La participation de la France au pourrissement de la Russie d’avant Vladimir Poutine

Dans la France de la fin du XXe siècle, il n’y eut pas de dénonciation plus forte des ravages à mettre au compte de Lénine et de Staline que cette somme publiée sous l’autorité de Stéphane Courtois : Le Livre noir du communisme – Crimes, terreur, répression, Robert Laffont 1997.

Dix-huit ans après ce coup de maître-saboteur, le même Stéphane Courtois (autrefois tout feu tout flamme !) dirigeait la publication de l’ouvrage Communisme 2015 – La Guerre des mémoires… où il avouait que, cette guerre-là, lui et ses petits camarades l’avaient perdue… lamentablement perdue.

Le résultat, avouait-il, le voici :
« Le héros résistant – le maquisard la mitraillette à la main – a été peu à peu remplacé par de nouveaux héros, doloristes ceux-là – la victime juive, dont personne ne conteste, bien entendu, le statut ni l’innocence, et le « Juste » qui a sauvé des Juifs de la déportation. D’autres catégories de victimes vont alors se précipiter dans la brèche qui mène aux bénéfices du bientôt célèbre « devoir de mémoire » – qui n’a souvent rien à voir avec le « devoir d’histoire ». » (pages 330-331)

Dégradé par son côtoiement éhonté d’un système communiste coupable d’avoir fait mourir 100.000.000 de personnes, le « maquisard la mitraillette à la main », réduit à rien par Le Livre noir du communisme, est sorti de l’Histoire par la porte du crime. Or, comme Stéphane Courtois nous l’enseigne désormais en sa qualité d’historien à la retraite :
« […] la nature mémorielle ayant horreur du vide, l’affaiblissement de la mémoire héroïque du « parti des fusillés » a provoqué un véritable appel d’air. » (page 330)

Ainsi, sur le terrain soigneusement déblayé par ce personnage qui aime les chiffres ronds, d’autres sont venus qu’il n’avait pas invités. Et il n’aime pas ça. D’autant moins que certains ont pris, semble-t-il, une place démesurée. C’est donc lui qui nous le dit :
« Ce sont, cette même année 1985, les six millions de Juifs assassinés par les nazis dont Claude Lanzman, dans son fameux film Shoah, propose une vision ouvertement anti-historienne, qualifiant « d’obscénité absolue le projet de comprendre » l’horreur et stigmatisant « la question du pourquoi avec la suite indéfinie des académiques frivolités ou des canailleries qu’elle ne cesse d’induire ». Puis ce sont les 75.000 Juifs déportés de France dont S. Klarsfeld s’est autoproclamé le porte-parole. » (page 331)

Or, les choses sont allées très loin depuis que l’héroïsme proprement soviétique ne peut plus avoir le moindre droit de cité, et que l’horreur nazie n’est plus qu’une broutille à côté des crimes de Staline.

Stéphane Courtois est maintenant tout retourné :
« Le transfert d’héroïsme est frappant : en 2015, un magazine portant sur « Les Résistances juives durant la Seconde Guerre mondiale » ne consacre pas une ligne aux combattants de l’Affiche rouge ; et de son côté, l’ancien résistant et historien Lucien Lazare présente une nouvelle version de la Résistance où il oppose le sauvetage des enfants juifs – dans un article intitulé « Sauver, c’est résister » – à la résistance générale y compris armée […]. » (page 331)

Or, derrière ce débat qui pourrait n’être qu’une affaire idéologique entièrement dépassée, et, selon certains, la meilleure façon de rompre avec l’ensemble des crimes de la Seconde Guerre mondiale – sauf la Shoah qui est partie pour tenir le haut du pavé durant au moins quelques décennies encore –, c’est la structuration intellectuelle des diverses classes sociales qui est en question. Lorsque Stéphane Courtois prétend dénoncer ce dérapage qui se serait produit une petite dizaine d’années avant que ne paraisse son Livre noir du communisme, il oublie de nous signaler que c’est sur cette vague-là que lui-même a choisi de s’installer pour faire son drôle de travail alors qu’il était rémunéré par le C.N.R.S. Ainsi nous livre-t-il ici l’identité de ses complices :
« […] depuis 1989-1991, les socialistes et les gauchistes post-soixante-huitards ne veulent plus entendre parler d’un communisme idéologiquement démonétisé et d’un monde ouvrier que des élites mondialisées marginalisent un peu plus chaque jour. Leur alliance opportuniste a imposé sur le passé un discours non plus historique mais politico-moraliste. » (pages 332-333)

