Goebbels, vers le 20 août 1941 : « Si on aurait su que ça soye ça, on aurait pas venu ! »

Il n’aura pas fallu deux mois à Joseph Goebbels pour comprendre dans quel guêpier Adolf Hitler avait fourré l’Allemagne en attaquant l’URSS le 22 juin 1941. Affronté jusqu’alors à des dirigeants occidentaux qui ne rêvaient que de voir cet assaut se produire, et qui, en conséquence, ont annihilé d’avance leurs organisations de défense pour laisser entrer chez eux l’envahisseur nazi – ce qu’ont magnifiquement illustré la Pologne de 1939 et la France de 1940 –, le Führer s’est cru doté d’une armée bien plus forte qu’elle ne l’était en réalité, de même qu’il s’illusionnait sur la capacité de résistance que pourrait lui opposer un adversaire qui ne serait pas, lui, un tigre de papier.

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Joseph Goebbels (1897-1945)

Depuis longtemps déjà, l’Occident lui-même se racontait l’histoire d’une URSS prête à imploser dès le premier choc venu de l’extérieur, tandis que les résultats affichés par l’économie soviétique n’étaient perçus que comme le fantasme de ses dirigeants.

En face de la dure réalité, Goebbels, lui, ne peut que tenir un tout autre langage ainsi que le manifeste son Journal à la date du 12 août 1941 :
« Notre connaissance des armes soviétiques était imparfaite avant la campagne ; en particulier, nous ne savions pratiquement rien de l’existence des blindés géants, et surtout pas qu’ils seraient capables d’en fabriquer un nombre pareil. » (page 355)

C’est que, dans l’univers soviétique de ce temps-là, la valeur d’usage était reine. Les résultats de la production s’évaluaient en termes réels et non pas à travers la seule valeur d’échange, pour l’essentiel, réduite à un chiffre d’affaires ou à un taux de profit… D’où ce fait, sensible pour Goebbels lui-même, mais bien plus encore pour les généraux chargés de faire face aux armées soviétiques sur le terrain, que la quantité s’y trouvait tout autant que la qualité :
« Concernant le perfectionnement technique des armes, l’adversaire nous est supérieur sur bien des points. Par exemple, chaque blindé a son propre périscope. Chaque chef de section en possède un. Chez nous, il ne peut en être question. » (page 355)

Encore le voyons-nous s’illusionner à propos de certaines autres questions comme celle-ci, par exemple :
« Vingt-cinq années de propagande et d’éducation bolcheviques ne sont pas passées sur ce peuple sans laisser de traces. Celui-ci semble certes malléable, et si nous apportons quelques améliorations dans un certain nombre de domaines, il ne nous sera pas difficile de le gagner à la cause de la réorganisation. Mais il faut que quelque chose se passe. » (page 353)

Entre les lignes, Goebbels nous offre même quelques aperçus très intéressants en ce qui concerne la réalité de la vie quotidienne en Union soviétique. À la date du 19 août 1941, nous en lisons ceci :
« Dans les territoires de l’ancienne Russie, les juifs sont beaucoup plus insolents et provocateurs que dans les anciens territoires polonais. Cela tient au fait qu’ils jouissaient de droits beaucoup plus importants en Union soviétique qu’en Pologne. » (page 363)

Non ! Est-ce possible ?… Dans l’URSS de ce monstre de Staline !…

Cependant, pour le reste…
« La situation religieuse est celle que nous nous attendions à trouver. Le combat mené depuis plusieurs années par le bolchevisme contre la religion a tout de même porté ses fruits. Seule la population d’un certain âge éprouve encore des besoins religieux. La jeunesse s’est totalement éloignée des Églises, et même de la religion. » (page 363)

Grave problème, bien sûr, s’il s’agit de reconduire ces populations à une sorte de moyen âge asiatique, comme s’en souciait Alfred Rosenberg lorsque – ainsi que nous l’avons vu précédemment – il écrivait dans une note datée de la mi-juin 1941 :
« L’objectif de la politique allemande à l’Est à l’égard des Russes sera de ramener cette Moscovie originelle à sa tradition et de tourner de nouveau son visage vers l’Est. » (Journal, etc., page 405)

Décidé à agir dans le même sens, Goebbels précise, dès le 19 août 1941, la place qu’il compte faire à la religion si malheureusement désamorcée par les bolcheviks dans la sphère publique :
« Nous devons tout de même tenter de raviver ces besoins, car l’activité religieuse, dans ces territoires, peut au moins être une base de la discipline de l’État. Mais c’est très difficile à mettre en œuvre, parce qu’il n’y a ni prêtres, ni popes ; ils ont tous été éliminés. On se retrouve donc dans cette situation absurde où nous, nationaux-socialistes, sommes contraints d’introduire des prêtres dans ces territoires. » (page 363)

