Vladimir Poutine face à la mise en scène islamiste des activités occidentales en Tchétchénie

En Tchétchénie, comme ailleurs ultérieurement, le terrorisme islamiste a reçu son habillage confessionnel. Ainsi Marie-Pierre Rey écrit-il :
« […] la République tchétchène de Maskhadov se radicalise et en février 1999 instaure la charia. » (Rey, page 76)

Six mois plus tard, le 7 août, l’attaque islamiste est lancée sur le territoire du Daguestan voisin.

Le 16 août, Boris Eltsine, complètement hors-course, se voit obligé de plier devant l’Armée rouge et devant le KGB, et d’accepter le retour, à la tête de l’État russe, de ce qui ne tardera guère à apparaître comme détenant une large majorité dans le pays : l’opposition soviétique à la perestroïka et à la glasnost, dont le représentant le plus efficace et le plus déterminé a pour nom : Vladimir Poutine, qui devient Premier ministre.

Comme s’il s’agissait d’une réponse à cette promotion inattendue – et d’une réponse venant tout spécialement de Boris Berezovski qui comptait sur les troubles suscités par ses amis de la mafia tchétchène pour porter au pouvoir le général Alexandre Lebed -, une série d’attentats chargés de donner une forte illustration islamiste aux événements en cours éclatent en Russie : ils feront près de 300 morts, et toucheront par deux fois la capitale, Moscou.

N’était-ce qu’une affaire d’islamisme ? Pouvait-il seulement s’agir, pour la Russie, d’empêcher la mise en œuvre de ce qui avait tant effrayé Evguéni Primakov : un État islamiste au centre de l’Europe ?

Rapportant les propos tenus par Vladimir Poutine en 2000, c’est-à-dire dès après le temps qu’il lui fallait pour mieux comprendre les enjeux auxquels il allait devoir faire face, Frédéric Pons nous permet de comprendre ce que la position du président par intérim, puis du président élu de la Fédération de Russie, pouvait avoir de neuf même par rapport à celle de quelqu’un d’aussi bien renseigné sur les enjeux internationaux de la politique occidentale en ce temps-là qu’Evguéni Primakov, dont il faut rappeler qu’il avait été ministre des Affaires étrangères de janvier 1996 à septembre 1998.

Vladimir Poutine avoue, tout d’abord, avoir entretenu, lui aussi, certaines illusions à propos de l’ouverture proposée par la politique gorbatchévienne :
« Oui, pendant un temps, j’ai espéré que la croissance de l’économie et l’émergence d’institutions démocratiques allaient aider à geler ce processus. Mais le temps et l’expérience nous ont montré que ce n’est pas du tout ce qui était en train de se passer. » (Pons, page 120)

Par ailleurs, la question ne pouvait pas se résumer à la seule adoption de la charia à l’intérieur d’une Tchétchénie indépendante de Moscou :
« Je n’ai jamais cru une seconde que la Tchétchénie se limiterait à sa propre indépendance. Elle deviendrait au contraire une tête de pont pour de nouvelles attaques contre la Russie. » (Pons, page 121)

Ceci revenait à dire que Vladimir Poutine n’avait, à aucun moment, partagé la position d’un Boris Eltsine dont toute l’attention était focalisée sur ce qui se passait à Moscou, et dans ses environs plus ou moins immédiats. Selon Vladimir Poutine, l’affaire tchétchène était d’une extrême gravité qui ne pouvait en aucun cas se limiter à un péril tout bonnement islamique…
« J’étais convaincu que si nous ne stoppions pas rapidement les extrémistes, nous allions devoir faire face à une seconde Yougoslavie sur la totalité du territoire de la Fédération de Russie. » (Pons, page 121)

C’est-à-dire à un dépeçage en règle au profit… des Occidentaux… et pas du tout de quelque État islamique que ce soit…

