Les tigres de « Pharmaceutiques »

Quoi qu’il en soit de leur appétence pour Sanofi – mais un Sanofi dont la résurrection leur paraît programmée dans les yeux de Chris Viehbacher -, les professeurs Even et Debré ne dédaignent pas de réactiver, dès qu’ils le peuvent, leur fameux système de douche écossaise. Ainsi leur livre s’achève-t-il sur un extraordinaire coup de pied de l’âne destiné à l’organe de presse principal de l’industrie française du médicament : « Pharmaceutiques ».

Le malheur est qu’il nous faille admettre que cette caricature n’est pas très éloignée de nous fournir une excellente leçon de choses : (page 874)
« On n’y parle que d’argent, de marchés, de combinaisons fructueuses, de défausses et de délocalisations qui rapportent, de rachats (ou de ventes) juteux et d’explosion du chiffre d’affaires, mais jamais de médicaments eux-mêmes, de leurs limites, de leurs dangers, de leur prix de revient réel, de la surveillance de leurs résultats et de leurs acci-dents, des risques de leurs associations, et rien non plus sur les recherches qu’elle mène, leurs difficultés, leurs échecs, et rien sur le tiers-monde et les pays émergents. Les médicaments ne sont évoqués que comme des révolutions majeures, vecteurs de bénéfices mirifiques, annoncés à son de trompe, pour attirer les capitaux. »

Mais comment faire pour qu’il en aille autrement ?… Il n’est pas certain que les voies de développement proposées par nos deux accusateurs publics nous évitent l’ornière du mode capitaliste de production des médicaments, et des jouissances qui en découlent pour les détenteurs des capitaux y intéressés.

En attendant, MM. Even et Debré nous en dépeignent, à travers « Pharmaceutiques« , la phalange la plus industrieuse : (pages 874-875)
« Beaucoup de photos aussi de tout ce joli monde, air pénétrant, réfléchi, décidé, yeux perçants, dents de squale, mâchoires de requin, lèvres minces et serrées, ou, au contraire, faussement rassurant, patelin. Dès le premier coup d’oeil, on ne leur achèterait rien. Et tout cela dans le langage américanisé et grotesque des « communicants » et des « coachs » de nos écoles de commerce bas de gamme. Au premier coup d’oeil, tout est clair et tout est dit : l’argent seul compte, l’industrie pharmaceutique, c’est du commerce. Point. »

Voilà pour l’eau froide… Mais, déjà, voici l’eau chaude : (page 875)
« Ce journal donne, d’une industrie qui a tant apporté et apporte encore, l’image la plus noire. Elle vaut mieux que cela. »

Il faut donc y insister : il est très clair que l’apport spécifiquement thérapeutique de Sanofi et d’une industrie pharmaceutique française ramenée à elle-même est tout simplement négligeable. Du point de vue de la santé des populations, leur réussite économique, en ce qu’elle a très largement été ponctionnée sur le budget de la Sécurité sociale, n’en est que plus choquante.

Ce dont MM. Even et Debré ont toutes les peines du monde à tirer la leçon pour le futur.

Michel J. Cuny


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