vente par souscription d’un ouvrage à paraître se fait à un prix préférentiel par rapport au prix de l’ouvrage paru. Ainsi Le feu sous la cendre à paraître était au prix préférentiel de 150,00 francs alors que le prix de vente de l’ouvrage paru serait, si notre mémoire ne nous fait pas défaut, de 190,00 francs. Nota Bene : 35 ans après, c’est-à-dire en cette année 2021, cet ouvrage, réédité, est mis en vente à 33 euros dont 2 € de frais d’envoi ; selon le convertisseur des francs en euros, notre ouvrage devrait être au prix de vente de 51,06 euros sans les frais d’envoi qui approchent des 10,00 euros.
[https://www.insee.fr/fr/information/2417794]
Certaines personnes souscrivaient pour 2, voire 3 exemplaires. Pour nous, ce geste cordial représentait une aide importante à l’impression, mais cette aide était aussi une charge pesant sur nos épaules et dans nos esprits…


Et donc…
Michel rappelait notre engagement :

« En échange des souscriptions, nous avons donné des reçus qui nous contraindront à livrer dès que possible, c’est-à-dire d’ici à quelques semaines, les exemplaires vendus. C’est pourquoi nous vous demandons de nous répondre très rapidement. »
[Idem.]
Mais le temps des imprimeurs amateurs n’est pas le temps des auteur et auteuse.

1985-1986-décembre-janvier…
Et le temps qui s’envole

Pour réduire la facture de l’imprimerie et l’angoisse qui viendrait avec, nous avions décidé de faire le montage des pages en vue de l’impression : ce pas supplémentaire nous faisait pénétrer dans les arcanes de la fabrication des livres. Malgré cela, dans sa réponse à notre lettre, monsieur Bui Dinh prenait peur devant le “pavé” :
« J’ai bien reçu votre lettre du 24 Décembre – et je suis bien content pour vous – vous avez fait un très gros travail, mais comment faire pour passer au stade de la diffusion. Le livre est trop important, par rapport à nos faibles moyens – 660 pages ! Un monument ! J’ai recalculé au plus juste les frais d’impression et de reliure par couture, […]. »
« P.S. – Montage du livre : page par page.

Pour commencer un chapitre, laisser un blanc en haut de la page. »
[Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Correspondance, Lyon (1983-1987), Raon-L’Étape, Lettre de monsieur Bui Dinh Long à MJC-FP. Note de l’auteuse : Cette lettre, non datée mais située après le 24 décembre 1985, est probablement du 2 janvier 1986 (selon le cachet de la Poste).]
Merci, monsieur Bui, mais le travail était fait. Lors de la composition définitive du texte, nous avions déjà laissé, au début de chaque chapitre, « le blanc », soit, pour cet ouvrage, douze lignes, en haut des pages.

Non seulement il fallait avoir un cœur bien accroché et, surtout, un estomac très patient pour faire face à certaines lenteurs de notre correspondant mais il fallait aussi lui inspirer une vraie confiance pour contourner ses hésitations et accélérer le mouvement.
Le 10 février 1986, Michel lui écrivait de nouveau :
« Pour nous, il devient à chaque instant plus évident que ce livre est destiné à connaître un succès national. Jour après jour, nous prenons contact par téléphone avec de nouveaux lecteurs. Régulièrement, les mêmes réactions apparaissent : “C’est la souscription qui m’intéresse”, et effectivement les gens donnent 150,00 francs pour un ouvrage dont ils ne peuvent encore feuilleter que le texte de quatrième de couverture, ainsi que la table des matières. Différents réseaux s’ouvrent, dont celui de l’INFIPP (Institut national de formation des infirmiers et du personnel psychiatrique). Il ne nous manque que de disposer du livre lui-même pour pouvoir réellement travailler avec eux ainsi qu’avec les bibliothèques et les comités d’entreprise. »

[Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange, Correspondance, Lyon (1983-1987), Lettre de MJC à monsieur Bui Dinh Long, Lyon, 10 février 1986.]

La composition terminée nous permettait d’avoir une idée précise de l‘épaisseur de l’ouvrage : la tranche s’annonçant large, l’ouvrage devrait avoir un dos contenant les 660 pages, à la fois souple et solide, endurant les différents feuilletages de ses lecteurs et lectrices. Nous avions demandé à l’imprimeur, en payant le prix qu’il fallait, de faire une reliure par couture et collage afin que les pages ne se détachent pas les unes après les autres.

6. Une impression en carnets. Une reliure par couture et collage.

Françoise Petitdemange – Michel J. Cuny
12 mai 2021




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