IV. 30 – Le Conseil de sécurité de l’ONU, 18 décembre 2015 : pipeau

Conseil de Sécurité de l’ONU, New York, 18 décembre 2015

IV. 30 – Le Conseil de sécurité de l’ONU,
18 décembre 2015 :
pipeau
(Début)

Depuis longtemps mais, davantage encore, après les événements survenus à partir de l’année 2011, la Russie et la Chine savent à quoi s’en tenir quant au respect des Résolutions de l’ONU (Organisation des Nations Unies) par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France : elles ne peuvent oublier les conséquences de la guerre civile et coloniale sur la Libye et sa population, tandis que ces trois puissances belliqueuses sont déjà passées à d’autres guerres (Syrie, Ukraine…), à d’autres dirigeants (Bachar El Assad, Viktor Ianoukovytch…), sous le regard complaisant, pour ne pas dire complice, de l’ONU. Autrement dit, les dirigeants de ces trois puissances impérialistes peuvent mettre le monde à feu et à sang, sous le prétexte d’apporter aux populations la démocratie, la liberté et la paix, puisqu’ils ne courent pas le moindre risque d’avoir à rendre des comptes de leurs actes devant l’ensemble des pays membres de l’ONU et d’avoir à répondre de leurs menées criminelles et liberticides contre les populations devant la CPI (Cour Pénale Internationale)…

L’ONU n’ayant pas été capable de faire respecter la Résolution 1973 par les trois États occidentaux (France, Grande-Bretagne, États-Unis), la Russie (dont le président était alors Dmitri Medvedev, plus jeune et moins aguerri que Vladimir Poutine mais, surtout, se référant à l’idéologie libérale) et la Chine ne pouvaient que prendre la mesure de la duperie et qu’en tirer les conséquences. Cette Résolution 1973 stipulait notamment ceci :
« Le Conseil de sécurité, » « Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de la Jamahiriya arable libyenne, » Pipeau… [Nations Unies, Conseil de sécurité, S/RES/1973 (2011), Distr. Générale 17 mars 2011. Résolution 1973 (2011), Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 6498e séance, le 17 mars 2011, pages 1 et 2. Cf . IV. 18 – Le double veto russe et chinois du 22 mai 2014, au projet, au Conseil de sécurité de l’ONU.]

Issu d’une famille appartenant à la classe moyenne qui avait eu la possibilité de fuir la guerre de Corée (Sud contre Nord : États-Unis contre Chine et Union Soviétique), (25 juin 1950-27 juillet 1953) pour se mettre à l’abri dans un lieu beaucoup plus paisible, et qui n’avait regagné ses pénates qu’une fois la guerre terminée, Ban Ki-moon, qui avait alors six ans, n’a pas fait – tant mieux pour lui – l’expérience que d’autres enfants de son âge, dont les familles n’avaient pas eu les moyens de fuir, ont faite : trois années sous les bombes… Plusieurs décennies plus tard, le petit Ki-moon est devenu le très cauteleux Secrétaire général de l’ONU (1er janvier 2007-31 décembre 2011) qui a laissé la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis puis l’OTAN bombarder la Libye et le peuple libyen.
Ce qui s’est passé en Libye montre bien ce qu’il arrive lorsque l’ONU est défaillante : c’est la barbarie de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis, suivie de celle de l’OTAN qui prend le dessus. Est-ce pour ses très bons services rendus à la communauté occidentale en Libye que monsieur Ban a été reconduit dans ses fonctions jusqu’au 31 décembre 2016 ? Ce qui fait qu’en 2015, pour la guerre de Syrie, il est toujours là.

Après les réunions du GIAS (Groupe International d’Appui à la Syrie), le Conseil de sécurité se réunissait à son tour dans l’après-midi du 18 décembre 2015, sous la présidence du Secrétaire d’État des États-Unis, M. John Kerry : il était question d’adopter une « feuille de route » pour obtenir la paix en Syrie. Le début de la Résolution 2254 est une redite, à quelques mots près, du début de la Résolution 1973 :
« Le Conseil de sécurité, » « Réaffirmant son ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale de la République arabe syrienne, et aux buts et principes de la Charte des Nations Unies, » Re-pipeau… [Nations Unies, Conseil de sécurité, S/RES/2254 (2015), Distr. Générale 18 décembre 2015. Résolution 2254 (2015), Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 7558e séance, le 18 décembre 2015, page 1.]

À partir de ce canevas, constitué d’une déclaration bien faite pour tromper et pour appliquer tout son contraire, et qui doit servir à détruire la République Arabe Syrienne comme elle a servi à détruire la Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste comme elle risque de servir encore à détruire d’autres pays, les pires manipulations verbales et les pires crimes effectifs sont possibles pour les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, ces trois puissances dictatoriales sur le plan politique et destructrices sur le plan économique.

