1. 2007 – Les jolies colonies de vacances de Nicolas Sarkozy

De 2007 à 2012, Nicolas Sarkozy, comme tout président français depuis l’adoption de la Constitution de 1958, a exercé un pouvoir personnel dans un pays qui n’avait et qui n’a toujours rien d’une république (Cf. L’ouvrage de Michel J. Cuny, Pour en finir avec la Cinquième République – Histoire de l’étouffement du suffrage universel, Éditions Paroles Vives, 2016).

À l’origine de la majorité des initiatives, le président français, élu au suffrage universel dont le fonctionnement est truqué depuis qu’il existe, contrôlait le gouvernement ; il concentrait entre ses seules mains le pouvoir exécutif dans tous les sens du terme (Cf. La guerre contre la Libye, les bombardements effectués sur la population libyenne et l’assassinat perpétré sur la personne du Guide révolutionnaire, Muammar Gaddhafi, en 2011). Quant au parlement qui est censé exercer le pouvoir législatif, il n’avait guère et il n’a toujours guère autre chose à faire qu’à entériner des décisions qui ont été prises ailleurs… Inutile de parler du pouvoir judiciaire… Nombre d’hommes politiques viennent du barreau. Avocats d’affaires, ils sont bien placés pour faire passer à l’as leurs malversations d’autant que le président de la république et les députés bénéficient de l’immunité que leur confèrent leurs fonctions respectives.

Alors, restent les médias qui pourraient respecter une éthique professionnelle pour informer la population…

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2007 – Les jolies colonies de vacances
de Nicolas Sarkozy

En 2006-2007, les journalistes se bousculaient pour obtenir l’accréditation qui leur permettrait de suivre Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle. Tandis qu’à ses heures perdues, le candidat, qui avait choisi la Camargue comme dernière étape, caracolait sur un cheval blanc en compagnie de trois gardes, les journalistes, trop « heureux(ses) » d’avoir été « élu(e)s », n’avaient pas hésité, pour suivre leur héros en rase campagne, à s’entasser dans une charrette tirée par un tracteur. Les journalistes dans une bétaillère… Cela devait rappeler, à certain(e)s, l’époque des guerres, notamment celle contre l’Irak, quand les journalistes sont-étaient embarqué(e)s dans les camions états-uniens pour « s’informer » de ce qui se passait sur le terrain… garantie, sans doute, d’un point de vue très impartial…

Tout au long du mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy (2007-2012), les journalistes se sont démené(e)s pour être du groupe qui l’accompagnerait lors de tel ou tel voyage officiel. Jusqu’à ce qu’enfin, après bien des pourparlers, les conseillers en communication de l’Élysée finissaient par lâcher du lest. Dans leur grande majorité complètement serviles, ils-elles savent les questions à ne surtout pas poser pour ne pas mettre en colère le « président ». Les rares d’entre eux-elles qui s’y sont risqué(e)s, se sont fait insulter ou ridiculiser par le président, et se sont obligatoirement fait lâcher par les confrères qui tenaient à ménager leurs arrières.

Chaque citoyen(ne) français(e) savait-sait que Nicolas Sarkozy n’est pas un homme de l’écrit : il ne lit pas. Ses rapports avec l’écrit se limitent à faire la une des magazines. L’homme est plutôt un « accroc » du petit écran : durant sa présidence de l’UMP (novembre 2004-mai 2007), (décembre 2014-mai 2015), puis des Républicains (mai 2015-août 2016), au cours de ses fonctions ministérielles et tout au long de son mandat présidentiel (2007-2012), il n’a cessé de fréquenter les plateaux de télévision, de se montrer et d’exhiber sa vie privée – quand cela était en sa faveur – à l’exemple des stars de quatre sous. Mais la médiatisation de sa vie privée par le principal intéressé lui-même a eu ses revers avant même son arrivée à l’Élysée, puis le jour même de la cérémonie d’entrée au Palais (sic), et après sa prise de fonction : les milieux parisiens savaient, mais les médias français s’étaient longtemps tus…