Mais, finalement, le ministre ne se trouve pas pris au dépourvu… En Allemagne, il y a un marché de l’occasion du prêtre :
« Ce n’est pas difficile à faire depuis le Reich, dans la mesure où, chez nous, ils sont en grande partie superflus, pour ne pas dire nuisibles. » (page 363)

Mais, sur le grand trouble introduit par les Soviétiques dans les jolis plans de l’opération Barbarossa, Goebbels ne peut plus en démordre :
« Nous ne nous attendions pas à nous heurter à des difficultés militaires d’une telle ampleur. Les quatre dernières semaines ont été une fort mauvaise période. » (page 364)

L’avis qu’il profère ici n’est pas seulement le sien… Il vient de s’entretenir avec Hitler qui n’a rien dissimulé de son désarroi :
« Le Führer me brosse un tableau détaillé de la situation militaire. Elle a parfois été très critique au cours des semaines passées. Visiblement, nous avons totalement sous-estimé la force de combat soviétique et surtout l’équipement des armées soviétiques. Nous n’avions pas même une idée approximative de ce dont disposaient les bolcheviks. De là nos erreurs d’appréciation. » (page 365)

Et celles-ci sont d’une dimension particulièrement significative :
« Le Führer estimait par exemple à 5.000 le nombre des blindés soviétiques, alors qu’ils en possèdent en réalité quelque 20.000. Nous croyions qu’ils détenaient à peu près 10.000 avions ; en fait, ils en ont possédé plus de 20.000, même si une grande partie de ces appareils, des modèles anciens, n’a plus été en état d’être utilisée sur le front. Mais c’étaient des avions tout de même et on les a vus surgir dans les situations critiques. » (pages 365-366)

Mais, puisque le vin est tiré – jusqu’à la lie –, buvons-le en évitant de faire la moindre grimace :
« Il est peut-être très bon que nous n’ayons pas été informés aussi précisément que cela sur le potentiel des bolcheviks. Nous aurions peut-être reculé à l’idée de nous attaquer à la question de l’Est et du bolchevisme, qu’il devenait nécessaire de régler. Le Führer explique certes que cela n’aurait jamais pu l’influencer ; mais il aurait tout de même eu beaucoup plus de mal à prendre sa décision, et il aurait dû affronter pendant des mois des soucis encore plus lourds. » (page 366)

Nous voici déjà dans l’enfantillage. Il s’agit, tout en fermant soigneusement les yeux, de se précipiter dans la gueule de ce loup qui faisait tellement peur. Non sans jeter un dernier regard tout empreint de mélancolie :
« Le Führer s’en veut beaucoup, intérieurement, de s’être ainsi laissé abuser sur le potentiel des bolcheviks par les rapports sur l’Union soviétique. Avant tout, le fait d’avoir sous-estimé l’arme blindée et l’aviation ennemies nous a posé des problèmes extrêmement importants au cours de nos opérations militaires. Il en a beaucoup souffert. Il s’agissait d’une grave crise. » (page 366)

Et voici qu’Hitler, à travers ce qu’en dit son ministre de la Propagande, avoue s’être laissé avoir par un invraisemblable mirage, organisé par l’intelligence des bolcheviks…
« Mais les conditions préalables sont parfaitement explicables. Nos correspondants et nos espions n’avaient guère la possibilité de pénétrer à l’intérieur de l’Union soviétique. Ils ne pouvaient donc pas se faire une idée précise. Les bolcheviks ont tout fait pour nous tromper. Nous n’avions strictement aucune idée sur une bonne partie de leurs armes, notamment de leurs armes lourdes. » (pages 366-367)

…et par cette trahison française de 1940 dont les livres d’histoire de notre beau pays ne nous ont encore rien dit, écrits qu’ils sont par des gens qui doivent dissimuler, parmi d’autres, le rôle lamentable qu’y a joué un certain Charles de Gaulle :
« Tout au contraire de ce qui s’est passé avec la France, où nous savions à peu près tout et où nous ne pouvions donc aussi en aucun cas être surpris. » (page 367)
(Cf. ce que j’explique ici :
https://unefrancearefaire.com/2015/11/28/1940-une-defaite-tres-bien-organisee/)

Michel J. Cuny

Clic suivant : Quand le bolchevisme était le dernier refuge des damnés de la terre


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