IV. 67 – Président syrien Bachar Al Assad : un homme de vérité

IV. 67 – Président syrien Bachar Al Assad :
un homme de vérité

1ère partie

Lors d’un entretien accordé à un journaliste de l’AFP, le 13 avril 2017, le président Bachar Al Assad devait évoquer la présumée attaque chimique menée quelques jours auparavant, le 4 avril, sur le sol de son pays, à Khan Cheikhoun, et attribuée sans preuve à l’armée syrienne. [SANA, L’Agence Arabe Syrienne d’Informations, Le président al-Assad : « Nous ne possédons pas d’armes chimiques et nous avons renoncé à tout notre arsenal », 14 avril 2017. Note de l’Auteuse : Quelques termes modifiés ou ajoutés sont en écriture romaine (non italique) ; la ponctuation n’a guère été changée ; les indications entre crochets sont de mon fait. Et puis… ce qui est trop rare pour ne pas être signalé : le journaliste pose des questions claires, nettes et précises avec tout le sérieux possible, sans chercher à piéger son interlocuteur, et il écoute les réponses de celui-ci sans l’interrompre ; ce respect mutuel, tout au long de l’entretien, contribue à la qualité de celui-ci. Voici les premiers moments de ce qui est un véritable entretien.]

À la 1ère question,
« Monsieur le président, avez-vous donné l’ordre d’attaquer Khan Cheikhoun aux armes chimiques ? »,

« Nous ne savons pas
si toutes les photos ou les images vidéos
que nous avons vues sont vraies ou truquées. »

le Président Bachar Al Assad répond ceci :
« En fait, personne jusqu’à maintenant n’a enquêté sur ce qui s’est passé ce jour-là à Khan Cheikhoun. Comme vous le savez, Khan Cheikhoun est sous le contrôle du “Front al-Nosra” qui est une branche d’Al-Qaïda. Les seules informations dont dispose le monde jusqu’à présent sont donc celles publiées par la branche d’Al-Qaïda. Personne n’a d’autres informations. Nous ne savons pas si toutes les photos ou les images vidéos que nous avons vues sont vraies ou truquées. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé qu’une enquête soit menée à, Khan Cheikhoun. »

Au lendemain de l’attaque présumée à l’arme chimique à Khan Cheikhoun, le 5 avril, le secrétaire général adjoint et haut représentant pour les affaires de désarmement, le Coréen du Sud, Kim Won-soo disait au Conseil de sécurité de l’ONU : « À la fois le secrétaire général et le directeur général de l’OIAC [Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques] ont fait des déclarations exprimant leur profonde préoccupation à propos de ces rapports et réitérant leur condamnation de tout emploi d’armes chimiques. J’ai été en étroit contact avec le directeur général depuis que les premières nouvelles nous sont parvenues hier. Il m’a informé du fait que la mission d’établissement des faits de l’OIAC rassemblait, analysait activement des informations provenant de toutes les sources possibles et sera prête à déployer une équipe le plus rapidement possible. » Or, le 13 – soit neuf jours après l’attaque présumée – l’État syrien est obligé d’insister pour qu’une enquête soit menée ! Cf. https://unefrancearefaire.com/2017/06/26/iv-64-khan-cheikhoun-des-accusations-rapides-et-sans-preuve/

2ème question :
« Alors, qu’est- ce qui s’est passé ce jour-là ? »

« 48 heures ont séparé
la campagne médiatique de l’attaque américaine,
sans la moindre enquête, sans les moindres preuves tangibles
de quoi que ce soit. »

Le Président Bachar Al Assad :
« Comme je viens de le dire, l’unique source de ces informations, c’est Al-Qaïda, chose que nous ne pouvons pas prendre au sérieux. Notre impression est, cependant, que l’Occident, notamment les États-Unis, sont les complices des terroristes, et qu’ils ont monté toute cette histoire pour s’en servir comme d’un prétexte à l’attaque. »
« Car, quelques jours seulement, voire… 48 heures ont séparé la campagne médiatique de l’attaque américaine, sans la moindre enquête, sans les moindres preuves tangibles de quoi que ce soit. Rien que des allégations et des campagnes médiatiques. Puis l’attaque a eu lieu. »

Le 7 avril, le secrétaire général adjoint au DAP (Département des Affaires Politiques), Jeffrey D. Feltman, affirmait à l’ONU : « Le 4 avril, alors que les forces du gouvernement s’efforçaient de reprendre des territoires perdus récemment après les offensives de l’opposition dans le nord de Hama, des signalements inquiétants nous sont parvenus quant à des attaques chimiques à Khan Cheikhoun et à Idlib. Les signalements provenant du terrain ont dit qu’il y avait eu des attaques aériennes. L’OIAC a annoncé que sa mission d’établissement des faits avait commencé à mener l’enquête pour faire la lumière sur cette attaque à Khan Cheikhoun. » Cf. https://unefrancearefaire.com/2017/06/30/iv-66-des-affirmations-du-secretaire-general-adjoint-a-lonu-sans-attendre-lenquete/

