Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange : il y a un début à tout

Bois-de-Champ (88) © Archives Privées
Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange (~ 1973)

Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange :
il y a un début à tout

Né(e) dans les Vosges, nous souhaitions y demeurer et, pour cela, nous allions prendre le sens contraire du courant de l’époque. Bien conscient qu’il fallait d’abord, pour établir un contact avec des lecteurs et lectrices, commencer par autre chose que de la philosophie, c’est dans ce 20 pages des Annnonces qu’il a commencé une série de textes intitulée La Chronique de Michel J. Cuny.

1er texte, 11 avril 1976

Dans ce 1er texte, Michel J. Cuny posait cette question :
« Et de l’amour, y en a-t-il encore ? C’est à peine si l’on ose en parler, si l’on ose se prononcer le mot… Que de chansons, pourtant ! Au long du jour, à la radio, à la télévision, à travers le triste exemple que nous donnent quelques vedettes en quête de bonnes poires. J’invite chacun à y réfléchir : l’amour se fout des rengaines parisiennes, l’amour se fout des disques lamentables. Les “Je t’aime” bêtement répétés en musique durcissent le cœur de ceux qui s’y laissent prendre. Qu’importent, Johnny, Sylvie ou Tino : l’âme sœur se trouve à Fraize, à Wisches ou à Rambervillers. Il serait bon de s’en préoccuper. Le chemin du bonheur passe sur le seuil de notre porte, nullement à l’Olympia. »

2ème texte, 18 avril 1976

Ayant été étudiant en droit, Michel J. Cuny partageait, dans son 2ème texte, certains éléments qui lui venaient des cours qu’il avait suivis et de ses lectures…
« Je terminerai sur une information qui devrait donner à réfléchir. On nous parle très souvent des accidents de la route. On oublie d’ajouter que, chaque année, le total des suicides réussis est moitié de celui de tous les décès accidentels (voitures, cycles, piétons, avions, trains et bateaux). En France, tous les ans, on compte environ 7.000 morts volontaires. Près de vingt par jour. Formons-nous une société fraternelle ? »

3ème texte, 2 mai 1976

À cette époque, la publicité devenait de plus en plus envahissante dans le quotidien de chacun et chacune d’entre nous. De nos origines paysannes par nos grands-parents, de notre séjour rue du 3ème BCP où nous avions un contact quotidien avec la peinture, par les reproductions de deux tableaux Les Glaneuses et L’Angélus de Millet, nous gardions un respect pour ceux et celles qui nourrissent l’humanité.
« Ma voix n’est encore qu’un faible cri parmi le fracas de la publicité, de la politique et de la propagande. Certains y trouveront peut-être un appel au secours. Ils n’auront pas tort. Je me lève, et je hurle comme chacun aimerait pouvoir le faire. […]. Fils, petits-fils de paysans, ou paysans nous-mêmes, soyons fiers de notre provenance. Il ne faut plus négliger ces hommes et ces femmes courbés sur une terre à laquelle ils arrachent de quoi nourrir même la plus idiote des starlettes parisiennes, celle que vous regardez, bouche bée, le soir, à la télévision. »

4ème texte, 9 mai 1976

Déjà, des membres de nos familles et des amis avaient disparu… Michel J. Cuny en appelait à la conscience que chaque être humain peut avoir ou ne pas avoir de la brièveté de la vie :
« Sommes-nous assez sots pour ne pas comprendre que la mort guette chacun de nous ? que nous risquons les infirmités les plus terribles, dès le premier virage ? que le cancer n’arrive pas qu’aux autres ? Pourquoi donc attendre un drame, pleurer deux jours de suite, et puis retourner à ses misérables préoccupations, à ses pauvres jalousies, sans avoir tiré la conclusion qui s’impose : la vie n’est pas simplement à prendre en considération, de temps en temps, à la porte d’un cimetière ou d’un hôpital. »

5ème texte, 16 mai 1976

Même si, au moment des événements de 68 à Paris, nous étions, l’un et l’autre, très jeunes et, de surcroît, en province, pour nous, ce qu’il y avait eu de plus pertinent dans ce mouvement de la jeunesse, c’est qu’il avait donné un élan au reste de la société et qu’il voulait abolir les cloisons entre les métiers. C’est pourquoi Michel J. Cuny soulevait de nouveau la question de la séparation entre manuels et intellectuels :
« Les intellectuels ne vous font pas profiter de leur savoir : c’est qu’on leur laisse croire que les manuels sont des ignares. Vous ne devez pas tolérer d’être tenus en dehors de la littérature, de la musique, de la peinture et de quantité de richesses spirituelles dont vous ne soupçonnez pas l’existence. Un médecin, un ingénieur ou un étudiant peuvent être autre chose que de simples professionnels de la cervelle : ils disposent d’une sensibilité dont vous devez tirer profit. Je veux dire qu’un médecin n’est pas simplement un mécanicien du corps humain : il peut vous entretenir de sujets bien différents. »
Sans doute, nos jeunes esprits avaient gardé, des événements de mai 1968 et de l’effervescence intellectuelle qui les avait accompagnés, les points les plus positifs.

Mais cette jeunesse d’esprit donnait des ailes à nos stylos et rien ni personne ne pourrait stopper leur envol vers la liberté.

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Françoise Petitdemange – Michel J. Cuny :
de la difficulté de mettre en cause le miroir aux alouettes…

Françoise Petitdemange
9 juin 2018


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