IV. 66 – Des affirmations du secrétaire général adjoint à l’ONU… sans attendre l’enquête ?

IV. 66 – Des affirmations du secrétaire général adjoint
à l’ONU… sans attendre l’enquête ?

M. Jeffrey D. Feltman (États-Unis)

Jeffrey D. Feltman, qui a une carrière diplomatique derrière lui puisqu’il a été en fonction aux Antilles : à Haïti en 1986, en Europe de l’Est et en Europe Centrale (de 1988 à 1993) : notamment en Hongrie de 1988 à 1991, en Afrique du Nord : en Tunisie de 1998 à 2000, au Proche-Orient (de 1995 à 2008) : en Palestine occupée, d’abord à Tel Aviv de 1995 à 1998 et de 2000 à 2001, puis à Jérusalem de 2001 à 2002 et de 2002 à 2003, en Irak de janvier à avril 2004, au Liban de 2004 à 2008, et qui a été nommé, en 2012, secrétaire général adjoint au DAP (Département des Affaires Politiques) à l’ONU (Organisation des Nations Unies) par Ban Ki-moon, et reconduit dans cette fonction par le nouveau Secrétaire général, António Guterres, peut-il être impartial alors que les puissances occidentales du Conseil de sécurité mènent, avec la complicité de certains représentants à l’ONU, une guerre incessante contre les armées syrienne et russe qui combattent les « groupes terroristes » ?

La fonction de secrétaire général adjoint au DAP (Département des Affaires Politiques) est considérée comme l’une des plus hautes fonctions diplomatiques à l’échelle du monde… occidental. Fonctionnaire international, Jeffrey D. Feltman est, d’abord et avant tout, un fonctionnaire états-unien délégué auprès de l’ONU. Dans l’enceinte de cet établissement, comme dans tout lieu où les enjeux politiques se mesurent à l’échelle du monde, des groupuscules manœuvrent en coulisses pour obtenir des représentants de diverses nations tout acquis aux États-Unis ; ex : le représentant de l’Ukraine

Le 7 avril 2017 – soit trois jours après les « attaques chimiques présumées » à Khan Cheikhoun, et au lendemain de l’intervention de Kim Won-soo qui restait très prudent quant aux événements – Jeffrey D. Feltman intervient au Conseil de sécurité de l’ONU. Voici ce qu’il affirme :
« Mme la Présidente, Ces deux derniers mois, nous avons été témoins de l’échec du cessez-le-feu du 30 décembre avec une escalade des activités militaires. » [UN WEB TV, La situation au Moyen-Orient (Syrie) – Conseil de sécurité, 7919e séance, 7 avril 2017. Vidéo. Note de l’Auteuse : La transcription est de moi ; les mots barrés et remplacés le sont par moi. D’une façon générale, les traducteurs-traductrices, qui travaillent sur le vif de la parole, ont beaucoup de mérite.]

Le secrétaire général adjoint aux affaires politiques peut-il pécher par ignorance des textes qui passent par l’ONU, comme celui de décembre 2016, de nouveau cité ici : « Les organisations terroristes désignées comme telles par le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies sont exclues du cessez-le-feu. » ? Cf. https://unefrancearefaire.com/2017/05/25/iv-55-leclaircie-syrienne-qui-vient-de-la-russie-et-de-la-turquie/
Conformément à cette décision, les combats continuent dans certaines zones de la Syrie ; ce qui ne devrait pas étonner M. Feltman si l’ensemble de l’Organisation des Nations Unies combat le terrorisme…

Le secrétaire général adjoint aux affaires politiques évoque un peu plus tard les derniers événements qui seraient survenus à Khan Cheikhoun et à Idlib
« Le 4 avril, alors que les forces du gouvernement s’efforçaient de reprendre des territoires perdus récemment après les offensives de l’opposition dans le nord de Hama, des signalements inquiétants nous sont parvenus quant à des attaques chimiques à Khan Cheikhoun et à Idlib. Les signalements provenant du terrain ont dit qu’il y avait eu des attaques aériennes.
L’OIAC a annoncé que sa mission d’établissement des faits avait commencé à mener l’enquête pour faire la lumière sur cette attaque à Khan Cheikhoun. » [Idem.]
Après ces « attaques chimiques présumées » – pour reprendre les mots utilisées par Kim Won-soo, lors de son intervention, le 5 avril – l’enquête de l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques) ne fait que commencer. Et donc, deux jours plus tard, le secrétaire général adjoint de l’ONU ne peut que s’exprimer dans le vague… « Les signalements provenant du terrain ont dit… ».

