Sanofi ou comment donner toutes ses chances à l’impérialisme d’origine française

Il n’est pas possible d’affirmer, comme le font un peu vite les professeurs Even et Debré, que les prix des médicaments sont imposés par les firmes. Si c’était effectivement le cas, le médicament lui-même se rangerait sans autre forme de procès sous la loi du marché dont le maître mot est, au plan européen par exemple, une « concurrence libre et non faussée ».

Or, le médicament appartient à un système de production et de circulation où la concurrence est complètement faussée, ce qui ne l’empêche pas d’être tout de même bien présente et tout ce qu’il y a de plus brutale. Comme chacun sait, la première caractéristique du médicament en général est d’être couvert par un brevet qui lui permet de bénéficier, pendant vingt ans à compter du dépôt de celui-ci, d’une exclusivité de production et de commercialisation dans le ou les pays pour lesquels la firme qui l’a mis au point a pris le soin de remplir les formalités correspondantes.

De plus, en France, le médicament, pour autant qu’il lui arrive la plupart du temps d’être au moins partiellement remboursable par la Sécurité sociale (mais aussi par les Assurances complémentaires, pour la part non couverte), entre en composition, pour l’établissement de son prix, avec l’ensemble des autres médicaments, le tout ayant à s’insérer dans une enveloppe globale dont le ministère de l’Économie et des Finances assure le respect du montant à travers cet organisme très spécial qu’est le CEPS (Comité économique des produits de santé).

Voyons ce que les professeurs Even et Debré nous disent de celui-ci : (page 59)
« Le CEPS est, in fine, en fin de chaîne, en aval des commissions scientifiques d’AMM [Autorisation de mise sur le marché] et de transparence, le responsable direct des aberrations inacceptables des prix et des taux de remboursement des médicaments. »

Le mot « aberrations » n’est certainement pas celui qui convient. Les prix consentis pour les différents médicaments (dont il faut rappeler qu’ils sont brevetés pour vingt ans), ainsi que les divers taux de remboursement, interviennent dans une équation qui tient compte, par ailleurs, des quantités probables des ventes à venir de chacun d’eux, mais aussi de la relative brièveté des brevets en cours, et encore des coûts de recherche et de développement par lesquels il a fallu en passer pour mettre au point chaque produit et entamer sa commercialisation puis la soutenir  auprès des médecins prescripteurs.

Le prix du médicament est donc un prix « administré », dans le cadre plus général d’entreprises parfois multinationales qui sont, elles, directement insérées dans le système de globalisation financière où elles figurent parmi les stars les plus convoitées, les plus prometteuses et les plus vindicatives. Tellement stratégiques, d’ailleurs, qu’elles font l’ob-jet des meilleures attentions de la CIA qui en contrôle l’ensemble des systèmes de sécurité, y compris pour la « française » Sanofi.

Or, pour cette dernière, on voit immédiatement le rôle que joue ce système d’interface que constitue le Comité économique des produits de santé, dans la mesure où, sur le sol de France, il va déterminer la part du gâteau qu’elle pourra ramasser à travers l’ensemble des médicaments qui sont rangés sous sa bannière, part qui doit comporter de quoi lui donner un maximum de force d’intervention dans l’ensemble des pays dont elle s’avise de conquérir une part du marché du médicament… Pour le dire avec un mot qui dit bien ce qu’il a à dire : le CEPS est, à sa façon, garant d’une part essentielle d’un impérialisme suffisamment français pour que l’État lui-même soit très soucieux d’y voir une part essentielle de la prunelle de ses yeux.

D’où découle que messieurs Even et Debré ont bien tort de prendre en mauvaise part ce qu’ils ont à nous dire de cette excellente base de départ pour la stratégie mondiale de notre pays que constitue – en matière de médicaments – le Comité économique des produits de santé, avec son accès direct à la caisse du club France – la Sécurité sociale : (page 59)
« Il a, en effet, l’immense pouvoir de décider du prix des médicaments et de leurs taux de remboursement à 0, 15, 30, 35, 65 et 100% par la CNAM [Caisse nationale d’assurance maladie], sans contrôle démocratique et sans compétences médicale, pharmacologique et thérapeutique. Ses décisions menacent tout le système de couverture sociale fondé sur la solidarité, et plus généralement la justice et la morale publique, et cela au service d’une industrie devenue quasi stérile et très profondément pervertie, au service du marché et de ses seuls actionnaires. »

Bien joué, l’idéologie dominante de la solidarité, de la justice et de la morale publique !

Michel J. Cuny


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