Vladimir Poutine (31 décembre 1999) : aux limites du possible et de l’impossible

Je vais tout d’abord repartir d’une phrase écrite par Vladimir Poutine dans l’article qu’il a publié sur le site d’un gouvernement dont il était encore le Premier ministre le 31 décembre 1999, c’est-à-dire à la veille de son accession à la présidence par intérim de la Fédération de Russie, après avoir évoqué l’hétérogénéité « des valeurs de base et des orientations idéologiques fondamentales » à l’intérieur de son propre pays :
« Deux fois, dans le siècle passé, la Russie s’est trouvée dans un tel état : après octobre 1917 et dans les années 90. Dans le premier cas, le consensus civil et l’unité sociale ne furent pas tant forgés par ce qu’on appelait alors le travail « idéologique » que par la force. Ceux qui étaient en désaccord avec l’idéologie et la politique du régime étaient soumis à la persécution et à l’oppression. » (Frédéric Pons, page 347)

Est-ce ainsi qu’il envisage l’avenir de son pays, c’est-à-dire la politique qu’il pense y mener ? Certainement pas, affirme-t-il aussitôt :
« À vrai dire, c’est pour cela que je crois que le terme d’« idéologie d’État » défendu par certains hommes politiques, par des journalistes et des savants, n’est pas tout à fait approprié. Il suggère des associations d’idées avec notre récent passé soviétique. Une stricte idéologie d’État ne laisse pratiquement pas de place pour la liberté intellectuelle et spirituelle, le pluralisme idéologique et la liberté de la presse. En d’autres mots, il n’y a pas de liberté politique. » (page 347)

Il y insiste de plus belle :
« Je suis opposé à la restauration d’une idéologie officielle de l’État russe, sous quelque forme que ce soit. Il ne doit pas y avoir de consensus civil forcé dans une Russie démocratique. Le consensus social ne peut être que volontaire. » (page 348)

Manifestement, il ne sait pas – où il oublie, à ce moment-là, de se souvenir de ceci que – dans les démocraties occidentales existe ce qui s’appelle une « idéologie dominante » qu’il est très malvenu de contester… Ainsi, en France, par exemple, on ne doit pas, aujourd’hui, discuter la dimension réelle de l’Holocauste… La loi ne le permet pas.

Ensuite, il y a le fait que l’ensemble des moyens d’expression réellement publique sont aux mains de la bourgeoisie d’affaires ou d’Etat… Rien de ce qu’elle n’admet pas ne peut véritablement passer… Et je ne m’attarderai pas sur les contenus de l’enseignement (tiens, Voltaire, par exemple… cf. http://www.voltairecriminel.canalblog.com)

Mais la naïveté du Vladimir Poutine de cette fin d’année 1999 s’étend également à l’économie et aux rapports de classes qu’elle engendre dans les pays où règne le mode capitaliste de production. De sorte qu’il ne trouve rien à redire au nouveau syndrome qui semble s’être saisi des Russes :
« Ils veulent profiter des possibilités offertes par les différentes formes de propriété, la libre entreprise et les relations de marché. C’est sur ces fondements que notre population a commencé à percevoir et à accepter des valeurs universelles supranationales, se situant au-dessus des intérêts sociaux, ethniques ou de groupe. » (page 348)

Le problème est celui qui se pose lorsque la « valeur universelle supranationale » qui règne sur les « intérêts sociaux ethniques ou de groupe » n’est plus que la valeur d’échange sous sa forme la plus éthérée en même temps que la plus tyrannique : le capital, devenu un jouet dans les mains de la finance internationale… 

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Comment Vladimir Poutine peut-il ignorer que tout ce qui s’organise en système capitaliste dépend d’une comptabilité qui va jusqu’au dernier centime, et qu’à ce prix-là, les « valeurs » qu’il croit pouvoir énoncer ne sont qu’un leurre pour l’essentiel des populations ?

Lisons-le :
« Notre population a accepté des valeurs comme la liberté d’expression, la liberté de voyager à l’étranger, et d’autres libertés humaines et droits politiques fondamentaux. Les gens accordent de l’importance à la possibilité de posséder leur propriété, d’être engagés dans la libre entreprise, de gérer leur propre patrimoine, etc. » (page 348)

Ne sait-il pas jusqu’où est allée la misère induite, dans son propre pays, par la pénétration des méthodes capitalistes de gestion ? En tout cas, voici ce que nous rappelle Frédéric Pons à ce propos :
« Pays soudain pauvre, la Russie a vu son revenu brut moyen par habitant s’affaisser de 2643 euros en 1991 à 1322 euros en 2000, quand Poutine prend les rênes de la Russie, après les secousses des crises de 1992 et 1998. » (page 108)

En lisant ce qui lui vient sous la plume à la fin de l’article qu’il publierait le dernier jour de 1999, nous comprenons que Vladimir Poutine est, à ce moment-là, dans une sorte de somnambulisme – qu’il partage avec une grande majorité de la population russe, sans doute – et dont il ne sortira qu’au prix d’un choc terrible qu’il nous faudra observer de près à notre tour.

Nous le voyons en effet ouvrir ses bras à cet impérialisme occidental qu’il paraît confondre avec le Père Noël. Sûr que, plus tard, on ne l’y reprendra plus… Pas plus qu’on n’y reprendra le peuple russe :
« Nous appelons à la mise en œuvre d’une politique d’investissement qui combinerait les purs mécanismes de marché avec des mesures d’orientation par l’État. En même temps, nous continuerons de travailler à la création d’un climat d’investissement attractif pour les investisseurs étrangers. Pour parler franchement, sans capital étranger, le redressement de notre pays sera long et dur. Nous n’avons pas de temps pour une croissance lente. Par conséquent, nous devons faire de notre mieux pour attirer le capital étranger dans notre pays. » (page 355)

16 ans plus tard, nous pouvons ressentir un très grand soulagement : il n’en a rien été. 

Mais, alors, que s’est-il passé ? Qu’est-ce donc qui fait la force de la Russie d’aujourd’hui ? Et qu’est-ce qui devrait engager les peuples à être très attentifs à ce qu’elle retrouve au plus profond d’elle-même en voyant agir Vladimir Poutine ?

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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