En conséquence, poursuit Vladimir Poutine :
« Nous devons d’abord finir les opérations militaires. Qu’est-ce que cela signifie ? Nous devons briser les grandes formations de ces bandits, qui sont des unités de dix combattants ou plus. Simultanément, nous avons besoin de renforcer le rôle des administrations et services dédiés à la protection de la loi et de la justice et de restaurer les agences de gouvernement. Nous devons prendre à bras-le-corps les problèmes sociaux, les écoles, les hôpitaux. Nous devons créer plus activement des emplois. Et puis tenir des élections. » (Pons, page 123)

Tout cela vaut, bien sûr, pour la Tchétchénie.  Mais cela vaut aussi pour l’ensemble de la Fédération de Russie. C’est l’urgence qui veut que l’effort de réhabilitation de la vie sociale soit d’abord porté vers une localisation déterminée, mais ce sont aussi les déséquilibres qui ont déjà atteint différentes parties du pays, à l’exception de Moscou et de Saint-Pétersbourg particulièrement bien embarquées dans les flots d’argent drainés par l’ouverture aux capitaux internationaux du temps de Boris Eltsine qui exige de frapper très fort en Tchétchénie. D’où ce qu’écrit Frédéric Pons :
« Poutine va appliquer son plan de paix à la lettre, combinant les opérations militaires les plus dures et des actions de développement civil qui préparent l’avenir. Il ne faiblira pas, jusqu’à la pacification de la Tchétchénie. » (Pons, page 124)

Vladimir Poutine, 31 décembre 1999, Tchétchénie

Conscient de la dimension éminemment patriotique de ce qu’il s’agit de mettre en œuvre et de réussir, le soir même de la démission de Boris Eltsine et de sa propre promotion à la présidence par intérim de la Fédération de Russie (31 décembre 1999), Vladimir Poutine ne perd pas une seconde pour mettre le pays en face de ses responsabilités, et pour apporter son soutien immédiat et direct à l’instrument qui va servir à réunifier les cœurs et les esprits autour d’un projet partagé. Selon les termes utilisés par Tania Rachmanova :
« […] le soir même, à la surprise générale, le nouveau chef d’État par intérim fait une visite éclair en Tchétchénie, accompagné de sa femme et des caméras de télévision. » (Rachmanova, page 138)

Et c’est depuis ce front de bataille qui doit réunir l’ensemble de ses concitoyennes et de ses concitoyens qu’il déclare qu’en l’occurrence…
« […] il ne s’agit pas que de rétablir l’honneur du pays, mais aussi d’empêcher l’effondrement de la Russie. » (Rachmanova, page 138)

D’une certaine manière, il s’agit d’une bataille de Stalingrad – en tout petit, certes -, mais d’une importance cruciale, qui peut faire renaître de ses cendres l’esprit de l’Armée rouge.

D’une Armée rouge qui, après Mikhaïl Gorbatchev et Boris Eltsine, ne pouvait plus que revenir de nulle part, ainsi que nous le montrent les propos que tiendrait plus tard – et à propos de cette soirée-là – le général Chamanov, l’un des commandants en activité dans la zone des combats :
« Avec cette visite, Poutine a montré qu’il était avec nous et c’était très important. Je me souviens de la première guerre en Tchétchénie : on nous montrait à la télévision les visites des présidents américains à leurs bases en Allemagne et ailleurs, et notre président, Boris Eltsine, le commandant en chef de nos armées, n’est jamais venu nous voir une seule fois. » (Rachmanova, page 138)

Dernier point, enfin, qui va permettre à Vladimir Poutine de tromper son monde et de gagner du temps en face de ses vrais adversaires – les Occidentaux et Boris Berezosvki manipulant le trop visible islamisme radical tchétchène : les attentats sur les Twin Towers…

En effet, écrit Marie-Pierre Rey :
« Plus dévastatrice que la précédente, la seconde guerre aurait pu susciter des réactions plus marquées. Mais le 11 septembre 2001 a changé la donne car en présentant le conflit tchétchène comme un élément à part entière de la lutte mondiale à mener contre le terrorisme, le président Poutine a durablement réussi à faire taire toute critique à l’égard de sa politique de « normalisation » en Tchétchénie. » (Rey, pages 77-78)

Pour finir par briser les jouets terroristes de l’Internationale capitaliste.

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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