Les prétendues enquêtes menées par l’OIAC sous l’égide de l’ONU ne seraient-elles donc que de la poudre jetée aux yeux des crédules pour mieux les tromper ? Sur quel arsenal idéologique s’appuient les « attaques présumées à l’arme chimique » attribuées à l’armée syrienne et les « signalements inquiétants » « provenant du terrain », etc. ? [Cf. Idem.] Il fallait aux États-Unis accuser l’armée syrienne d’avoir attaqué la population à l’arme chimique afin de pouvoir mener une attaque contre l’armée syrienne elle-même… en guise de représailles : ce qui fut fait le 7. Quelques heures après cette agression, le secrétaire général adjoint à l’ONU, Jeffrey D. Feltman, ne parle pas de demander la moindre explication aux États-Unis, à propos du lancement de leurs « 59 missiles pour cibler la base aérienne de Al-Sharayt » (gouvernorat de Homs)… Cependant, dans un État souverain, ici la Syrie, les États-Unis, pas plus que n’importe quel autre État, ne peuvent prétendre devoir mener des représailles : les États-Unis ne sont, en Syrie, ni en territoire à conquérir, ni en territoire conquis.

3ème question :
« Donc, d’après vous, qui serait responsable de cette attaque chimique présumée ? »

« Il y a tellement de vidéos truquées
en ce moment,
et il y a des preuves qu’elles étaient fausses… »

Président Bachar Al Assad :
« Les allégations elles-mêmes viennent d’Al-Qaïda. Nous n’avons donc pas besoin de mener une enquête pour en savoir l’origine.
Ils l’ont eux-mêmes déclaré : la région est sous leur contrôle, et il n’y a personne d’autre. Quant à l’attaque, je viens de le dire, il n’est pas encore clair si elle a eu lieu ou non. Car, comment peut-on vérifier une vidéo ? Il y a tellement de vidéos truquées en ce moment, et il y a des preuves qu’elles étaient fausses comme celles des casques blancs par exemple. Ce sont des membres d’Al-Qaïda, des membres du “Front Al-Nosra” : ils ont rasé leurs barbes, porté des casques blancs, et sont apparus comme des héros de l’humanité. Ce qui n’est pas vrai, car ces mêmes personnes tuaient les soldats syriens. Les preuves se trouvent d’ailleurs sur Internet.
La même chose s’applique à cette attaque chimique… Nous ne savons pas si ces enfants
ont été tués à Khan Cheikhoun. Nous ne savons même pas d’ailleurs s’ils sont vraiment morts. Et, s’il y a eu une attaque, qui l’a lancée ? Et avec quels matériels ? Aucune information, rien du tout, et personne n’a enquêté. »

Voilà qui dément les affirmations des membres de l’ONU et de l’OIAC qui disaient qu’une enquête était lancée… À quoi sert la « mission d’établissement des faits », « la mission d’enquête conjointe de l’OIAC », dont il est si souvent question au Conseil de sécurité et à l’Assemblée Générale de l’ONU ? Quant aux photos brandies, le 5 avril, par la présidente de séance qui s’exprimait, en tant que représentante des États-Unis, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, Nikki Haley, il suffisait de regarder ces… deux photos (dont l’une n’était pas présentée dans le bon sens), pour avoir plus que des doutes sur leur authenticité car elles pouvaient aussi bien provenir de tout autre événement que de celui daté du 4 avril. Les pressions verbales et l’effet de surprise visiblement recherché en pleine séance ne pouvaient guère emporter la conviction que chez des convaincu(e)s d’avance…

Le journaliste, posant sa 4ème question, paraît lui-même avoir des doutes sur le matériel visuel produit, ici et là, comme preuve de la culpabilité de qui, de quoi, au juste ?
« Vous pensez donc qu’il s’agit d’une fabrication ? »

« Bien sûr,
il s’agit pour nous d’une fabrication à cent pour cent. »