Mais revenons au chef-d’œuvre qu’aura produit Stéphane Courtois en 1997…
« Nous pouvons […] établir un premier bilan chiffré qui n’est encore qu’une approximation minimale et nécessiterait de longues précisions mais qui, selon des estimations personnelles, donne un ordre de grandeur et permet de toucher du doigt la gravité du sujet. » (page 14)

… et la légèreté du procédé employé pour l’aborder… Des estimations « personnelles »

Ainsi le bilan des victimes du communisme à travers le monde depuis 1917, tel qu’il a pu être établi par l’honorable personne que ne peut manquer d’être Stéphane Courtois, nous donne une quantité rondelette, qui n’a besoin d’aucune virgule, et qui peut même être rédigé, pour un faible coût, c’est-à-dire avec ces 2 chiffres bien accordés à notre univers électronique : 0, 1.
« Le total approche la barre des cent millions de morts. » (page 14)

Goebbels avait donc bien raison de mettre en garde l’Europe contre la monstruosité du système bolchevique… Stéphane Courtois nous l’aura sans doute démontré.

Mais il n’aura pas réalisé ce brillant exercice à lui tout seul. La première grande partie de ce livre dont il a dirigé la rédaction est due à la plume d’un personnage que j’ai précédemment évoqué, d’abord pour donner des extraits d’un journal rédigé par son père, Alexander Werth, grand reporter de nationalité britannique venu à Moscou très rapidement après le déclenchement de l’opération Barbarossa du 22 juin 1941.

Nous allons d’abord lire ce qu’écrivait ce père-là, directement témoin de la vie en Union soviétique au moment de cette terrible catastrophe que lui infligeait l’Allemagne d’Hitler, et ceci, par procuration de tant d’autres pays capitalistes.

Rédigeant, en janvier 1942, l’Introduction à son ouvrage Moscou – 1941, Alexander Werth n’hésitait pas à écrire :
« Le régime stalinien et, derrière lui, l’ensemble du peuple russe se levaient pour combattre notre ennemi commun. » (pages 13-14)

À l’intérieur du Journal lui-même, le père de Nicolas Werth notait déjà le lundi 28 juillet 1941 :
« Je me demande souvent ce qui fait que les Russes combattent ainsi. Ils défendent quelque chose, leur pays, leur régime qui, quoi que l’on puisse en dire, sont indissociables. Il n’y a plus de démarcation entre Union soviétique et Russie. Même les plus âgés ont assimilé cette réalité, surtout depuis que le régime soviétique a entrepris son « tournant national ». Et même si ce régime est, par certains aspects, impitoyable, les esprits les plus critiques sentent que c’est, au moins potentiellement, un bon régime, avec comme base, la constitution stalinienne. La résistance de l’armée est bien sûr renforcée et sous-tendue par une discipline de fer. Timochenko a un point de vue très arrêté sur la question. Quiconque affirme, en plaisantant, que la guerre est menée par le GPU est tout simplement un imbécile. » (pages 89-90)

Poutine

Fille de la Tchéka, précédant le NKVD, pour lequel a travaillé le père de Vladimir Poutine, et le KGB où ce dernier s’est lui-même formé à la réalité politique d’une URSS fortement endommagée depuis la mort de Staline, la Guépéou arrive ici à point. L’imbécile a été trouvé : il s’appelle Nicolas Werth

Qu’il ne faudrait pas prendre pour moins important qu’il n’aura été dans la Russie de Gorbatchev  et d’Eltsine, celle qui n’était plus qu’un pays à la dérive, ses amarres avec la difficile tâche définie par Lénine et, à sa suite, par Staline, ayant été si complètement rompues qu’elles paraissaient ne plus jamais pouvoir reparaître. Attaché culturel auprès de l’ambassade de France à Moscou durant la perestroïka de 1985 à 1989, Nicolas Werth a vu son livre : Histoire de l’Union soviétique, servir, durant quelque temps, de base à l’enseignement de l’Histoire de l’URSS criminelle, dans une Russie à ce moment-là, complètement tétanisée…

Fort heureusement, ce supplément d’intoxication n’a pas suffi à tuer définitivement la pensée politique en Russie.

Mais en France ?…

Michel J. Cuny

(Pour reprendre cette analyse du sionisme par le début, voir :
https://unefrancearefaire.com/2016/05/01/le-sionisme-mais-quest-ce-donc/)

 
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