Président de la République du Mali (1968-1991), le général Moussa Traoré aura-t-il été victime d’un procès politique en 1993 ?

par Issa Diakaridia Koné 

M. Laïty Kama, observateur mandaté par la Commission Internationale de Juristes (C.I.J.), poursuit son témoignage.

Il avait d’abord souligné le rôle étrange tenu, dans la répression sanglante des manifestations, par le lieutenant-colonel Bakary Coulibaly, tour à tour placé du côté des troupes de la sécurité malienne qui ont tiré sur la foule des manifestants, et ensuite du côté des acteurs du coup d’État qui a renversé le président de la République, Moussa Traoré.

Moussa Traoré

Cependant, même placé dans une position délicate, le lieutenant-colonel Bakary Coulibaly n’a nullement mis en cause l’ancien chef de l’État, ni aucun des responsables de la chaîne de commandement, s’étonne M. Laïty Kama :
« Lors de sa déposition il a reconnu n’avoir reçu d’instructions ni de Moussa Traoré, ni du ministre de la Défense ni du Chef d’Etat-Major des Armées. Mais il a soutenu n’avoir pas également donné des instructions, ni même être sorti de son p.c. »

Nous le voyons : le lieutenant-colonel ne veut être mêlé à rien. Pourquoi aurait-il fait exécuter des ordres qu’il n’avait pas reçus ? Il n’est donc, selon lui, responsable de rien.

En ce qui concerne la défense de l’ancien Chef de l’Etat, M. Laïty Kama est témoin d’un silence identique :
« Il a maintenu n’avoir donné aucune instruction ou aucun ordre pour tirer sur qui que ce soit, rejetant la responsabilité de la répression sur les officiers qui étaient chargés du maintien de l’ordre. »

De sorte que le juge sénégalais délégué par la Commission Internationale de Juristes ne peut qu’apporter une confirmation :
« La question sur le point de savoir qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants est donc demeurée sans réponse durant toute l’instruction et à l’audience. »

Coulibaly nie, Traoré nie… Faudrait-il croire que les manifestants se sont tués entre eux ?

Soudainement, l’accusation avance un argument nouveau en évoquant…
« une visite que le Général Président aurait rendue au p.c. opérationnel. »

Est-ce possible ? Voit-on le président de la République se rendre en personne dans un tel lieu ? Sans doute le conditionnel utilisé dans le rapport de M. Laïty Kama s’impose-t-il… Mais, ici, le rapport que nous fait ce spécialiste des grandes questions pénales devient plus que surprenant. Lisons-le avec attention :
« Madame Le Procureur Général s’est demandé en effet comment un Président de la République peut descendre jusqu’au p.c. dirigé par un lieutenant-colonel. Et d’en conclure que le Chef de ce p.c., dont il parait établi de plus en plus que c’est lui qui a ordonné de tirer, n’a pu le faire sans instruction de son supérieur hiérarchique conformément à la réglementation militaire. »

Impossible de ne pas sursauter devant cette formule du « Chef de ce p.c., dont il parait établi de plus en plus que c’est lui qui a ordonné de tirer »…

Mais s’il est donc très clair que les tirs sont partis sous le commandement du lieutenant-colonel Bakary Coulibaly, pourquoi celui-ci n’a-t-il pas été appelé immédiatement à s’expliquer devant la Cour d’Assises ? Pourquoi, ainsi que nous l’avons vu dans l’article qui a été consacré à la première partie du compte rendu de ce procès, le Parquet Général a-t-il refusé, avant le procès, de délivrer le réquisitoire supplétif sollicité par la Chambre d’Instruction ?

C’est tout simplement parce que le pouvoir qui s’est établi après le coup d’Etat qui a renversé le général Moussa Traoré a pris la précaution de décréter que le peuple malien avait pardonné à son Armée…

Mais alors, pourquoi le Parquet choisit-il tout de même de parler d’une visite du président Moussa Traoré au p.c. du lieutenant-colonel Bakary Coulibaly ?

Cela permet tout d’abord à l’accusation de montrer que le président de la République n’a pas été passif durant les terribles événements. M. Laïty Kama nous le rappelle :
« Surtout, pour le Ministère Public, Moussa Traoré n’est pas resté aussi inactif qu’il le dit. Il a pris des initiatives. »

Il aura donc donné des ordres… qui ont eu cet effet, indiqué plus haut, de faire agir le « Chef de ce p.c., dont il parait établi de plus en plus que c’est lui qui a ordonné de tirer » et qu’il « n’a pu le faire sans instruction de son supérieur hiérarchique conformément à la réglementation militaire ».

Mais cet intermédiaire qu’a été le lieutenant-colonel Bakary Coulibaly, s’il sert à établir la culpabilité du général Moussa Traoré président renversé de la République du Mali, n’a donc pas eu à venir expliquer la réalité du contexte de son intervention dans toute cette affaire… S’agissait-il de conserver un silence fort avantageux pour l’ensemble des responsables du coup d’Etat, et ceux qui, un peu plus loin dans l’ombre, ont pu y mettre la main ?…

Nous verrons que le rapport de M. Laïty Kama a également bien des choses à nous révéler sur ce dernier point qui est effectivement essentiel…

Issa Diakaridia Koné

Publicités

Une réflexion sur “Président de la République du Mali (1968-1991), le général Moussa Traoré aura-t-il été victime d’un procès politique en 1993 ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s