IV. 29 – Compte rendu de la réunion du GIAS (Groupe International d’Appui à la Syrie), à Vienne, le 14 novembre 2015

Dans cette assemblée, beaucoup de joueurs de pipeau
mais peu de vrais musiciens

IV. 29 – Compte rendu de la réunion du GIAS
(Groupe International d’Appui à la Syrie)
à Vienne, le 14 novembre 2015

Voici donc réunis, à Vienne, le 14 novembre 2015, plusieurs pays dont la plupart ne font que prétendre soutenir la Syrie… « Les membres de l’ISSG [The International Syria Support Group = GIAS] sont unanimement convenus de la nécessité urgente de mettre un terme aux souffrances du peuple syrien, à la destruction matérielle de la Syrie, à la déstabilisation de la région et à la hausse du nombre de terroristes attirés par les combats en Syrie qui en résulte. » Pipeau-pipeau. [France Diplomatie, Déclaration du groupe de soutien international à la Syrie (Vienne, 14 novembre 2015). Note FP : L’indication entre crochets est de moi.]

Les pays occidentalo-golfiques, qui affichent ces “bonnes intentions”, ont tout fait pour miner la Syrie comme la Libye, de l’extérieur et par l’intérieur, en poussant à la guerre civile pour détruire la République Arabe Syrienne comme ils ont détruit l’État des masses, pour renverser le gouvernement légitime syrien comme ils ont anéanti toute la structure politique qui permettait à la population libyenne de décider de l’économie de son pays, pour éliminer politiquement et, si possible, physiquement le Président élu Bachar El Assad, comme ils ont éliminé politiquement et physiquement le Guide révolutionnaire Muammar Gaddhafi.

Les dirigeants occidentaux, qui ne savent que détruire, ne peuvent ignorer que les guerres tuent, qu’elles blessent, qu’elles humilient, et qu’elles produisent de terribles « souffrances » dans les populations. Pourquoi ces guerres ? Pour obtenir « la destruction matérielle » des pays qui ont rejeté la colonisation et refusent une re-colonisation (Cf. l’Irak du temps de Saddam Hussein, la Libye révolutionnaire qui a existé de 1969 à 2011). Il s’agit, pour les dirigeants occidentaux qui se succèdent au pouvoir dans les pays capitalistes d’empêcher les autres pays de poursuivre leur développement comme ils l’entendent et de les renvoyer à une époque antérieure, « à l’âge de pierre » comme des politiques et des journalistes disent si bien et avec une jubilation qui les déshonore.

Une fois les pays et leurs populations renvoyé(e)s « à l’âge de pierre », les dirigeants belliqueux peuvent relancer l’économie capitaliste qui s’essoufflait dans leur propre pays mais, surtout, ils permettent aux agents des multinationales de débarquer dans les pays en ruines : ainsi, les multinationales du bâtiment se précipitent pour reconstruire ; celles de l’alimentaire peuvent subvenir aux besoins de la population affamée par la guerre, imposer à cette population d’autres denrées que celles qu’elle trouve dans son pays, et faire naître des habitudes occidentales ; celles de la santé arrivent avec leurs produits pharmaceutiques et leurs prothèses, etc. Les dirigeants belliqueux ont décidé et agi sciemment pour que la guerre contre la Libye entraîne la « déstabilisation » du reste de l’Afrique, pour que la guerre contre la Syrie entraîne la « déstabilisation de la région » ; ils savent très bien que ces deux guerres ont suscité et continuent à susciter des vocations, notamment dans la jeunesse – y compris dans la jeunesse européenne –, qui ont provoqué « la hausse du nombre de terroristes » comme ils disent…

La partie occidentalo-golfique de ce GIAS (Groupe International d’Appui à la Syrie) correspond à un groupe de faux pompiers qui se réuniraient, apparemment, pour débattre de la question de savoir comment faire cesser le feu d’un incendie qu’ils auraient allumé partout dans un pays et qui aurait fait plus de 200.000 mort(e)s, plusieurs centaines de blessé(e)s, etc., mais qui, surtout, seraient là pour évincer le chef et ses hommes, de vrais pompiers quant à eux, qui se battraient contre l’incendie.