Président Bachar Al Assad :
« Bien sûr, il s’agit pour nous d’une fabrication à cent pour cent. Nous ne possédons pas d’arsenal chimique. Et même si nous en avions, nous ne l’utiliserions jamais. Il existe plusieurs indices, malgré l’absence de preuves, car personne ne possède d’informations certaines ni de preuves tangibles. Par exemple, deux semaines ou environ dix jours avant l’attaque, les terroristes avançaient sur plusieurs fronts, y compris dans la banlieue de Damas, et dans  la campagne de Hama non loin de Khan Cheikhoun.
Supposons que nous disposions d’un tel arsenal, supposons que nous, nous voulions l’utiliser, pourquoi n’y avions-nous pas eu recours au moment où nos troupes reculaient et les terroristes gagnaient du terrain ? En fait, cette prétendue attaque coïncide avec la période durant laquelle l’armée syrienne progressait rapidement, et où on assistait à la débâcle des terroristes qui s’effondraient. »
« 
Par ailleurs, et supposez encore une fois que vous possédez de telles armes, et que vous voulez les utiliser, pourquoi les utiliser contre les civils et non contre les terroristes que vous combattez ? »
« 
Tous les indices vont donc à l’encontre de toute cette histoire. Vous pouvez donc dire que c’est une pièce qu’ils ont montée. L’histoire n’est nullement convaincante. »

Il n’y a guère que des mercenaires à la solde d’un État ou de plusieurs États, soutenus par lui ou par eux, quoi qu’il dût en coûter à la population civile qu’il faut absolument dresser contre son propre pays, contre le président qu’elle a réélu, contre l’armée qui la défend, qui puissent contrevenir aux règles de droit international sans que les États occidentalo-golfico-sioniste brandissent la menace de la CPI (Cour Pénale Internationale).

La 5ème question
« Avec la frappe aérienne américaine, Trump semble avoir changé dramatiquement de position à votre égard et à l’égard de la Syrie. Avez-vous le sentiment d’avoir perdu celui que vous avez auparavant qualifié d’éventuel ami ? »

« Mais il s’est avéré dernièrement,
comme je l’ai dit tout à l’heure,
qu’ils sont les complices de ces terroristes… »

…permet au Président Bachar Al Assad de faire comprendre à qui le veut qu’il ne se fait aucune illusion sur les dirigeants occidentaux :
« J’avais bien dit si, je parlais donc au conditionnel : s’ils sont sérieux à combattre les terroristes, nous deviendrons des partenaires. J’ai dit aussi que cela ne concernait pas seulement les États-Unis, car nous sommes les partenaires de tous ceux qui veulent combattre les terroristes. C’est là pour nous un principe fondamental.
Mais il s’est avéré dernièrement, comme je l’ai dit tout à l’heure, qu’ils sont les complices de ces terroristes, je veux dire les États-Unis et l’Occident. Ils ne sont pas sérieux à combattre les terroristes. Hier encore certains de leurs responsables défendaient « Daech »… en disant que « Daech » ne possédait pas d’armes chimiques. C’est bien défendre « Daech » contre le gouvernement syrien et contre l’armée syrienne.
En fait, vous ne pouvez pas parler de partenariat entre nous qui luttons contre le terrorisme et combattons les terroristes, et ceux qui les soutiennent ouvertement. »

6ème question :
« Pouvez-vous donc dire que la frappe américaine vous a fait changer d’avis au sujet de Trump ? »

Il s’agit de l’attaque lancée le 7, avec « 59 missiles pour cibler la base aérienne de Al-Sharayt » (gouvernorat de Homs) et suivie de la lâcheté insoutenable des membres éminents de l’ONU

« En effet, cette attaque est la première preuve
qu’il ne s’agit pas du président des États-Unis,
mais du système… »

Le Président Bachar Al Assad, très au fait de la différence à faire entre les personnes inter-changeables et les structures politico-économiques occidentales sclérosées, mises en place contre les populations par des oligarchies bourgeoises arriérées, répond…
« De toute manière, j’étais très prudent à exprimer toute opinion à son sujet, avant ou après qu’il ne devienne président. Je disais toujours : “Attendons de voir ce qu’il va faire. Nous ne commenterons pas les déclarations.” En effet, cette attaque est la première preuve qu’il ne s’agit pas du président des États-Unis, mais du système, du fond même du régime aux États-Unis. Il est le même. Il ne change pas.
Le
président y est l’un des acteurs sur la scène américaine. S’il veut être un leader, et c’est vrai pour tout président là-bas qui veut être un leader, il ne le pourra pas. Certains disent que Trump a voulu être un leader. Tout président là-bas qui veut devenir un vrai leader doit ultérieurement avaler ses mots *, passer outre son orgueil, au cas où il en a, et doit tourner à 180 degrés, sinon il le paiera en politique. » [Note de l’Auteuse : * L’expression française est précisément : ravaler sa salive ou ravaler ses paroles. Mais l’expression anglaise traduite, ici, par “avaler ses mots” est tellement parlante !…]

Suite : IV. 68 – Président Bachar Al Assad : un homme sans illusion sur l’Occident

Françoise Petitdemange
6 juillet 2017

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