Bombardements états-uniens du 7 avril 2017,
contre l’armée syrienne.
Que dit l’ONU ? Rien ! Elle entérine…

Cependant, le voici qui rapporte ces autres faits – bien réels ceux-là puisque confirmés par leurs auteurs – sans sourciller le moins du monde…
« Ce matin, à 4 h 35, heure locale à Damas, deux bâtiments américains ont été déployés dans l’est de la Méditerranée, ont lancé 59 missiles pour cibler la base aérienne de Al-Sharayt, dans le gouvernorat (d’Hama), de Homs plutôt. Les États-Unis ont affirmé qu’il s’agissait d’une réaction à ce qu’ils ont appelé l’utilisation d’armes chimiques par le gouvernement syrien depuis cette base aérienne. » [Idem. Note de l’Auteuse : L’orateur se trompe de ville et se reprend.]
En vertu de quels droits politiques et de quels Droits de l’Homme les États-Unis peuvent-ils attribuer au gouvernement syrien – sans se soucier d’apporter la moindre preuve – les attaques qui ne sont encore que « présumées » à l’arme chimique et dont l’OIAC recherche les auteurs ? En vertu de quelles discussions et de quelles décisions prises à l’ONU, les États-Unis ont-ils pu mener des représailles sur un pays souverain et contre son armée ? Il s’agit, là, d’une violation flagrante du cessez-le-feu puisque les bombardements états-uniens n’attaquent pas des « groupes terroristes » (qui, faut-il le rappeler, n’entrent pas dans le cessez-le-feu), mais l’armée syrienne elle-même qui est maîtresse chez elle !

M. Feltman n’est pas très regardant quant aux procédés utilisés par son pays, les États-Unis, et se contente d’entériner le fait accompli et les dégâts causés…
« Les États-Unis ont affirmé que les missiles ont endommagé de façon sérieuse les appareils de la Syrie, ainsi que l’ les infrastructure et équipements d’appui. » [Idem.]
Cette agression militaire met en évidence – s’il était encore nécessaire – que les États-Unis cherchent à affaiblir, par tous les moyens, l’armée syrienne et les troupes russes, iraniennes, libanaises qui combattent, à ses côtés, les « groupes terroristes ».
« Selon les médias, les États-Unis ont dit que ils qu’ils avaient informé la Fédération de Russie de la frappe, à l’avance, et avaient établi un mécanisme de déconfliction et pris les précautions qui s’imposaient pour minimiser les risques pour le personnel syrien et russe. L’armée syrienne a affirmé qu’il s’agissait d’un acte d’agression effarant qui avait fait la mort de 6 personnes et provoqué des dommages matériels importants. » [Idem.]
À quels médias M. Feltman s’en remet-il donc pour connaître la véracité des faits ?… Les États-Unis ont décidément un cheminement de pensées particulièrement tordu : pour établir « un mécanisme de déconfliction », ils violent le cessez-le-feu décidé à l’ONU en commettant une agression sur une armée qui lutte chez elle contre des « groupes terroristes », agression destinée à envenimer le conflit et qui ajoute des morts aux morts…

Et le secrétaire général adjoint de l’ONU de pratiquer l’art d’éluder les vraies questions… Le voici maintenant qui dresse deux listes : l’une constituée de pays qui combattent, aux côtés de l’armée syrienne, les groupes terroristes, et l’autre, constituée de pays ennemis de la Syrie – parmi lesquels la France, qui a pourtant fait preuve, depuis au moins 2011, d’une haine belliqueuse à l’égard de son ancien protectorat qui ne veut décidément pas se laisser recoloniser, est absente – qui, quoi que leurs dirigeants clament, ici et là, mènent un double jeu. Maniant la carotte et le bâton à l’égard des « groupes terroristes », les dirigeants occidentalo-golfico-sioniste les arment contre la Syrie et les tuent en Irak.
« L’Iran et la Fédération de Russie ont condamné l’attaque. Le Royaume-Uni, l’Australie, l’Allemagne, la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande ont appuyé, dans une certaine mesure, ces frappes. Le Conseil de sécurité est responsable, en premier lieu, Mme la présidente, de la paix et de la sécurité internationales. » [Idem.]
« Le Conseil de sécurité est responsable » « de la paix et de la sécurité internationales »… La preuve… La Russie, qui fait partie du Conseil de sécurité et qui soutient la Syrie dans sa lutte contre les « groupes terroristes », est visée par les autres puissances de ce Conseil (États-Unis, Grande-Bretagne). Quant aux monarchies occidentalo-golfiques citées, certaines, comme le Japon, l’Arabie saoudite sont occupées militairement, puisqu’elles ont des bases états-uniennes sur leur propre sol, et contrôlées idéologiquement ! Le secrétaire général adjoint de l’ONU ne moufte pas.

