Corée : Donald Trump sur les traces de Charles de Gaulle et de Douglas MacArthur ?

À la page 43 de son ouvrage Le feu et la cendre (Plon 1979), le journaliste Jean-Raymond Tournoux écrivait, à propos du président des États-Unis de l’après-seconde guerre mondiale, Harry Truman :
« On trouve dans le Journal du secrétaire d’État à la Défense des U.S.A., Forrestal, ces deux annotations :
« 13 septembre 1948 – Entretien avec le Président. On aborde la question d’une décision concernant l’emploi de la bombe en cas d’urgence. Le Président a déclaré qu’il priait Dieu de n’avoir jamais à prendre une telle décision, mais que, si elle s’affirmait nécessaire, personne n’avait de crainte à avoir : il la prendrait… »
et « 10 octobre 1948 – Réunion avec le secrétaire d’État. D’après Marshall, « les Soviets commencent à se rendre compte pour la première fois que les États-Unis utiliseraient vraiment la bombe atomique contre eux en cas de guerre » ». » 

La guerre de Corée éclate en juin 1950. À ce moment précis, les États-Unis disposent d’un chef militaire, le général MacArthur, à qui Charles de Gaulle voue une admiration sans bornes et dont il prendra, publiquement et en ces termes, la défense après que le président Truman aura décidé de lui enlever son commandement :
« C’est le quart d’heure des petits hommes, des éternels capitulards, qui accablent MacArthur. »

Jean-Raymond Tournoux nous permet, par ailleurs, de situer la dimension de ce chef de guerre américain qui n’hésitait pas à proposer de séparer la Corée de la Mandchourie en semant le long de la frontière une ligne de déchets nucléaires, de façon à couper ses principales routes de ravitaillement en provenance de Chine, et qui brandissait la menace d’utiliser la bombe atomique pour faire plier les adversaires de la politique américaine en Corée. Le journaliste écrit :
« Douglas MacArthur devait déclarer un jour, devant une promotion de West Point :
« Quand je rêve, j’entends des canons, des fusillades, l’étrange et lugubre grondement de la guerre. Mais ma mémoire revient toujours à mes années de West Point, et j’entends encore et encore : Devoir, Patrie, Orgueil, Orgueil, Orgueil… » » 

Dans l’entretien qu’il accordera le 10 mars 1954 à Jean-Raymond Tournoux – son journaliste de prédilection pour toute cette période -, le général de Gaulle reviendra avec douleur sur cette occasion piteusement manquée, selon lui, quelques années plus tôt par le camp de la liberté, l’occasion du grand règlement de compte…

Lisons Jean-Raymond Tournoux :
« Il me dit : « La guerre aurait pu éclater en Corée, au moment de l’affaire MacArthur, mais les Américains ne sont pas des guerriers. Ils n’ont pas fait la guerre. À défaut, on se rabat sur le maccarthisme !… Si l’Amérique, en 1951, avait écouté MacArthur, elle eût gagné la guerre en Asie. Elle était seule à disposer de bombes atomiques. Lorsqu’on est un colosse, on fait la guerre, ou bien on s’assoit dans un fauteuil pour fumer sa pipe et regarder la télévision. C’est ce que font les Américains. » » 

En 1958, la blessure de Charles de Gaulle n’était apparemment toujours pas refermée, bien au contraire… Il en reparle au même journaliste lors de l’entretien qu’il lui accorde le 8 janvier…

À cette occasion, Jean-Raymond Tournoux l’entend dire :
« L’Histoire, si tant est qu’il doive y avoir encore une Histoire, dira que le monde a perdu la partie le jour où Truman a empêché MacArthur d’écraser les Chinois, et éventuellement les Russes, avec la bombe atomique. Les Américains tenaient alors les moyens d’écraser leurs adversaires. Aujourd’hui, ils n’ont plus ces moyens. Truman a arrêté MacArthur, parce qu’il était un politicien et parce qu’il a eu peur des électeurs. Le grand débat de notre époque a eu lieu à ce moment. »   

Pour certains, la situation dans laquelle se trouvait le camp de la liberté avant le retour du général de Gaulle au pouvoir en juin 1958 était très inquiétante.

Cinq ans plus tôt, Tournoux lui avait posé la question :
« Estimez-vous, mon Général, que les Occidentaux possèdent la supériorité militaire ? »

La réponse permet de comprendre à quel point De Gaulle pouvait regretter la passivité de Truman au temps de MacArthur

« Les Américains possèdent une supériorité physique qui est encore grande, singulièrement dans le domaine atomique. Cela ne durera pas. Moralement, ce sont les Soviets qui avancent, ou, plus exactement, c’est le système communiste qui avance dans les esprits. En Asie, il a trouvé un champ de bataille immédiat. Il a mis la main sur la Chine. Je sais bien que tout le monde a mis la main sur la Chine, y compris les Occidentaux. Mais, avec les communistes, il y a une question d’organisation. Or ils réussissent à s’organiser, ce qui est énorme, et leur réussite entraîne des répercussion immenses sur leurs voisins, sur les Indes, sur les Indes néerlandaises, sur l’Indochine. Cela, il n’y a pas le moyen de le nier. De dix ans en dix ans, le communisme a avancé de manière effrayante. Il va avancer en Europe. Je vois qu’il avance chez nous, en France, non point par le nombre des gens qui votent communiste : il n’y a plus un grand nombre de communistes en chiffre, mais le communisme gagne en cohésion, en poids. Ce sont ses capacités qui s’accroissent. Les communistes sont les seuls résolus. »

N’est-ce pas là l’idée qu’un Trump peut effectivement se faire de la Chine ?

Mais quelle idée la France d’aujourd’hui peut-elle se faire – en lisant tout cela – de ce qu’était véritablement ce Charles de Gaulle dont on ne cesse de lui vanter la sagesse politique ?

Michel J. Cuny

(À propos de Charles de Gaulle, j’interviens ici : https://degaulleenvrai.wordpress.com/)


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