C’est la télévision suisse-romande qui, dans un reportage extérieur, avait dévoilé le secret de Polichinelle. Les médias français, par crainte de sévères représailles, avaient continué à se taire, à s’autocensurer. Le journal Le Matin avait été le premier à révéler le « clash conjugal » entre le président de l’UMP et son épouse, Cécilia. Le titre, à la rubrique « événement » : « Séparation. Le couple politique le plus médiatique de France, Sarko largué par Cécilia » (mai 2005), donne encore des sueurs froides à son rédacteur en chef, Peter Rothenbühler. Aussitôt après, devenu ministre de l’Intérieur (2 juin 2005-26 mars 2007), Nicolas Sarkozy avait lâché ses services de police sur les traces des chasseurs d’historiettes et ses avocats déposeraient plainte contre le journal en question mais le procès aboutirait à une condamnation légère du journal. Des années après les faits, le journaliste un peu trop bavard reste dans l’obscurité que lui octroie son pseudonyme : une façon d’éviter des représailles dont il est difficile de dire où elles s’arrêteraient.

Trois mois après, fin août 2005, Paris-Match, dont le directeur était alors Alain Genestar, avait sauté le pas. Son slogan, « le poids des mots – le choc des photos« , venait de se convertir en espèces sonnantes et trébuchantes : Le Times ayant acheté, pour son édition du dimanche, le Sunday Times, les photos du nouveau couple Cécilia-Richard en ribote durant tout l’été 2005 – prises partout où il se montrait : sur la Croisette, aux terrasses des restaurants à Paris, etc. -, le magazine Paris Match allait transgresser l’interdit et titrer à la une : « Cecilia Sarkozy. L’heure du choix. Avec Richard [Attias], elle a passé l’été entre New York et Paris. Le temps de la réflexion. » (25 août 2005) Le directeur du groupe, Arnaud Lagardère, étant un ami de Sarkozy, Alain Genestar serait viré en 2006. Celui-ci dira : « J’ai pu ressentir en parlant très brièvement au téléphone avec Nicolas Sarkozy la violence qui, s’abattant sur moi, s’était abattue sur Arnaud Lagardère. Et j’ai compris. La pression avait été trop forte. » 

Le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, envisageant de se présenter aux élections présidentielles, il n’était pas question pour lui de prêter le flanc à la moindre critique… Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, dit Nicolas Sarkozy, tentait de faire bonne figure malgré les escapades de son épouse Cécilia (née Ciganer-Albeniz, ex-épouse de Jacques Martin) avec Richard Attias, alors directeur de Publicis Events. Mais peu après son élection à la présidence de la république, il ne servait plus à rien de cacher la vérité, d’autant que Cécilia n’était pas disposée à jouer la comédie plus longtemps : le divorce serait prononcé le 18 octobre 2007.

Esseulé, le président rencontrerait, grâce au publicitaire Jacques Séguéla, l’ex-mannequin, Carla Bruni, avec laquelle il convolerait en troisièmes noces, le 2 février 2008, tandis que quelques semaines plus tard, le 23 mars, Cécilia épouserait son amant qui, deux mois après, serait désigné PDG de la Dubaï Event Management Corporation. Le journaliste politique à France 3, Patrice Machuret, qui suivait tous les déplacements du président Nicolas Sarkozy depuis trois années, se fendait bientôt d’un livre-people, dans lequel il a écrit : « Nicolas Sarkozy est un hyperactif, angoissé et sportif. Pour garder la forme il a un secret, bien gardé depuis des années. Plusieurs fois par mois, il consulte un homme qui lui envoie des « ondes positives ». Ses patients l’appellent le « gourou ». » Avec un homme aussi instable à la présidence de la république, les journalistes, humoristes, des journaux, radios, télévisions, ne pouvaient être alors que sur le qui-vive : insultes, menaces, perquisitions, gardes à vue…

En janvier 2008, lors d’une conférence de presse, le président Nicolas Sarkozy annonçait la suppression de la publicité de 20 heures à 6 heures, sur les écrans des télévisions et dans les radios publiques, ce qui aurait pour conséquence le passage des commandes de publicité aux chaînes et radios privées, la réduction des espaces publicitaires disponibles dans le privé et, donc, la hausse des tarifs qui bénéficierait aux amis du président qui sont dans l’Audiovisuel : TF1, M6, Canal +, les autres chaînes de la TNT dont Direct 8 (chaîne de Bolloré). Ce sera chose faite en janvier 2009. De plus, il s’octroiera le pouvoir de désigner les futurs patrons des chaînes publiques. Selon David Pujadas, la censure s’inscrivait tout au long d’une chaîne dans la mesure où « le président de l’Audiovisuel publique a autorité sur le directeur de la rédaction qui a autorité sur les journalistes ».

