IV. 43 – « Mais, enfin, on croyait que parce qu’on réclamait la démocratie, on allait être soutenus par les démocraties. »

L’accueil des réfugié(e)s syrien(ne)s

IV. 43 – « Mais, enfin, on croyait que
parce qu’on réclamait la démocratie,
on allait être soutenus par les démocraties. 
»

(4ème partie / 6)

Après une nouvelle pause, l’émission « Le Club de la Presse » se poursuit et l’animateur revient sur la question laissée en suspens, celle des réfugiés syriens.

Nicolas Poincaré : « On parlait des des réfugiés, des centaines de milliers de réfugiés, souvent en provenance de votre pays, de Syrie, qui sont arrivés en Europe, cet cet été ? Vous nous expliquiez – depuis cet été – vous nous expliquiez qu’après cinq ans de guerre, eh bien, ils craquaient parce qu’ils n’avaient plus de perspectives et que ça, ça explique l’afflux de des réfugiés. On se pose souvent la question : Ils viennent d’où ? Est-ce qu’ils fuient majoritairement les zones tenues par Bachar El Assad ou majoritairement les les zones tenues par Daesh ? »

Hala Kodmani : « Heu… Majoritairement, bof ! C’est plutôt les zones tenues par Bachar El Assad dans la mesure où ils fuient les bombardements aériens qui sont complètement dévastateurs. Heu, y en a beaucoup comme je disais qui sont à, c’est un deuxième exil, je veux dire, c’est une deuxième étape : ils sont déjà réfugiés dans les pays voisins, et, là, ils, ils partent pour l’Europe. Heu… Ils fuient tout, ils fuient toute la situation, ils fuient le désespoir et ils fuient l’absence totale de d’horizon. »

Lors d’une guerre, il y a les personnes qui n’ont pas d’autres moyens que de se faire tuer sur place ; il y a celles qui peuvent se déplacer d’un endroit à un autre, à l’intérieur du pays bombardé ; et puis, il y a celles qui peuvent s’éloigner plus ou moins de leur pays. Parmi celles-ci, les unes ont passé en catastrophe les frontières les plus proches : celles du Nord pour aller en Turquie, de l’Est pour aller en Irak, pays lui-même dévasté, de l’Ouest pour aller au Liban, en Égypte, ou celle du Sud pour aller en Jordanie ; les autres, plus aisées, ont les moyens financiers de s’éloigner davantage du pays de départ.
Il n’est pas obligatoire d’être expert(e)s ès stratégie pour comprendre que ce que les Syrien(ne)s fuient, en premier, ce sont les armes qui tuent, qui blessent, qui détruisent tout ce qui est nécessaire à la vie. Nicolas Poincaré pose une double question : « Est-ce qu’ils fuient majoritairement les zones tenues par Bachar El Assad ou majoritairement les les zones tenues par Daesh ? » Sans aucun doute, il y a ceux qui considèrent que l’armée de la République Arabe Syrienne défend le pays et la population et qui se réfugient dans les zones tenues par l’armée du pays (et non « les zones tenues par Bachar El Assad ») ; et puis, il y a les autres, ceux qui ont déstabilisé la Syrie au point de semer la guerre civile et d’avoir déclenché une guerre impérialiste, et qui se rangent dans le camp des prétendus rebelles lesquels, d’ailleurs, se sont trouvés très vite dépassés, sur le terrain, par les groupes de combattants de l’ÉI (État Islamique). Mais la réponse de la journaliste Hala Kodmani n’a rien de surprenant : « C’est plutôt les zones tenues par Bachar El Assad dans la mesure où ils fuient les bombardements aériens qui sont complètement dévastateurs. » D’où il faudrait conclure que tous les groupes armés, qui s’opposent à l’armée de la République Arabe Syrienne, font la guerre avec des jouets…
Mais la guerre n’a rien d’un jeu vidéo ; c’est du réel et tout l’or du monde ne pourrait remplacer, à ce moment-là, le vrai sang qui coule par de la simple grenadine, les vrais bâtiments qui s’effondrent par des palais… La moyenne bourgeoisie syrienne l’apprend à ses dépens. Pour avoir voulu recourir aux services idéologiques et militaires des États occidentalo-golfico-sioniste à seule fin de prendre le pouvoir, la voici en déroute. Selon Hala Kodmani… « ils sont déjà réfugiés dans les pays voisins, et, là, ils, ils partent pour l’Europe. Heu… Ils fuient tout, ils fuient toute la situation, ils fuient le désespoir et ils fuient l’absence totale de d’horizon. »

