Ursula von der Leyen, bras armé des fonds d’investissement anglo-saxons ?

Nous l’avons vu – et cela se sera manifesté au moment où elle entamait la seconde moitié de son discours du 16 septembre 2020 devant le Parlement européen -, la nouvelle patronne de la Commission de Bruxelles, l’allemande Ursula von der Leyen, a décidé de lever très haut l’étendard derrière lequel l’Europe devrait pouvoir aller tailler des croupières à la… Chine.

Rien que cela…

Que ce « cela » émane de l’ancienne ministre de la Défense d’un pays comme l’Allemagne (du 17 décembre 2013 au 17 juillet 2019, soit durant 5 ans et 7 mois) ne devrait laisser personne indifférent. Peut-être même y aurait-il à redouter qu’à la tête de l’Europe, elle se permette d’aller bien plus loin qu’elle ne l’aurait pu sous la férule des institutions de l’Allemagne d’aujourd’hui. Ce qui n’est d’ailleurs pas dire que cette façon qu’elle a de rejeter un mors qui n’existe plus guère là où elle officie désormais, soit faite pour plaire – ou pour déplaire – à ses concitoyennes et concitoyens allemand(e)s… Cet équilibre-là étant, désormais, très évolutif dans une Europe qui se délite à grande vitesse, rien ne dit encore ce que sera l’Allemagne des années qui viennent…

Alors, la Chine ?… Devant l’inertie qui, selon elle, aura marqué la politique européenne en Asie avant qu’elle n’en prenne les rênes, Ursula a toutes les peines du monde de masquer sa colère. Souvenons-nous… Elle l’a dit tout net :
« Mais qu’est-ce qui nous retient ? » 

De faire quoi ?… Mais de répondre à ceci !…
« Pourquoi même de simples déclarations sur les valeurs de l’UE sont-elles retardées, édulcorées ou prises en otage pour d’autres motifs ? »

Ici, nous nous sentons déjà sous le coup d’une sorte de mise en cause de notre possible couardise. La Libye, avec l’appui d’au moins les États-Uniens et les Britanniques, et puis aussi et plus généralement, les forces de l’OTAN, c’était déjà un peu gros à briser… Quant à la Chine…

Mais non, mais non ! Nous n’en sommes pas là encore !… C’est donc qu’auparavant, la présidente de la Commission veut obtenir quelque chose d’un peu différent… Quelque chose qui est un préalable institutionnel… Voici donc comment elle s’en explique, tout en agrémentant son propos d’un « Nous devons compléter notre boîte à outils » qui nous met aussitôt dans le bain :
« Lorsque les États membres reprochent à l’Europe d’être trop lente, je leur demande de se montrer courageux et de passer enfin au vote à la majorité qualifiée – du moins en ce qui concerne les droits de l’homme et la mise en œuvre de sanctions. »

Au lieu de devoir compter jusque sur le dernier des États de la coalition européenne (unanimité), mieux vaudrait pouvoir agresser la Chine un peu sérieusement rien qu’avec une majorité simplement renforcée pour ne pas être que d’une petite unité au-dessus de la majorité…

Quant à l’instrument de répression lui-même, voici, selon la douce Ursula, ce qu’il y a de disponible dans la boîte à outils des États-Unis, et dont tous les parlementaires de Bruxelles ont entendu parler puisque…
« Cette Assemblée a, à maintes reprises, appelé l’Europe à se doter d’un équivalent de la « loi Magnitski » – et je peux annoncer que nous allons maintenant présenter une proposition. » 

Mais qu’est-ce donc que ce « Magnitski » ?

Ouvrons le prestigieux Dalloz… dans son édition du 3 mars 2021, et à la page voulue (le lien est ici). Sous la plume de Maxence Peniguet, à la date du 25 mai 2018, nous lisons tout d’abord ce chapeau d’article :
« Adoptée à l’origine aux États-Unis pour sanctionner des Russes accusés d’être impliqués dans la mort de l’avocat Sergeï Magnitski, la loi s’est élargie à tous les suspects de violation des droits de l’homme. En France, des parlementaires commencent à se mobiliser pour l’adoption d’une loi similaire. » 

L’affaire commence de la façon suivante :
« Le 16 novembre 2009, après 358 jours de prison en Russie, le juriste Sergeï Magnitski est retrouvé mort dans sa cellule. » 

Certes, en France, dans les prisons… qui ne sont évidemment pas des… goulags… jamais personne n’aura été retrouvé mort dans sa cellule…

Ce n’est donc pas là que commence l’ « affaire Magnitski ». Allons plus loin : de quelle nature était ce décès, et quelles étaient les raisons de l’incarcération de l’avocat Sergeï Magnitski ?

Nous rencontrons maintenant une sorte de pyramide de Ponzi, où c’est le dernier arrivant qui prend tous les risques de finir… en prison… Cette fois, ce serait pour faux témoignage, et dans le registre de « l’homme qui raconte qu’un homme lui a raconté qu’un homme lui avait raconté qu’un homme, etc. Quant à savoir où est l’ours… »

Voilà ce que Maxence Peniguet est en situation d’écrire :
« Des conditions de détentions inhumaines, l’isolation de sa famille, le manque régulier d’accès à ses avocats et le refus intentionnel de lui fournir une assistance médicale adéquate ont abouti à l’infliction délibérée de sévères douleurs et souffrances, et finalement à sa mort », expliquait un an plus tard le Washington Post, citant l’ONG britannique de défense des droits de l’homme Redress. Selon cette dernière, Magnitski était détenu sous un régime strict afin de lui faire retirer son témoignage contre des officiels Russes. Il les accusait de faire partie d’un détournement d’argent public de 230 millions de dollars. Sergeï Magnitski représentait le fonds d’investissement Hermitage Capital Management et son dirigeant Bill Browder. » 

Du Washington Post, nous passons à l’ONG britannique Redress, qui se fait – à ce qu’il semble – la porte-parole de l’avocat Sergeï Magnitski prétendant que des officiels russes s’étaient livrés à un détournement d’argent au détriment, semble-t-il, du fonds d’investissement que celui-ci représentait…

Revenons à l’article de Maxence Peniguet qui reprend le fil de l’arrivée du fonds Hermitage Capital Management et de son dirigeant Bill Browder dans une Russie qui est d’abord celle que Boris Eltsine a ouverte à tous les vents mauvais venus d’Occident :
« À la fin des années 1990 et au début des années 2000, les affaires sont fructueuses. » 

La phrase suivante introduit, d’abord, une toute petite affirmation qui peut paraître troublante pour qui connaît un peu le saut qualitatif qui s’est opéré en Russie entre l’époque Eltsine et la suivante…
« Soutien du président Vladimir Poutine, Bill Browder sait s’introduire, et les investissements menés par son entreprise bénéficient à l’économie russe. » 

Quant à la fin de la phrase… elle veut nous faire prendre les fonds d’investissement pour des pères Noël…

Eh bien, nous allons en rester là pour l’instant.

Michel J. Cuny

La suite est ici.

Pour revenir au début de cette série d’articles, c’est ici.


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