Après avoir entériné la contre-révolution de 2011 en Libye, le Conseil de sécurité annonce, en cette année 2015, une sorte de coup d’État en Syrie :
« Réaffirmant que le seul moyen de régler durablement la crise syrienne est un processus politique ouvert, conduit par les Syriens, répondant aux aspirations légitimes du peuple syrien et mené dans la perspective de l’application intégrale des dispositions du Communiqué de Genève du 30 juin 2012, approuvé dans la résolution 2118 (2013), notamment la mise en place d’une autorité de transition dotée des pleins pouvoirs exécutifs, formée sur la base du consentement mutuel et dans des conditions propres à assurer la continuité des institutions de l’État, » [Idem, page 1.]

Autrement dit, le Conseil de sécurité de l’ONU, pour prétendument régler le conflit en Syrie, continue à se référer aux « dispositions du Communiqué de Genève du 30 juin 2012 » « approuvé dans la résolution 2118 (2013) »… alors qu’entre-temps, comme cela a déjà été vu, – entre le « Communiqué de Genève du 30 juin 2012 », « la résolution 2118 (2013) » et la Résolution 2254 qui sera adoptée par le Conseil de sécurité lors de cette séance du 18 décembre 2015 – , a eu lieu une élection présidentielle, début juin 2014, lors de laquelle le peuple syrien a, sous les bombes, accordé un nouveau mandat à Bachar El Assad.

Puisqu’il y a eu une élection présidentielle, le règlement de la crise ne serait-il pas dans l’abandon, par les opposant(e)s, de leur volonté de prendre le pouvoir par la force et dans celui, par les pays qui se disent démocratiques, de leur soutien armé ? Comment donc le Conseil de sécurité peut-il envisager un « processus politique ouvert » ? ouvert à quelles aventures politico-économiques ?… « conduit par les Syriens »… Bachar El Assad, n’est-il pas un Syrien élu ? les membres du gouvernement, ne sont-ils pas des Syriens ?… « répondant aux aspirations légitimes du peuple syrien »… mais celui-ci n’a-t-il pas exprimé ses « aspirations légitimes » lorsqu’il s’est prononcé, en faveur de Bachar El Assad, lors du vote présidentiel ? Faut-il lire, dans cette phrase, qu’une partie du Conseil de sécurité – celle que constituent les pays dits démocratiques : États-Unis, Grande-Bretagne, France – préfère ignorer le résultat de l’élection pour imposer sa propre « feuille de route » au peuple syrien ?…

Quant à « la mise en place d’une autorité de transition dotée des pleins pouvoirs exécutifs », dont serait revêtue l’opposition syrienne au gouvernement légal et au président Bachar El Assad réélu, même hypothétiquement « formée sur la base du consentement mutuel » qu’apporteraient, bien évidemment, les opposant(e)s syrien(ne)s et, moins évidemment, les Syrien(ne)s qui ont vécu, grâce aux premiers, six années sous les bombes ?… Ces plans tirés sur la comète laissent perplexe !

Reprenant les élucubrations du GIAS (Cf. IV. 29 – Compte rendu de la réunion du GIAS (Groupe International d’Appui à la Syrie) à Vienne, le 14 novembre 2015), le Conseil de sécurité enfonce le clou…
« Se félicitant que le GIAS soit déterminé, comme il est indiqué dans la Déclaration conjointe sur l’issue des pourparlers multilatéraux sur la Syrie qui se sont tenus à Vienne le 30 octobre 2015 et dans la Déclaration du GIAS en date du 14 novembre 2015 (ci-après « les Déclarations de Vienne »), à assurer une transition politique conduite par les Syriens et prise en main par eux, fondée sur l’ensemble des dispositions du Communiqué de Genève, et soulignant que toutes les parties syriennes doivent d’urgence s’employer diligemment, dans un esprit constructif, à atteindre cet objectif, » [Idem, page 2.]

Les bombes occidentales en Libye n’ont fait que détruire la véritable démocratie exercée par le peuple, et la remplacer par une fausse démocratie exercée par une bourgeoisie souvent revenue d’exil pour répandre le sang et les larmes et qui n’a, six années après la mort de Muammar Gaddhafi, rien construit de solide et de durable. Alors, la velléité du Conseil de sécurité d’inclure, dans le champ politique syrien d’après guerre, « [t]outes les parties syriennes »… cela ressemble à une obsession, d’autant qu’il s’agit d’évincer le président élu Bachar El Assad, donc tous les Syriens et toutes les Syriennes qui ont voté pour lui, sauf à les obliger à voter jusqu’à ce qu’ils-elles votent “bien”, c’est-à-dire contre lui.

À suivre…

Suite : IV. 31 – Le Conseil de sécurité de l’ONU, 18 décembre 2015 : pipeau et re-pipeau 

Françoise Petitdemange
14 mars 2017

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