Et Vladimir Poutine qui s’y glisse…

Par avance, l’indication de ce que sera la suite de l’Histoire de la Russie d’aujourd’hui se trouve peut-être inscrite dans le discours prononcé au Kremlin le 24 mai 1945, c’est-à-dire quinze jours après celui du 9 mai, par le maréchal Staline qui s’exprimait en l’honneur des commandants des troupes de l’Armée rouge, et avec une très grande humilité personnelle :
« Notre gouvernement a commis pas mal de fautes ; il y a eu des moments, en 1941-1942, où la situation était désespérée, alors que notre armée se repliait, abandonnant les villes et les villages d’Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie, de la région de Leningrad, des Pays baltes, de la République carélo-finnoise, parce qu’il n’y avait pas d’autre issue. » (Idem.)

N’est-ce pas un peu l’état dans lequel Vladimir Poutine a retrouvé la Russie à la fin de 1999 ?… Voici ce que Joseph Staline vient lui dire à l’oreille, depuis ce temps-là, dans le bureau même où le nouveau président s’est bientôt installé pour être sûr d’être à bonne source, pourrait-on dire :
« Un autre peuple aurait pu dire à son gouvernement : Vous n’avez pas pu justifier notre attente, allez-vous-en, nous mettrons à votre place un autre gouvernement qui signera la paix avec l’Allemagne et nous assurera le repos. Mais le peuple russe n’a pas suivi ce chemin, car il avait foi en la justesse de la politique de son gouvernement et il a consenti des sacrifices pour assurer la défaite de l’Allemagne. Cette confiance du peuple russe dans le Gouvernement soviétique s’est trouvée être cette force décisive qui a assuré une victoire historique sur l’ennemi de l’humanité, le fascisme. » (Idem.)

C’est bien dans cette problématique générale de non-renonciation au sens profond de la politique intérieure et extérieure soviétique que Vladimir Poutine s’est rangé  dans le discours qu’il a prononcé le 18 mars 2014 au Kremlin devant les députés de la Douma, les membres du Conseil de la Fédération, les délégués des régions russes et les représentants de la société civile au Kremlin.

Il y a d’abord la constatation d’un terrible échec :
« Malheureusement, ce qui semblait impossible est devenu une réalité. L’URSS s’est effondrée. Les choses ont évolué si rapidement que peu de gens ont réalisé à quel point ces événements et leurs conséquences allaient prendre des proportions véritablement dramatiques. »

Cette fois encore, la situation était stupéfiante même pour les esprits les plus solides :
« Des millions de personnes se sont couchées dans un pays et se sont réveillées dans d’autres, devenant du jour au lendemain des minorités ethniques dans les anciennes républiques de l’Union, tandis que la nation russe est devenue l’un des plus grands, sinon le plus grand groupe ethnique au monde à être divisé par des frontières. » 

Devenu premier ministre, puis président d’un pays ruiné et en perdition, Vladimir Poutine sait parfaitement qu’il n’a pu d’abord qu’endosser un rôle très modeste, tout au moins en apparence :
« Qu’a fait l’État russe ? Qu’a fait la Russie ? Elle a accepté humblement la situation. Ce pays traversait des temps si difficiles qu’il était alors absolument incapable de protéger ses intérêts. » 

Et pendant toute cette époque, les États-Unis et leurs alliés s’en donnaient à cœur joie :
« Il était difficile de croire, même en le voyant de mes propres yeux, qu’à la fin du XXème siècle, l’une des capitales de l’Europe, Belgrade, était soumise à une attaque de missiles pendant plusieurs semaines, avant que l’intervention réelle n’ait lieu. »

Encore n’était-ce qu’un début…
« Puis ils ont frappé l’Afghanistan, l’Irak, et ils ont franchement violé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Libye, quand, au lieu d’imposer la zone dite d’exclusion aérienne au-dessus de ce pays, ils ont également commencé à le bombarder. » 

Pris au piège lui aussi, Vladimir Poutine avait d’abord voulu faire crédit à l’Occident – représentatif sans doute d’une démocratie plus ou moins véritable…
« Et tout cela alors que la Russie s’efforçait d’engager un dialogue avec nos collègues de l’Ouest. Nous proposons constamment la coopération sur toutes les questions clés ; nous voulons renforcer notre niveau de confiance et nous voulons que nos relations se fassent sur un pied d’égalité, et soient ouvertes et équitables. Mais nous n’avons vu aucune mesure réciproque. » 

Voici bien le piège dans lequel il aura été impossible à Joseph Staline de s’engager, tandis que Vladimir Poutine, précédé par des personnages aussi louches de Gorbatchev et Eltsine aura eu toutes les peines du monde à se dégager d’un mirage qui était partagé par une partie importante de la population de l’ex-Union soviétique… Plaisanterie, que cette apparente bonne foi des Occidentaux !…
« Au contraire, ils nous ont menti à plusieurs reprises, ils ont pris des décisions dans notre dos, ils nous ont placés devant des faits accomplis. Cela s’est produit avec l’expansion de l’OTAN vers l’Est, ainsi qu’avec le déploiement d’infrastructures militaires à nos frontières. » 

Et encore…
« Cela s’est produit avec le déploiement d’un système de défense antimissile. En dépit de toutes nos appréhensions, le projet a été mis en place et va de l’avant. Cela s’est produit avec les atermoiements sempiternels dans les négociations sur les questions de visa, les promesses d’une concurrence loyale et le libre accès aux marchés mondiaux. » 

Ainsi, après 14 années passées à la tête de l’État russe – en qualité de premier ministre ou de président -, Vladimir Poutine en vient-il à le dire de façon claire et nette :
« Mais il y a une limite à tout. » 

Aussi diminuée soit-elle…
« La Russie s’est trouvée dans une position où elle ne pouvait pas se retirer. Si vous compressez le ressort au maximum, il se détendra avec vigueur. Vous devez toujours vous souvenir de cela. » 

Le dilemme – formulé ici par Vladimir Poutine avec une certaine pointe d’humour  – est bien le même que celui qu’évoquait Joseph Staline à propos de l’attitude soviétique dans les moments les plus difficiles de la Seconde Guerre mondiale :
« Sommes-nous prêts à défendre systématiquement nos intérêts nationaux, ou bien allons-nous toujours céder, nous retirer Dieu sait où ? »  

Michel J. Cuny


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