Depuis le soutien annoncé par Vladimir Poutine à l’ONU, apporté à la Syrie par la Russie, il y a péril en la demeure occidentalo-golfique : « L’ISSG [The International Syria Support Group = GIAS] a reconnu qu’il existait un lien étroit entre un cessez-le-feu et un processus politique parallèle en application du communiqué de Genève de 2012, et que les deux initiatives devaient avancer très rapidement. Les membres du groupe se sont engagés à assurer une transition politique conduite et contrôlée par la Syrie, sur la base de l’intégralité du Communiqué de Genève. » [Idem. Note FP : L’indication entre crochets est de moi.] La République Arabe Syrienne, a-t-elle un représentant invité à ces discussions ?

Entre le « Communiqué de Genève de 2012 » qui imposait « une transition politique » et cette réunion du GIAS à Vienne à la mi-novembre 2015 qui veut imposer un « cessez-le-feu », beaucoup d’eau a coulé sous les ponts : la réélection de Bachar El Assad à l’élection présidentielle au début de juin 2014, et l’entrée de la Russie dans la guerre pour un soutien technique et militaire à la Syrie, en septembre 2014. Ainsi, pour certains, il devient urgent de faire quelque chose avant qu’ils n’aient perdu la partie…

Car il y a, dans ce groupe, deux sous-groupes de dirigeants représentés : ceux qui lancent les guerres, qui détruisent les pays au maximum et qui se réfugient, à coups de « droits de l’homme » et de “bons” sentiments humanistes, dans la parlote ; et ceux qui défendent la souveraineté des pays attaqués et qui, lorsqu’ils parlent, ne parlent pas pour ne rien dire ou pour détruire davantage encore, ou pour humilier.

Chacun-chacune sait que les dirigeants occidentaux mettent le « cessez-le-feu » sur la table des négociations, non pas – comme ils disent – pour protéger la population syrienne et pour éviter plus de mort(e)s encore, mais parce qu’ils sont en train de perdre la partie sur le terrain – via l’ASL [Armée syrienne prétendument libre] – et qu’il leur faut « assurer une transition politique » de toute urgence, avant la fin de la guerre, c’est-à-dire imposer leurs pions au pouvoir en lieu et place du président réélu et des membres du gouvernement… Pour les dirigeants occidentaux et leurs représentant(e)s, la guerre est un jeu comme un autre, auquel ils veulent toujours gagner en imposant d’emblée leurs règles, en les modifiant à leur guise en cours de partie s’ils voient qu’ils perdent : et, donc, en trichant.

Un « cessez-le-feu », soit ! Mais…

« Le cessez-le-feu ne s’appliquerait pas à des actions offensives ou défensives contre Daech ou le Front al-Nosra ou tout autre groupe que l’ISGG conviendra de considérer conmme terroriste. » [Idem. L’ISGG arrive soudainement dans le texte officiel sans plus de précision. Est-ce l’ISSG ?] Attention ! Là, il y a un piège : « ou tout autre groupe que l’ISGG conviendra de considérer comme terroriste. » Or, les dirigeants occidentaux considèrent tous ceux – y compris les Syriens qui défendent leur pays contre les menées occidentalo-golfiques meurtrières via l’ASL et l’État Islamique – comme des terroristes et Bachar El Assad comme un dictateur. Si le diable est dans les détails, ici, il est dans la formulation « conviendra de considérer comme »… Ce qui laisse aux avions occidentaux la possibilité de bombarder… l’armée de la République Arabe Syrienne. Les bavures ? Ce n’est pas ce qui manque… dans les guerres occidentales.

