3. Deux pilotes de ligne pour un premier essai

À Lyon, la première édition de mon premier roman Le dernier chemin étant quasiment épuisée, notre survie dépendait exclusivement de la force physique et morale de Michel qui pouvait encore diffuser ses premier et deuxième roman : Une femme très ordinaire et Les samedis de mai.

À l’hôtel Burdeau, notre chambre, juste au fond du couloir, à gauche, était située au 1er étage, au-dessus d’un bureau de tabac. Elle était composée d’un grand lit avec des motifs de marqueterie, d’une table de nuit pas tout à fait assortie, d’une table multi-usages et de deux chaises qui seraient, par la suite, remplacées par deux sièges noirs en simili cuir : voilà pour le mobilier. Un radiateur, censé chauffer la pièce en hiver, se trouvait sous l’unique fenêtre qui donnait sur la rue Burdeau. Un lavabo, surmonté d’une tablette et – luxe des luxes dans ce modeste lieu – d’un miroir, avait été installé contre le mur mitoyen avec celui de la chambre voisine où, durant trois ans, il y aura un défilé de locataires. Sans doute la chambre qui nous avait été octroyée était l’une des plus confortables. Quant au retour de la sous-alimentation… Nous chauffions nos repas (petits-déjeuners, déjeuners, dîners) dans nos bols avec un thermoplongeur : c’était tout ce dont nous disposions, par achat de notre part, comme batterie de cuisine.

Thermoplongeur : petite résistance électrique
destinée à chauffer du liquide,
mais utilisée aussi pour les légumes

Si l’hiver 1983-84 avait été relativement doux, les trois hivers suivants, 1984-85 (surtout le mois de janvier), 1985-86 (surtout le mois de février), 1986-87 (surtout les mois de janvier et février), ont été particulièrement rigoureux sur toute la France : Lyon n’a pas fait exception. Dans cette chambre sans volet, à l’unique fenêtre qui s’était fissurée sous l’effet du gel, nous avons grelotté. L’humidité s’y installait et la tapisserie aux dessins orangés se décollait des murs tandis que la peinture derrière le radiateur et dans le coin du lavabo se craquelait toujours plus. Le loueur, monsieur Juillet, devait croire que son nom suffisait à réchauffer les chambres et le couloir. Malgré les interventions de tel ou tel locataire, il était chiche pour tourner le robinet de la chaudière, ce qui fait que tous les locataires se plaignaient d’avoir froid dans leur chambre. Seul compagnon d’infortune : notre petit géranium rouge sur le rebord de la fenêtre.

1987 – Avant le départ de Lyon,
Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange,
écrivain et écrivaine mais aussi lecteur et lectrice.
Photo d’un locataire : Jean-Marie Rousse © AP MJC-FP

C’est dans de telles conditions, durant ces deux années 1983-1985, que nous lisions et écrivions. L’accumulation de prises de notes, à la main, à partir de la lecture de nombreux livres et documents que Michel allait emprunter aux médiathèques municipales de Villeurbanne et de la Part-Dieu à Lyon, ainsi qu’à la bibliothèque de l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Bron, où les médecins, faisant preuve à la fois d’une confiance absolue et d’une extrême satisfaction, avaient donné à madame David, la gardienne de leur trésor dont certaines pièces n’avaient jamais été lues, toutes les clefs pour qu’elle ouvrît, sans restriction, à l’écrivain, les portes de leur bibliothèque spécialisée, qu’elle le laissât emporter à son domicile ces précieux livres, d’autant plus précieux que certains étaient rares, nous permit de poursuivre la rédaction, souvent du crépuscule jusqu’à l’aube, de notre ouvrage commencé à Mâcon. Les pages s’ajoutaient, jour après jour et même nuit après nuit, les unes aux autres… Au fil de l’écriture, sur le clavier de notre petite machine à écrire, que nous avions emportée avec nous de Lorraine, comme compagne de voyage, notre texte passait du statut de manuscrit au statut de tapuscrit.

Le dernier mot couché sur le papier pelure jaune soleil, nous nous sommes offert, en cette fin d’après-midi ensoleillée du 29 septembre 1985, une petite promenade à pied vers la place des Terreaux.
C’est lors de cette sortie qu’une pensée émouvante m’est venue et que j’ai dit à Michel : « J’ai le sujet d’un autre roman. » Le lendemain, je me mettais à la tâche… Sept ans plus tard, en 1993, le roman sera publié : ce sera la toiture a pédals.
Pour l’heure, il fallait penser à la composition de notre texte afin de lui donner son format définitif prêt à l’impression en vue de son édition sous la forme d’un livre qui s’annonçait volumineux.

4. Du manuscrit au tapuscrit. De la composition à l’impression.

Françoise Petitdemange – Michel J. Cuny
8 mai 2021


2 réflexions sur “3. Deux pilotes de ligne pour un premier essai

  1. Bonjour,
    je me souviens de vous à cette époque, vous étiez passé en Seine et Marne (77) lors d’un congrès mutualiste départemental pour vous faire connaitre, je ne me rappelle plus si c’était à Nangis ou Melun, mais il s’avère que depuis cette époque, je suis un de vos lecteurs. Bonne continuation.
    Jacques Mahé.

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    1. Merci, Jacques, pour votre petit mot. Michel et moi nous souvenons de ce fait que vous êtes l’un de nos lecteurs particulièrement assidu. Ainsi que vous pouvez le constater, nous poursuivons le travail. Durant des années, notre présence dans les congrès CGT nous a permis de rencontrer des hommes et des femmes de combat ayant un coeur d’or. Inoubliables. Bonne lecture, Amicalement de nous deux, Françoise Petitdemange

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