Noël Mamère devait déclarer à propos de Nicolas Sarkozy : « En France, on n’a jamais eu un président aussi près de la télévision et des responsables de la télévision. C’est un problème de générations. Et quand on regarde de plus près comment se sont construits ses réseaux, on s’aperçoit qu’il a, que ça a commencé très tôt, qu’il avait vraiment un dessein. Donc, dès les années 80, dans la ville de Neuilly où il était un tout jeune maire (il devait avoir 24 ou 25 ans), il a créé une association qui s’appelait « Neuilly Communication » et quand on regarde quels étaient les membres de cette association, ce sont les mêmes qui, aujourd’hui, ont les clés de l’ensemble de l’Audiovisuel privé. » Mais encore… « Ce qu’il faut savoir, c’est que ce sont les mêmes qui sont aussi propriétaires de grandes entreprises qui ont des relations très étroites avec l’État, qu’il s’agisse de Lagardère, qui est aussi un marchand d’armes, qu’il s’agisse de Bouygues qui, aujourd’hui, est présent dans le nucléaire. Donc, tout ça est quand même très inquiétant quant au pluralisme, quant aux conflits d’intérêts, et donc quant à la démocratie. »

« Neuilly Communication » a eu, parmi ses membres, ses intervenants, ses invités :

Nicolas Bazire (associé-gérant de la banque Rothschild & Cie dans les années 1990, directeur général du Groupe Arnault et de LVMH (pôle presse : Louis Vuitton Moët Hennessy) ;
Vincent Bolloré (directeur-adjoint à la Cie financière Edmond de Rothschild avant d’être, entre autres, PDG du Groupe Bolloré dont 80 % des bénéfices proviennent des activités en Afrique, détenteur du marché de l’Autolib’ dans la capitale, président de surveillance de Vivendi, du Groupe Canal +) ;
Martin Bouygues (PDG du Groupe Bouygues qui s’est développé autour de trois pôles : la construction, la communication (TF1, LCI) et les télécoms) ;
Jean-Claude Decaux (fondateur de la société JCDecaux spécialisée dans les placards publicitaires qui jalonnent les autoroutes, dans le mobilier et la publicité urbain(e), a développé le concept des vélos citadins : Vélib’) ; avant de décéder, en mai 2016, il passera le relais à l’un de ses fils, Jean-Charles ;
Claude Douce (vice-président de EMEA Mc Cann World Group en 2002, administrateur de la Fondation Nestlé en 2007) ;
Alain de Pouzilhac, (de 2008 à 2012, PDG de la Société de l’AEF (Audiovisuel Extérieur de la France) réorganisée début avril 2008 sous l’impulsion du président Sarkozy ; société qui allait regrouper France 24, RFI (Radio France Internationale), et TV5 Monde) ;
Thierry Saussez (président de l’Agence Image et Stratégie Europe, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, directeur du SIG (Service d’Information du Gouvernement) de 2008 à 2010) ;
Nicolas de Tavernost (président du directoire du Groupe M6 depuis 2000) ;
Guy Verrecchia (président de UGC (Union Générale Cinématographique))…

Invité dans les médias, c’était le président Sarkozy qui proposait aux journalistes les questions à lui poser : « Vous ne voulez pas poser une question d’actualité sur, heu, Carcassonne, non ? » 

[Citations retranscrites à partir de « Sarkozy, vampire des médias« , reportage d’Alexandre Bochatay et de Sarah Perrig https://www.youtube.com/watch?v=BfDdSTK6lBs%5D

Clic suivant : 2. Notre ancêtre le Gaulois

Françoise Petitdemange
17 octobre 2016

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