Robert Namias : « Mais alors, heu…, ce que j’ comprends pas, c’est que… vous disiez tout à l’heure que ils étaient très informés, là-bas, y compris des attentats à Paris. Donc, ils sont informés de tout. Donc, ils sont informés aussi de ce qui se passe en Europe, vis-à-vis de de ces migrants et de et de ces réfugiés. Qu’est-ce qu’ils ont dans la tête pour se dire : « On y va quand même », alors même qu’ils voient bien que – c’est le moins qu’on puisse dire – heu, ils ne sont pas vraiment bien accueillis et l’Europe ne cherche qu’une chose, c’est à les repousser le plus possible vers leur pays d’origine ou au moins la Turquie ? »

Hala Kodmani : « Oui. Mais mais mais bon ! C’est ce que j’ dis, quand on est en désespoir. Moi, je je sais que, l’été dernier, j’ai vu des familles en Turquie qui, heu, bon, y avait un père qui n’avait pas d’emploi, qui était là, qui n’arrivait plus à mettre ses enfants à l’école, heu, qui n’avait plus aucune possibilité de rentrer en Syrie – ils étaient de la région d’Alep – il m’ dit : « Je vais prendre. (Robert Namias : « Le désespoir, c’est d’aller à Calais. Je, j’imagine que Calais, ils savent que ça existe. ») Je, non ! (RN : « Non ? ») Calais, pas vraiment. (RN : « Non ? ») Non ! (RN : « Enfin, ou l’équivalent. »). Il m’ dit, il m’ dit : « Je vais, je vais prendre les bateaux de la mort. » Il m’ dit : « Je vais prendre, je vais embarquer mes cinq enfants et partir sur les bateaux de la mort. » Il les a appelés comme ça. (RN : « De la mort, parce qu’il sait que (combien) se noient… ») Il sait, il sait, mais autant il sait exactement ce que les choses se disent, autant tout risquer, hein, que de continuer à vivre aussi mal. Quand on en arrive à avoir des conditions de vie absolument intolérables, inacceptables, eh ben, on prend tous les risques, on tente tout, le tout pour le tout : on met toutes ses éco, on donne toutes ses économies au passeur, enfin, ses économies et même ses dettes (RN : « Hum. ») au passeur et on essaie. »

Hala Kodmani ne fait jamais que décrire, ici, les conditions dans lesquelles l’opposition armée et l’opposition exilée ont mis des millions de Syrien(ne)s.

Robert Namias : « Alors, puis-je vous poser une question personnelle, madame ? Vous qui êtes en France depuis très longtemps, mais qui êtes syrienne (Hala Kodmani : « Hum. »), qui qui aimez votre pays, heu, comment vous vivez précisément la réaction, de manière générale, disons, heu, des Européens, des Français peut-être en particulier, à l’égard de vos compatriotes et de tous ces réfugiés, devant tant de malheurs. (Silence.) Vous qui, finalement, heu… »

Hala Kodmani : « Je suis complètement sidérée, accablée, je dirais. Heu, je regarde, bon ! Je, oui, je suis Française. Ça fait des des des dizaines d’années que je suis là et je n’ peux pas comprendre. Cela dit, heu, autant, bon, y a une opinion globale qui a l’air de dire : « Aïllaïllaïlle, attention ! » Et pis, parlons de nombre, j’ veux dire, c’est pas énorme quand on pense que le Liban, qui qui a quatre millions d’habitants, supporte un million et demi de réfugiés syriens, que la Turquie en a trois millions, que la Jordanie en, et et nous, attention, on a, c’est peut-être trente mille étalés sur deux ans. Pourquoi ? »

Le problème est ici … la France, depuis 2011, n’a cessé, par ses présidents de la république qui se sont succédé à l’Élysée (Nicolas Sarkozy, François Hollande), par la plupart de ses parlementaires, des hommes et des femmes de presque tous les partis politiques, et par les médias, de mener une guerre idéologique, médiatique, militaire contre le peuple libyen et le peuple syrien. Ici, qui sème le vent, ne veut pas récolter la tempête. Et donc, les Syrien(ne)s ayant cru au mythe de la démocratie occidentale, qui leur a été vendue à coups de clichés, n’ont plus que leurs yeux pour pleurer, si la guerre ne les leur a pas ôtés…

Robert Namias : « Mais, au-delà d’ la France, l’Europe, même, qui, heu, semble se refermer comme une coquille… »

Hala Kodmani : « Mais l’Europe est frileuse de tout ! L’Europe vit dans la peur ! Et en, et et se cache tout le temps, est en train de se barricader, et de de vieillir, de. C’est une très mauvaise image de l’Europe. »

Faut-il accueillir les réfugié(e)s syrien(ne)s parce que la France est co-responsable, par son soutien à l’opposition syrienne et exilée, du désastre qu’elle a fait dans leur pays à coups de mensonges et de bombes ? Ou, simplement, pour donner une bonne image de l’Europe ? D’un côté, des êtres humains, de l’autre, de la com.

