Quelques grands coups d’épée… dans l’eau, qui méritaient mieux

Même si, comme nous avons pu le constater à diverses reprises, il y a, pour le moins, une connivence extrême entre MM. Even et Debré et l’industrie pharmaceutique française telle qu’en Chris Viehbacher, directeur général de Sanofi, elle s’incarne, il nous faut prêter la plus grande attention à leurs propos pour autant qu’ils concentrent toutes sortes d’éléments qui se retrouvent dans l’expérience dont nous sommes susceptibles, toutes et tous, de retrouver l’écho à l’occasion de la survenue de tel ou tel ennui de santé, qu’il nous touche, ou nos proches, ou nos voisins.

Reprenons leur livre à son début… Les dépenses de santé pour l’en-semble de la France ?
« Au total, 230 milliards d’euros par an, dont 176 remboursés par la CNAM [Caisse nationale d’assurance maladie], 3 500 €/Français/an […]. » (page 37)

Sur ce total,
« les hôpitaux représentent 73 milliards d’euros sans les médicaments hospitaliers (79 avec) […]. » (page 37)

D’où il est possible de déduire que les médicaments hospitaliers sont ici évalués à 6 milliards par an. Si nous y ajoutons l’ensemble des médicaments hors hôpitaux, messieurs Even et Debré nous fournissent une évaluation du total auquel nous devrions aboutir :
« Les médicaments remboursés ou non représentent 41 milliards d’euros avec les médicaments hospitaliers, soit 18% des dépenses totales de santé […]. » (page 37)

Que représente la dépense en médicaments induite par l’activité de prescription des médecins relativement à la rémunération totale de leur temps de travail ? Les professeurs Even et Debré nous fournissent là aussi une évaluation :
« Ces dépenses de médicaments représentent également 2 fois les revenus des médecins et, plus précisément, 6 fois ceux des généralistes. » (page 37)

En ramenant ces chiffres sous l’unité, fictive mais parlante, de la consultation médicale ordinaire, nous voyons qu’aux 23 euros qu’elle rapporte aujourd’hui au généraliste, semble correspondre une ordonnance moyenne qui s’élèverait jusqu’aux environs de 138 euros. Or, grâce à nos deux épéistes aquatiques, nous pouvons jeter un œil sur le différentiel d’évolution intervenu depuis à peine moins de vingt-cinq ans entre l’augmentation de la facture des médicaments et celle de la rémunération de l’activité du généraliste (équivalant à 13,72 euros en 1990, elle aura connu une augmentation d’un facteur 1,47 pour arriver à 2013), puisque, selon eux,
« […] la part du budget que les médicaments occupent aujourd’hui dans les dépenses de santé, [est] à peu près le double de ce qu’elle était en 1990… »

À quoi s’ajoute cette remarque meurtrière :
« …alors que leur apport thérapeutique a été presque nul depuis cette date. » (page 37)

En voyant, dans les seules qualités d’accueil, d’écoute et de force d’accompagnement de la prescription et de ce qui l’entoure, une part essentielle de l’éclosion ultérieure de l’effet placebo, et en comptant pour rien – sur la recommandation de MM. Even et Debré – l’amélioration thérapeutique induite par vingt-cinq années d’inertie réelle de l’industrie pharmaceutique, nous sommes conduits à devoir conclure que celle-ci est tout simplement un loup dans la bergerie de la médecine générale : elle vient s’y nourrir d’un repas qui est de moins en moins le sien. Mais comment pourrait-on désormais se passer d’elle ?

Tout au contraire, l’une des plus importantes questions qu’elle-même se pose pour l’avenir est de savoir comment circonvenir davantage encore la gent médicale… Et cela passe par une mise au pas renforcée de l’Université dans sa globalité, et non pas seulement dans les disciplines liées plus directement à la santé. Terrain que Philippe Even connaît parfaitement, comme nous aurons peut-être plus tard l’occasion de le montrer…

Mais nous avons, ici encore, quelques chats à fouetter.

Michel J. Cuny


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