1974 – Quand l’Algérie de Houari Boumediène rêvait d’un monde de justice

par Issa Diakaridia Koné

Michel J. Cuny m’a transmis une vidéo de 12 minutes qui porte le titre : Houari Boumediène, Entretiens avec Paul Balta, 1974.

Houari Boumediène (1932-1978)

Houari Boumediène est un grand homme d’État algérien qui a été, tour à tour, chef de l’Etat-major général de l’Armée de libération nationale pendant la seconde moitié de la guerre d‘Indépendance livrée par le peuple algérien contre la colonisation française, puis membre important du Gouvernement algérien dès l’obtention de l’Indépendance (1962), et ceci jusqu’au mois de juin 1965, date à laquelle il organise et réussit le coup d’État qui devait faire de lui, à compter du 20 de ce même mois, le guide de l’Algérie socialiste jusqu’à sa mort survenue le 27 décembre 1978.

La vidéo est faite d’extraits qui rendent compte d’entretiens accordés par le leader algérien à l’écrivain et journaliste français Paul Balta. Nous sommes en 1974.

Je commencerai par la fin… C’est-à-dire par le dernier extrait rapporté. Voici comment il commence :
« Le sens pour moi de la démocratie, c’est d’abord la justice, d’abord la justice, d’abord la répartition équitable des richesses nationales. Il faut que les richesses nationales profitent à tous les Algériens. »

Même si la ligne suivie par Houari Boumediène est censée être celle du socialisme, dont le principe de base est (je le rappelle) « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail« , nous voyons que le critère principal retenu par le guide algérien occupé à définir la démocratie est la « justice« , une justice dans la « répartition« . Avant, donc, d’envisager le sort des productions issues du travail (ce qui fait que le travail humain peut être exploité par d’autres humains), cet homme d’État algérien a le souci des richesses qui sont le fait de l’Algérie en tant qu’elle couvre un sous-sol où se trouve un bien commun, très recherché par ailleurs dans le monde : le pétrole.

Le pétrole algérien – pour ne prendre d’abord que lui – doit profiter, de façon « juste » à l’ensemble de la population algérienne… Voilà la position ferme et définitive de Houari Boumediène. La suite de cette partie de son propos se déploie alors très logiquement :
« Pour moi, la démocratie, c’est aussi l’équilibre régional. Il ne faut pas qu’une région se développe au détriment d’une autre région. La démocratie pour moi, aussi, c’est l’équilibre entre la ville et la campagne. Il ne faut pas que la ville exploite la campagne. Il ne faut pas que les citadins exploitent les paysans. »

Jusqu’alors, Houari Boumediène paraît n’avoir traité que la question des biens matériels et de la justice qui doit accompagner leur répartition dans l’ensemble du peuple algérien. La suite se concentre sur une dimension très différente :
« La démocratie pour moi, aussi, c’est mettre à la disposition, c’est-à-dire éduquer tous les fils du pays, permettre au fils du chômeur d’accéder, d’accéder aux postes les plus élevés du pays. »

Au-delà de la dimension économique, nous sommes donc passé(e)s à la dimension politique : ceux et celles qui dirigeront le pays dans les différents domaines devraient provenir de n’importe quelle famille algérienne, sans que les moyens matériels de celle-ci puissent freiner la réussite de ses enfants.

Enfin, le tout de la justice, qui fait la démocratie selon Houari Boumediène, se résume ainsi :
« Pour moi, aussi, la démocratie, c’est une véritable justice sociale. C’est l’éducation pour tous, le pain pour tous, les livres pour tous, les soins pour tous, la dignité aussi. »

Il n’y a certainement pas d’économie sans un réel travail de production. Et pourtant, la préoccupation majeure du guide algérien est ailleurs. Essayons de voir pourquoi, en remontant le fil des extraits que nous donne la vidéo. Je m’arrête à celui-ci :
« Notre monde, c’est-à-dire le monde des sous-développés, le monde des pauvres, ce monde a pris conscience d’une chose, c’est que l’autre monde ne peut pas se passer de nous. Ne peut pas se passer de nous. Et aujourd’hui il faut trouver la solution. On a beaucoup parlé de la crise. On a toujours attribué cette crise au problème de l’énergie. »

Rappelons que Houari Boumediène s’exprime en 1974, alors que l’année précédente un événement très important – capital, faudrait-il écrire – s’est produit dans le domaine de l’énergie, justement : le prix du baril est soudainement passé de 3 à 10 dollars !…

Il s’agit d’une conséquence lointaine d’une première réunion qui avait eu lieu à Bagdad (en Irak) en 1960. A ce pays, quatre autres s’étaient joints : l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Koweït et le Venezuela.

Ces cinq pays avaient alors créé l’OPEP- Organisation des pays exportateurs de pétrole. Il s’agissait de s’unir pour éviter de laisser le prix du pétrole continuer à baisser. Le moment allait-il venir où il serait même possible de le faire monter ?

Plus tard, d’autres pays vont venir s’ajouter aux cinq pionniers : Qatar (1961), Indonésie (1962), Libye (1962), Algérie (1969), Émirats arabes unis (1971), Nigeria (1971), Équateur (1973).

Ainsi, en 1973 le groupe est devenu très important. Il se sent en situation de bousculer les pays occidentaux, grands consommateurs de pétrole, en exigeant d’eux une augmentation très importante du prix d’achat du pétrole… Et il va y parvenir…

À mesurer le mécontentement  (la panique !) des Occidentaux – et tout spécialement des États-Unis qui viennent de voir l’Arabie Saoudite se dresser contre eux jusqu’à interdire de leur livrer son pétrole -, il est certain que les choses n’allaient pas en rester là…

Mais, en 1974, Houari Boumediène croit pouvoir tout de même rêver un peu…

C’est ce que nous constaterons en reprenant la suite de cette vidéo très instructive.

Issa Diakaridia Koné

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2 réflexions sur “1974 – Quand l’Algérie de Houari Boumediène rêvait d’un monde de justice

  1. Ce grand homme voulait un monde parfait, un monde dans lequel il n’y a ni monde riche ni tiers monde. On peut dire aujourd’hui grâce à lui : l’Algérie est l’un des pays développés en Afrique sur tous les plans.

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