Quand le féminisme se diversifie

En ce qui concerne l’organisation interne-externe de Servier, c’est encore à la plume avisée d’Anne Jouant que nous devons ce passage paru sur le site du Figaro à la date du 4 mars 2013 :
« Le mélange des genres fait partie intégrante du système mis en place. Exemple éloquent avec Françoise de Cremiers, la compagne de Jean-Michel Alexandre, conseiller technique et scientifique auprès du président de Wyeth de 1989 à 2007, le laboratoire correspondant de Servier aux États-Unis notamment pour l’Isoméride, le coupe-faim vedette retiré du marché en 1997. »

A propos du juste assortiment des couples au plus haut de la sphère professionnelle chez Servier, la même journaliste ajoute :
« Autre exemple avec Marie-Ève Abadie, épouse du Dr Éric Abadie, un diabétologue recruté en 1994 par Jean-Michel Alexandre à l’Afssaps pour son parcours au sein du syndicat de l’industrie pharmaceutique. Abadie est devenu par la suite conseiller auprès du directeur général de l’Afssaps. Or sa femme, avocate spécialisée dans les litiges commerciaux, a facturé 87.889 euros à Servier entre 2004 et 2008. »

Nous savons que les médias ne cessent d’appuyer la juste cause de ces femmes encore trop peu présentes… dans les conseils d’administration, ou au sommet de telle ou telle organisation professionnelle, etc. Nous connaissons aussi ces quelques exemples fameux de couples parfaitement adaptés à la captation dédoublée des réseaux d’influence : Anne Sinclair – Dominique Strauss-Kahn, Christine Okhrent – Bernard Kouchner, Valérie Trierweiler – François Hollande, Béatrice Schönberg – Jean-Louis Borloo, etc.

Féminisme de classe ? Pas même : féminisme de caste, plutôt. En tout cas, rien à voir avec un féminisme généralisé à l’ensemble de la condition féminine européenne… Non, la femme en Europe, c’est tout autre chose.

Prenons l’un des conseillers les plus éminents de la Commission européenne, monsieur Esping-Andersen, qui définit, pour nous, le cadre général de l’évolution prochaine :
« Une « économie de la connaissance » engendrera de nouveaux clivages en fonction des compétences, accompagnés d’une éventuelle polarisation. Et l’un des enjeux majeurs sera de savoir comment s’occuper des perdants. »

Voici la suite de ses explications, ainsi que je la présente à la page 295 de « Une santé aux mains du grand capital ? » (accessible ici) :
« C’est ici qu’intervient le nouveau projet social que Gosta Esping-Andersen s’efforce de dessiner pour nous… Et d’une, ce projet ne prétend pas réaliser des miracles : « Une économie fondée sur les compétences ne pourra qu’engendrer de nouvelles inégalités, et une économie de plein emploi tertiaire ne fera que renforcer celles-ci. Et si nous ne sommes pas disposés à accepter des « services de bas niveau« , il sera alors difficile d’éviter le chômage de masse. »
Il faut donc accepter les services de bas niveau. Et de deux! »
Or, comme s’en émerveille le professeur Esping-Andersen :
« Pour tous les types de familles avec enfants – qu’il s’agisse de familles en couple ou monoparentales -, la meilleure garantie contre la pauvreté est, de loin, l’emploi de la mère. »

Mais pourquoi donc, et alors que nous sommes ici manifestement descendus au plus bas de l’échelle sociale, ne parler que du seul emploi de la mère ? Mais parce que, selon le même auteur :
« Il s’avère de plus en plus qu’un seul salaire n’est tout simplement plus suffisant pour sortir les familles d’un état de pauvreté. »

Qu’on me permette alors de reprendre ce que j’ai écrit dans « Une santé aux mains du grand capital ? » (pages 296 et 297) à propos de ce que signifie l’ensemble du propos de l’un des meilleurs porte-parole de la politique « familiale » européenne d’aujourd’hui, M. Esping-Andersen :
« Cela veut tout simplement dire que l’accentuation de l’exploitation des pères ne suffit plus pour nourrir les mères ni les enfants ; que le travail des mères seules n’évite que très rarement la pauvreté des enfants ; et qu’une grande partie des familles de condition modeste, ou ne se forment jamais, ou explosent très tôt. Il s’agit donc désormais de rendre durable cette destruction permanente des conditions de vie de ceux et de celles dont les salaires relatifs ne feront que péricliter, compte tenu de leur très faible taux de productivité et de la concurrence qu’exerce sur elles et sur eux la vague montante des surnuméraires que créent, jour après jour, les exigences de rentabilité introduites, à travers les multinationales, par la finance internationale… »

En France, dans ce jeu de massacre programmé, il n’y a évidemment pas mieux que… Sanofi : première capitalisation boursière oblige.

Michel J. Cuny


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