Les petits plus de Sanofi

Pour hisser Sanofi sur le pavois, pour rallier la France à son panache bleu, pour en faire le tigre international auquel pourront être allègrement sacrifiées les parts des autres laboratoires pharmaceutiques français dans le budget de la Sécurité sociale, il faut, à MM. Even et Debré, établir la liste des avantages économiques que cette multinationale recèle, et qu’elle rassemble tout autour de sa trop criante vacuité thérapeutique :
« L’industrie française associe un géant économique mondial, mais un nain scientifique, Sanofi, riche de l’énorme marché français qu’il domine et trois laboratoires de taille moyenne pour la France, mais très petits à l’échelle mondiale, et une centaine de très petites entreprises […]. » (page 125)

Concentrons-nous sur les plus gros :
« Globalement, les 4 plus grandes entreprises françaises, Sanofi, Servier, Fabre et Ipsen, dont les CA respectifs sont de 33, 3,4, 1,5 et 1,1 G€, diffusent le tiers des 1 000 spécialités françaises. A lui seul, Sanofi commercialise presque 20% de toutes les spécialités sur le marché français (215/1022), avec un chiffre d’affaires 5 fois supérieur à celui des trois autres réunis, 9 fois à celui de Servier, 27 fois à celui d’Ipsen. On ne parle pas là de la même chose. »

Effectivement… Et comme il y a un gâteau de remboursements à partager entre des appétits si différents, il est bien certain qu’il faut parfois (toujours?) jouer des coudes pour arriver à la table du Comité économique des produits de santé qui fait les parts, sous l’autorité du ministère de l’Economie et des Finances, dont les soucis s’étendent évidemment jusqu’aux facilités à accorder pour l’exportation, pour l’effort de recherche, etc. Les enveloppes étant attribuées à chaque entreprise en particulier, il est clair qu’il vaut mieux ne pas arriver là avec un énorme furoncle sur le nez, modèle Médiator 2010…

Poursuivons la lecture de l’inventaire qu’établissent pour nous les professeurs Debré et Even : (page 125)
« En termes de qualité, même différence. Sanofi a 1,5 fois plus de molécules de qualité (E1 à E3) et 2 ou 3 fois moins de molécules inefficaces (E5) que l’ensemble des 3 autres (13% vs 23 à 35%), dont les résultats sont quasi identiques, avec un léger avantage à Servier, qui diffuse un peu plus de molécules de classes E1 et E2 (36%), que les 2 autres (16 et 31%). »

Ici, tout le monde n’est pas obligé d’être d’accord.

En effet, en faisant la présentation des magnifiques tableaux qui couvrent une bonne moitié de leur livre de 900 pages, MM. Even et Debré, sous l’intitulé : « Pour chaque spécialité, 8 indicateurs sont précisés », utilisent une formulation qui réserve quelques surprises, puisqu’ils évoquent « L’année d’autorisation de mise sur le marché (AMM) », et se laissent aller à dire : « Ce qui permet d’identifier le laboratoire qui a le premier découvert et développé le médicament. » Or, ceci est très aventuré…

Puisque nous avons ensuite la surprise de découvrir, à la page 561, que figure par exemple dans la besace de Sanofi un antipaludéen – la Nivaquine (molécule : Chloroquine) – dont l’autorisation de mise sur le marché (AMM) nous est indiquée comme datant de… 1947, 26 ans avant la création de Sanofi (1973).

Mieux, une étude minutieuse des éléments fournis par les deux professeurs, nous fait voir que, parmi les 222 spécialités présentées comme étant le fait de Sanofi, 73 ont également obtenu leur AMM avant 1973…

Pire, pour les années suivantes, nous ne trouvons guère à nous rassurer sur la présence de ce qui constitue, aujourd’hui encore, une partie de la fortune de Sanofi. En effet, évoquant, dès 2004, MM. René Sautier et Jean-François Dehecq, fondateurs de Sanofi, le journaliste Laurent Barbotin écrivait :
« En trente ans, les deux hommes ont fait de l’ancienne division hygiène et santé du Groupe Elf un poids lourd de la pharmacie mondiale. Réalisant pour cela près de 300 acquisitions. »

D’où il résulte qu’il conviendrait, pour faire bon poids, de retirer, parmi les 149 spécialités « sanofistes » d’après 1973, celles dont la fabrication et la commercialisation ont été rachetées jusqu’en 2004 (au titre des 300 acquisitions indiquées ci-dessus), puis celles qui sont dues aux achats survenus jusqu’au moment de l’arrivée de Chris Viehbacher

Au surplus, dans ce contexte, l’acquisition de Genzyme (20 milliards de dollars) confirme parfaitement la ligne ancienne de développement de Sanofi, sans rien démontrer de nouveau quant à ses réels talents en matière de recherche & développement, sauf, bien sûr, à ranger sous l’intitulé « développement » toutes les manoeuvres plus ou moins directes et avouables qui ouvrent la voie à une commercialisation conséquente.

Michel J. Cuny


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