Pire…
« Nous espérons que le Conseil pourra se montrer uni et exercer cette responsabilité pour faire la lumière sur l’utilisation signalée d’armes chimiques à Khan Cheikhoun. Il est important, pour le Conseil, d’envoyer un message fort, sans équivoque, selon lequel toute utilisation d’armes chimiques est intolérable et aura des conséquences. » [Idem.]
M. Feltman n’oublierait-il pas la nécessité « d’envoyer un message fort, sans équivoque » aux États-Unis en leur demandant des comptes ? Pourquoi ceux-ci n’attendent-ils pas les résultats de l’enquête menées par l’OIAC ? Craignant des résultats contraires à ceux qu’ils escomptent, ils ont pris les devants en bombardant les installations syriennes qui les gênaient.

Le nouveau joueur de pipeau

Le secrétaire général adjoint, Jeffrey D. Feltman, se fait l’écho du nouveau joueur de pipeau…
« Le secrétaire général souligne que la communauté internationale a la responsabilité de traduire en justice tout auteur d’attaque à l’arme chimique, et de veiller à ce que les armes chimiques ne soient plus jamais utilisées comme instruments de guerre. La protection des civils, à la reddition de compte, devrait être une priorité dans notre programme pour maintenir la paix et la sécurité internationales. Dans le cas de la Syrie, aucune protection réelle n’est possible si les parties au conflit, du côté du gouvernement ou de l’opposition, peuvent agir en toute impunité et si le gouvernement syrien continue de se rendre coupable de violations des droits de l’homme de ses propre citoyens. Protéger la population syrienne nécessite d’agir sans attendre en se fondant sur les principes des Nations Unies et de droit international. » [Idem.]
Mais que dit « le secrétaire général » de la violation du territoire syrien par les États-Unis et de leurs actes d’agression sur l’armée syrienne comme sur la population civile ? Les États-Unis n’agissent-ils pas « en toute impunité » sur un territoire qui n’est pas le leur et contre une population qui ne leur a rien demandé ?

Après Ban Ki-moon qui aurait pu avoir le premier, le deuxième prix d’hypocrisie pourrait être attribué à António Guterres
« Le secrétaire général, qui connaît les risques d’escalade, a demandé à tous de faire preuve de retenue pour éviter toute action qui pourrait encore aggraver les souffrances du peuple syrien. Nous exhortons, en outre, toutes les parties impliquées dans les opérations militaires à respecter le droit international humanitaire et à prendre toutes les précautions qui s’imposent pour réduire, dans toute la mesure du possible, le nombre de victimes civiles. » [Idem.]
Mais les États-Unis se sont-ils souciés une seule fois dans l’histoire, depuis leur existence, des victimes que font leurs armes ?

D’un secrétaire général à un autre, rien ne change sous les plafonds des salles de réunion de l’ONU
« Comme l’a dit le secrétaire général, ces événements nous confortent dans la conviction qui est la nôtre : il n’y a pas d’autre issue à ce conflit que l’issue politique. Encore une fois, nous lançons un appel en direction des parties : renouvelez votre détermination à faire des progrès dans le cadre des négociations de Genève, la résolution 2254 du Conseil de sécurité et le Communiqué de Genève restent la base des efforts de médiation des Nations Unies à cet égard et contiennent tous les principes qui doivent nous guider pour trouver une solution. » [Idem.]
La solution politique ? Oui, mais contrôlée par le président, le gouvernement et le peuple syriens. Pas un coup d’État, contre le président élu Bachar El Assad, dicté par les résolutions onusiennes et états-uniennes…

Suite : IV. 67 – Président Bachar Al Assad : un homme de vérité

Françoise Petitdemange
30 juin 2017

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s