Ordolibéralisme et économie sociale de marché : « Boum ! » sur la tête de la Grèce , hier… Et des autres, demain ?

Après avoir rappelé cette phrase du travail à caractère historique réalisé en 2013 par la Fondation Konrad Adenauer à propos de l‘ « économie sociale de marché » évoquant…
«  le national-socialisme qui combina une dictature de droit avec une économie oscillant entre le marché et la planification mais toujours au service des efforts de guerre. » (Idem, page 8)
… et après avoir souligné ce « mais » qui, tout en présentant comme seul élément vraiment négatif du nazisme le choix de s’être mis au service de la « guerre », fait ressortir comme décidément positives à la fois la « dictature de droit » (?) et l’oscillation « entre le marché et la planification », nous allons maintenant glisser vers une rubrique intitulée : « Les principes de base du socialisme démocratique »…

Elle n’y va pas par quatre chemins pour nous dire dans quel piège les personnages qui ont placé le vrai « socialisme démocratique » au cœur de l’ « économie sociale de marché » ne tomberont surtout pas :
« Tant la dictature stalinienne que l’effondrement prévisible du « Troisième Reich » ont inspiré certains penseurs incapables de se résoudre à l’idée que les principes de solidarité mèneraient inéluctablement vers la dictature. » (Idem, page 9)

Il y aurait donc eu une déviation de la « solidarité » aussi bien en Union soviétique (pays criminel, sans doute, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur) que dans l’Allemagne hitlérienne qui était pourtant une « dictature de droit », selon les mêmes auteurs…

Mais la « solidarité » ne doit pas pour autant être bannie en tant que telle. En effet, écrivent-ils :
« Il devrait être possible, selon eux, de concilier « socialisme » et « démocratie ». D’où le concept du socialisme démocratique fortement influencé en Allemagne par
Karl Schiller, ministre de l’économie du parti SPD aujourd’hui décédé (il fut également, pour une courte période, ministre de l’économie et des finances). » (Idem, page 9)

Il ne manque que de saisir la société dans un bain de « marché ». Or, justement…
« 
Schiller a contribué considérablement à la réconciliation entre la social-démocratie allemande et le « marché ». » (Idem, page 9)

Rappel d’une particularité déjà soulignée dans cette série d’articles : les 101 pages (A4) qui constituent le document de la Fondation Konrad Adenauer contiennent 275 fois le mot « marché »… On voit que Karl Schiller a bien travaillé, sans doute… Mais qui était-il lui-même ?

Tournons-nous vers l’original en langue allemande (lien) de sa biographie puisque, sur Wikipedia France, une partie du texte et des références précises qu’il comporte dans la langue de Goethe ont disparu, et rendons-en la traduction par :
« Après la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes,
Schiller est membre de la SA de juin 1933 à 1938. Le 1er mai 1937, Schiller adhère au NSDAP (n° d’adhérent 4 663 250), au sein duquel il devient le leader politique du groupe local de Kiel, Klaus Groth, en 1938. Dans le cadre de ses études et de ses activités d’enseignement, Schiller était également membre des organisations NS suivantes : de juin 1933 à 1935, Association des étudiants allemands nationaux-socialistes, à partir de 1934, Association des avocats NS (membre n° 82 421), à partir du 4 mai 1939, Association des conférenciers NS (membre n° 4981). »

Retour à la rubrique des « principes de base du socialisme démocratique » selon l’ « économie sociale de marché »… dans la mise en forme législative de laquelle l’ancien nazi Karl Schiller aura su imprimer sa marque :
« C’est à lui que nous devons cette formule célèbre selon laquelle les objectifs les plus importants en termes de politique économique « sont à réaliser dans le cadre d’un ordre économique de marché » (loi sur la promotion de la stabilité et la croissance économique, art. 1, 2ème phrase). » (Idem, page 9) 

L’ « ordre économique » aurait-il quelque chose à voir avec la « dictature de droit »,  dont nous savons désormais qu’elle aura été une caractéristique fondamentale du régime nazi ?… En tout cas, le titre de la rubrique suivante donne un très léger déguisement à cet « ordre » qui finit par nous intriguer beaucoup : « Le renouveau du libéralisme : l’ordolibéralisme…» A priori, nous pouvons penser qu’il s’agit de ranger les éventuels débordements du « marché » par un ordre bien compris…

Sans encore rien savoir de ce que nous allons découvrir dans les pages suivantes, consultons le début de la thèse de doctorat présentée en octobre 2017 par Raphaël Fevre dans le cadre de la Faculté des Hautes Études Commerciales de l’Université de Lausanne en cotutelle avec l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, sous le titre : L’ordolibéralisme (1932-1950) : une économie politique du pouvoir.

Dès le début de son Introduction générale, et par souci sans doute de garantir immédiatement la pertinence de ce libellé tout ce même très frappant, Raphaël Fevre, qui vient tout juste d’évoquer le décès alors soudain du principal promoteur de l’ordolibéralisme, Walter Eucken (20 mars 1950, à 59 ans) ajoute ce propos tenu quelques jours plus tôt par le professeur ouvrant un cycle de conférences devant la London School of Economics :
« Je commence par le problème du pouvoir économique » (page 1 du document papier, à retrouver sous le lien)

Passons à la troisième page de cette thèse qui en compte près de 500, et nous aboutissons, par exemple, à ceci :
« Qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, la réponse de l’Union [européenne] a consisté à réaffirmer une forme d’orthodoxie ordolibérale sous l’égide allemande, dont le violent épisode grec constitua le point culminant. En ce sens, la crise des dettes souveraines a servi de point de bascule au discours ordolibéral pour marquer son ascendance, et ce au détriment des autres modèles de politiques économiques. » (Idem, page 3)

N’y aurait-il pas là une exagération ? L’ « ordre » prôné par l’ordolibéralisme peut-il prendre cette tournure tout de même peu agréable ? Tournons-nous alors vers la neuvième page du très long document de la Fondation Konrad Adenauer… Tout en bas, en caractères italiques deux fois plus gros que ceux du texte de pleine page, nous lisons ceci :
« Puisque l’idée de la liberté telle que prônée par le libéralisme ne peut s’épanouir pleinement qu’en s’intégrant dans le concept ordonnateur de l’Etat, ils conçoivent la notion de l’ordolibéralisme. »  (Siegfried F. Franke – David Gregosz, op. cit., page 9)

Mais si nous remontons un peu dans le texte qui est juste au-dessus, nous retrouvons exactement cette même formule que viennent conforter ces mots-là qui précisent ce qu’il faut entendre par « ordolibéralisme » :
«  (du latin « ordo » : l’ordre, le rang). Ce terme est repris comme titre de leur annuaire (ORDO – Annuaire pour l’ordre de l’économie et de la société), publication encore éditée de nos jours. » (Idem, page 9)

Ordolibéralisme – Économie sociale de marché… Le temps du grand frisson ?

Michel J. Cuny

L’article suivant est ici.

Pour revenir au début de cette série d’articles, c’est ici.


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