Olivier Duhamel : « Mais y a quand même (Hala Kodmani : « qui est en train de prendre… ») une différence entre la France et l’Allemagne, par exemple. C’est-à-dire que l’Allemagne, y a au moins une voix, la voix d’Angela Merkel. (HK : « Oui ») Dans notre pays, y a un peu plus d’ trois décennies, sous un président de droite, on a accueilli plus de 150.000 réfugiés vietnamiens (HK : « vietnamiens ») et y a eu très très peu de contestation de ce fait dans le pays. Aujourd’hui, dans notre pays, vous n’avez pas eu une seule voix dans la le monde politique, pas une ! pour dire : « Mais enfin, il faut qu’on accueille beaucoup plus de réfugiés que ça ! » Non ! Vous n’en avez pas dans les responsables politiques. (HK : « (Tous) pareils. ») Vous n’en avez pas. »

Mr Duhamel oublie une chose : l’accueil des Vietnamiens a été précédé et accompagné d’une idéologie bourgeoise anti-communiste effarante : les Bernard Kouchner, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann et Cie, n’ont cessé de faire dans les bons sentiments pour mieux faire avaler la prétendue démocratie, c’est-à-dire l’oligarchie bourgeoise.

Hala Kodmani : « Des responsables politiques, non ! »

Olivier Duhamel : « Comment est-ce que ce pays parce que, là, j’ vais pas vous faire parler de Syrie, mais aussi de la France qui est votre propre pays. (Hala Kodmani : « Bien sûr. ») Comment est-ce que vous expliquez que, en en en (HK : « Ben, écoutez ») trois décennies et demi, il y ait une telle régression de l’humanité, on va dire de l’humanisme (HK : « Oui. »), du sentiment (HK : « Oui, y a une ») de solidarité. »

Hala Kodmani : « Y a une régression. Y a une, heu, frilosité, une panique, un vieillissement, vraiment je ressens que y a un côté : on vieillit, on vieillit dans la tête. Et même les jeunes vieillissent. »

Les jeunes nantis de la bourgeoisie, parmi lesquels des sionistes comme Kouchner, Lévy et Glucksmann, étaient des anti-communistes forcenés à l’époque du Vietnam. Leur anti-communisme leur a ouvert toutes les portes des médias : aujourd’hui, ils sont des héritiers bien établis, toujours aussi anti-communistes et anti-arabes d’être, pour certains, des sionistes revendiqués.

Olivier Duhamel : « Oui mais y a plein de vieux qui sont très solidaires. Pourquoi, c’est pas une question d’âge. »

Hala Kodmani : « C’est. Y a des gens, non, y a y a, cela dit, y a des, y a des des Français qui font des gestes admirables. (Olivier Duhamel : « Oui. ») D’ailleurs, j’en rencontre beaucoup qui accueillent et qui. Moi, je vois, j’étais la semaine dernière, dans le le, en Charente, dans les villages : ils accueillent quatre familles syriennes et tout le monde était mobilisé ; ils ne savaient pas comment, heu, leur faciliter la vie, les accueillir, les leur trouver des écoles, des transports, des, leur apprendre le français, etc. Non, y a des, y a aussi, heu, des Français qui ouvrent les bras, qui comprennent, qui se montrent humains, solidaires, et heu, et comprennent. (OD : « Ça va, (alors.) »). »

Oui. C’est la bourgeoisie moyenne des médias et de la politique qui pousse aux guerres impérialistes, qui bombarde les pays et ce sont les villageois(es) qui accueillent les réfugié(e)s…

Arlette Chabot : « Au-delà des réfugiés, est-ce que, depuis le début, au fond, heu, on a été solidaires de la Syrie, ou pas. Ou est-ce qu’on a attendu vraiment la dernière minute pour se porter au secours de la Syrie et des Syriens. (Hala Kodmani : « Ben, y a pas eu de… ») Est-ce qui restera un sentiment, une rupture. (HK : « Jusqu’à maintenant, on ne s’est pas porté au secours de qui que ce soit. ») Non, mais je pose la question : est-ce que, non, non, mais, attendez. Les Occidentaux… alors, on bombarde parce que on bombarde Daesh ; on est intervenu militairement ; voilà, heu, on a des attentats, effectivement ; nous sommes aussi la cible et victime de Daesh. Mais, qu’est-ce qui restera dans la mémoire de de des Syriens ? Est-ce que les Occidentaux, les Européens sont venus à leur secours ou est-ce qu’ils ont attendu eux-mêmes d’être menacés pour dire : « Après tout. Ah zut ! il faudrait peut-être défendre la démocratie en Syrie. ». »