Ce qui porte les armées qui défendent leur pays à se méfier de ces dirigeants-faux pompiers qui mettent le feu, qui jouent avec le feu et qui parlent de « cessez-le-feu » en provoquant des retours de flammes dans le camp ennemi… c’est le joker qu’ils brandissent à certains moments : « l’accès humanitaire » « sur tout le territoire » : « L’ISSG a déclaré son intention de prendre des mesures immédiates en vue d’encourager les mesures de confiance susceptibles de contribuer à la viabilité du processus politique et d’ouvrir la voie à un cessez-le-feu national. Dans ce contexte et en application de la clause 5 du Communiqué de Vienne, l’ISGG [l’ISSG ?] a discuté de l’opportunité de prendre des mesures visant à assurer un accès humanitaire rapide sur tout le territoire de la Syrie en application de la résolution 2165 du Conseil de sécurité des Nations Unies, et a demandé qu’il soit accédé aux demandes d’aide humanitaire des Nations Unies encore en suspens. » [Idem.] Méfiance… L’« aide humanitaire » occidentale est, le plus souvent, accompagnée d’une aide en armes apportée contre l’armée qui défend son pays, ici, contre l’armée de la République Arabe Syrienne.

Déjà, les dirigeants occidentalo-golfiques pensent à l’après guerre. « Les membres de l’ISSG ont réaffirmé leur soutien au processus de transition contenu dans le Communiqué de Genève de 2012. À cet égard, ils ont affirmé leur soutien à un cessez-le-feu tel que décrit précédemment et à un processus dirigé par les Syriens qui mènerait, dans un délai de six mois, à l’instauration d’une gouvernance crédible, sans exclusive et non confessionnelle, et à fixer un calendrier et un processus de rédaction d’une nouvelle constitution. Des élections libres et équitables se tiendront conformément à la nouvelle constitution dans un délai de 18 mois. Ces élections doivent être organisées sous le contrôle des Nations Unies, à la satisfaction de la gouvernance et dans le respect des normes internationales les plus strictes en matière de transparence et de responsabilité, tous les Syriens, y compris ceux de la diaspora, ayant la possibilité de participer. » [Idem.]

Voici la première série de marottes des dirigeants occidentaux : la « transition » politique, mais de quoi se mêlent-ils ? « l’instauration d’une gouvernance crédible »… pour qui ?, et la « rédaction d’une nouvelle constitution ». Auraient-ils déjà une Constitution toute prête à imposer au peuple syrien ? Comme celle co-rédigée par Robert Badinter… pour la Roumanie, en 1991, et imposée au peuple roumain dès après le procès extrêmement rapide et bâclé suivi du passage immédiat par les armes du couple Ceauşescu
Après quoi, ils peuvent imposer aux populations la deuxième série de marottes : l’organisation d’« élections libres et équitables » (comme chez eux… avec des candidats surmédiatisés, dotés de moyens financiers énormes, et d’autres laissés dans les oubliettes et faisant avec les moyens du bord), « sous le contrôle des Nations Unies » (qui penchent du côté occidental), « à la satisfaction de la gouvernance » (mot qui recouvre le tout et son contraire) « dans le respect des normes internationales les plus strictes » (lire : normes occidentales élastiques en fonction des buts visés) « en matière de transparence et de responsabilité » (qui brillent par leur absence dans les pays occidentaux)… Il suffit de penser aux élections présidentielles en France et aux États-Unis… pour éclater de rire… d’un rire amer. Quant à la « diaspora », il est aisé de comprendre pourquoi elle n’est surtout pas oubliée : c’est certains(e)s de ses hommes et femmes les plus en vue, dont les ficelles qu’ils-elles ont dans le dos sont tirées aux États-Unis, qu’il est question de mettre au pouvoir en Syrie… directement ou par personnes interposées. Au mépris de la population syrienne qui s’est déjà prononcée par ses manifestations pour soutenir Bachar El Assad… et par son vote.

Les « Nations Unies »… qui ne sont déjà pas capables de se faire respecter et de faire respecter leurs Résolutions… qu’y peuvent-elles dans ce rapport de forces ?

Tant qu’ils gagnent à leur jeu parce qu’ils en imposent les règles les plus adaptables selon leur intérêt du moment, cela convient aux dirigeants occidentaux. Mais qu’ils viennent à perdre et ils sont prêts à renverser le jeu !

Suite : IV. 30 – Le Conseil de sécurité de l’ONU, 18 décembre 2015 : pipeau 

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