Instruction populaire et ordre social

Le surgissement de la Commune de Paris n’allait faire que conforter la position des instituteurs. La nécessité de l’instruction se trouvait confirmée. Enumérant ce qu’il considère comme de solides raisons, Michel Bréal écrit :
« Augmenter les ressources de l’individu et multiplier du même coup la richesse de l’Etat, répandre une moralité qui rende les crimes plus rares et un respect des lois qui diminue l’armée de l’émeute, égaler la diffusion des lumières à l’extension des droits politiques et éclairer notre souverain, qui est le suffrage universel, tels sont les motifs qu’invoquent ordinairement les partisans de l’instruction du peuple. »

Le Bulletin de la Société Franklin du 1er août 1871 constate :
« Si nous voulons sauver la France il faut instruire la nation comme il faut l’armer. Il faut l’instruction obligatoire et immédiate comme il faut le service militaire obligatoire et immédiat. Il faut que chaque individu soit instruit contre l’ignorance, la misère et l’envie. Il faut enlever au socialisme brutal ses torches avec lesquelles il vient d’incendier Paris. L’instruction populaire est la seule force qui puisse les lui arracher. »

La Ligue de l’Enseignement n’a pas un avis différent :
« Sous la pression des événements que nous venons de traverser, convaincus que le premier devoir et le premier besoin sont d’élever le niveau intellectuel et moral du pays le cercle parisien de la Ligue de l’Enseignement a résolu de provoquer dans toute la France un grand mouvement en faveur de l’éducation du peuple… Après les Prussiens, après la Commune, la croisade contre l’ignorance doit s’affirmer plus énergiquement que jamais et multiplier ses efforts. »

Sur les précautions à prendre, l’unanimité se fait. L’abbé Lesmayoux précise bien dans Le Correspondant du 10 janvier 1872 :
« L’instruction sans la morale n’est qu’une puissance malfaisante, une servante des plus mauvaises passions. Si l’Enseignement primaire est organisé en vue du bien public et des intérêts légitimes des familles et de chacun, s’il élève les coeurs en même temps qu’il forme les esprits, nous pouvons en espérer la résurrection de la France. Si au contraire il n’est réglementé que dans l’intérêt d’un parti politique, s’il n’aboutit qu’à donner des lecteurs aux organes socialistes, il faut s’attendre à un dernier cataclysme. Alors la France n’aura consacré des sommes énormes, destinées à s’accroître de plus en plus, qu’à former contre elle-même des parricides qui éliront de nouvelles communes, allumeront de nouveaux incendies, massacreront d’autres otages. »

Effectivement… Gare au double tranchant !

Michel J. Cuny

(Ce texte est extrait de l’ouvrage de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange « Le feu sous la cendre – Enquête sur les silences obtenus par l’enseignement et la psychiatrie » – Editions Paroles Vives 1986, qui est accessible ici.)  

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