Hala Kodmani : « C’est ça, la réalité. C’est ça, la réalité. Y a eu, au tout début, comme dans tout l’élan des printemps arabes, quand la révolution syrienne s’est déclenchée à son tour. Bon ! Y a eu un mouvement de sympathie pour, heu, toutes ses manifestations et ses revendications. Mais dès que y a eu, heu, trois barbus, on : « Aïllaïllaïlle, non non non. Il faut pas les, il faut pas du tout les soutenir. » Et puis, après, ça a été une passivité, un laisser-faire qui, qui fait qu’on en est là, qui fait, qui fait même qu’on a laissé Daesh grandir. C’est-à-dire, en en début 2013, on était encore là à dire : « Attention ! Attention ! Il faut faire quelque chose avant que ces gens-là ne s’installent, avant qu’ils ne réussissent à gagner du terrain. » Et c’est là : personne n’a bougé. (Arlette Chabot : « Et ça laissera des traces, ça ? ») On a laissé le monstre grandir. On a laissé tout arriver. On a laissé les premiers attentats arriver. Et c’est à ce moment-là qu’on commence à réagir. »

Les réfugié(e)s syrien(ne)s abandonné(e)s
sur le chemin de la prétendue démocratie

Tout ce petit monde médiatique feint d’oublier que les États occidentaux sont allés avec leurs bombes défendre les Talibans contre la République Démocratique Afghane, laïque, qu’ils ont combattu la République d’Irak, laïque, et assassiné Saddam Hussein après un procès et un jugement bâclé, qu’ils ont appuyé les ennemis d’hier – les prisonniers libérés, sur demande de la Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste, du centre de torture de Guantánamo et les membres d’Al-Qaïda, anciens combattants revenus d’Afghanistan – et qu’ils ont armé des mercenaires saoudiens, qataris pour mettre à feu et à sang la Libye, laïque, et faire assassiner Muammar Gaddhafi sans procès et sans jugement, qu’ils ont soutenu, un temps, l’armée syrienne dite libre pour renverser Bachar El Assad, un président élu, puis réélu, etc.
Les États occidentaux ont laissé « le monstre » grandir dans les pays de l’Afrique du Nord, depuis les années 1990. En 2011, ils l’ont soutenu en Libye pour anéantir l’État des masses ; ils l’ont appuyé lorsqu’il a attaqué la police, l’armée et la population ; ils l’ont armé… Au même moment, lorsqu’il a attaqué la police, l’armée et la population en Syrie, ils l’ont entraîné à la frontière turco-syrienne en Turquie.

Arlette Chabot : « Et ça laissera des traces, à votre avis, dans, en dehors des réactions que les Européens auront avec les Syriens ? »

Hala Kodmani : « Ah ! Ben, ça laisse déjà des traces, bien sûr. Bien sûr que c’est déjà (Robert Namias : « Alors, là, là… on est… Attendez ! »), c’est marquant. Les les Syriens sont là : ils ne peuvent pas comprendre et naïvement, naïvement, moi, quand j’ les écoute. Mais vraiment, quand ils me disent : « Mais, enfin, on croyait que, parce qu’on réclamait la démocratie, on allait être soutenus par les démocraties. » Bon ! C’est naïf. C’est bébête ! Mais c’est la réalité, ça. Sincèrement, les gens croient ça. »

C’est la journaliste Hala Kodmani, sœur de Bassma, co-fondatrice de l’opposition au gouvernement syrien qui le dit : les Syriens ont été naïfs de croire à ce qui leur a été vanté : la « démocratie » à la mode occidentale. Et donc, ils tombent des nues : « Mais, enfin, on croyait que, parce qu’on réclamait la démocratie, on allait être soutenus par les démocraties. » Commentaire de celle qui soutient l’opposition à fond contre Bachar El Assad : « Bon ! C’est naïf. C’est bébête ! Mais c’est la réalité, ça. Sincèrement, les gens croient ça. »

Suite : IV. 44 – « Rends ton arme, et puis, heu, et puis, voilà. »

Françoise Petitdemange
14 avril 2017

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