Si le bolchevisme se défend si courageusement, c’est qu’il est criminel !

La troisième semaine de l’attaque allemande contre l’URSS n’est encore qu’assez facile à vivre pour le ministre de la Propagande d’Hitler, Joseph Goebbels, qui note, à la date du 9 juillet 1941 :
« En tout cas, le Führer estime que le Japon n’attendra pas autant, dans notre combat contre le bolchevisme, que le bolchevisme ne l’a fait lors de notre confrontation avec la Pologne. Être soulagés à l’Est ne pourra que nous être agréable. » (page 326)

Que l’Union soviétique soit prise, dès que possible, dans la tenaille germano-nippone !…

courage

C’est que déjà la résistance de l’ennemi rouge surprend les généraux allemands, tandis que, le 11 juillet 1941, Goebbels se nourrit encore de quelques illusions :
« Heureusement, nos progrès à l’Est sont extraordinaires. Les troupes encerclées près de Minsk et de Bialystok ont été intégralement liquidées. Nous y avons fait au total 400 000 prisonniers et pris un butin innombrable. » (page 334)

Mais, douze jours plus tard, il est bien obligé de se l’avouer à lui-même, dans l’intimité de son Journal :
« La situation militaire s’est tendue d’une manière générale, et plus particulièrement sur le front Sud, où l’état impossible des routes oppose un obstacle colossal à notre progression. On est même forcé de s’inquiéter pour cette section du front. Il n’y a pas de raison d’être pessimiste, mais il y a encore un grand retard à rattraper si nous voulons y régler les difficultés. » (page 336)

Tournons-nous vers ce que ce journaliste spécialisé en histoire militaire qu’est Boris Laurent écrit dans La Guerre totale à l’Est à propos de cette période :
« Cinq nouvelles armées rouges vont apparaître sur le champ de bataille et plusieurs contre-attaques menées en juillet, août et septembre [1941], permettront aux Soviétiques de bloquer l’inexorable progression allemande. Selon les termes de l’historien américain David Glantz, la bataille de Smolensk va faire « dérailler Barbarossa« . » (page 87)

Signalons tout de suite que, dans la proximité de Smolensk, se trouve la localité de… Katyn, et rappelons le but que Goebbels a donné à sa propagande dès le 9 juillet 1941 :
« Il s’agit de discréditer les bolcheviks aux yeux de leur propre peuple, mais aussi à ceux de l’opinion publique mondiale. » (page 323)

Or, dès la fin de ce mois de juillet 1941, selon ce qu’a pu en recueillir Boris Laurent à la suite d’autres spécialistes des combats de la Seconde Guerre mondiale, certains généraux allemands constatent que les choses commencent déjà à mal tourner. Ainsi, par exemple :
« […] Bock, à bout de nerf, écrit : « Les Russes sont incroyablement tenaces. » Cette résistance fanatique des Soviétiques fait comprendre aux Allemands que cette guerre va s’éterniser. Le mirage d’une campagne éclair s’évanouit dans l’immensité russe. Le général Heinrich écrit à sa femme : « Même si nous prenons Moscou, la guerre ira au bout de ce pays sans fin. » » (pages-105-106)

Plus précisément, et toujours selon le même auteur :
« Dès le 28 juillet [1941], von Bock et ses généraux expriment leurs craintes : « L’effondrement du système russe n’est pas à prévoir en l’état actuel des choses. La Russie est solide et ses méthodes tactiques sont imprévisibles. » » (pages 106-107)

De fait, la situation se dégrade. Quelques jours plus tôt, tout paraissait encore possible, puisque, selon Boris Laurent
« Le 16 juillet [1941], l’ambassadeur du Japon à Berlin, le général Oshima, se rend sur le front russe. Il informe Tokyo que les opérations allemandes se déroulent sous les meilleures auspices. Quinze jours plus tard, Oshima se dit très inquiet pour les trois groupes d’armées allemandes. » (page 111)

La conséquence géostratégique – essentielle pour l’ensemble de la Seconde Guerre mondiale – ne tarde pas à se manifester de façon particulièrement criante (nous ne sommes qu’à une quarantaine de jours du déclenchement de l’attaque allemande contre un pays qui devait s’effondrer comme un château de cartes). Boris Laurent nous la donne :
« Le 4 août [1941], le gouvernement japonais indique qu’il ne s’engagera pas dans le conflit germano-soviétique. Deux jours plus tard, alors que Bock vient de faire sa proclamation victorieuse au groupe Centre, Tokyo interdit à ses troupes de Mandchourie de provoquer l’Armée rouge le long de la frontière. »

Voilà pour le rôle de la bataille de Smolensk, et voilà la clef qui permet de donner sa vraie place au massacre de Katyn dont nous verrons bientôt quel usage Goebbels en a fait, avant que tant d’autres, dans nos belles démocraties occidentales, ne lui donnent raison… Mais documentons-nous en lisant, une nouvelle fois, Boris Laurent :
« S’il y a eu, à un moment, une opportunité pour Hitler d’inciter les Japonais à l’aider militairement contre Moscou, la fenêtre s’est définitivement refermée. La bataille de Smolensk s’inscrit donc dans ce vaste échiquier politique, diplomatique et militaire, mais elle empêche la formation d’un véritable front commun germano-nippon contre l’URSS. » (page 111)

Ensuite, les affaires ne s’arrangeront pas :
« Le 11 août [1941], Halder note avec inquiétude : « Au début de la guerre, nous pensions que l’ennemi disposait de 200 divisions. Maintenant, nous en comptons déjà 360. » » (page 114)

Et encore…
« [Le 30 août 1941] En neuf semaines de combats en Russie, la Wehrmacht a perdu 14.457 officiers et plus de 400.000 hommes. » (page 116)

C’est évidemment considérable… compte tenu du chemin qu’il reste à faire…

Ayant dû admettre très rapidement que l’Union soviétique n’était pas qu’un château de cartes à balayer d’un souffle, Goebbels en avait tiré la leçon, dès le 24 juillet 1941, quant à la position de fond de la population soviétique :
« Nous ne devons avoir aucun doute sur ce point : le régime bolchevique, qui existe depuis près d’un quart de siècle, a laissé des traces profondes chez les peuples de l’Union soviétique. Après tout, la jeunesse ne connaît rien d’autre que le bolchevisme. Les souvenirs des temps passés n’exercent aucun effet, parce que la génération engagée dans cette guerre n’a plus de souvenirs de ce type. Il serait donc bon que nous informions très clairement le peuple allemand de la dureté du combat qui se déroule à l’Est. Il faut dire à la nation que cette opération est très difficile, mais que nous pouvons et que nous allons la surmonter. » (page 340)

C’est maintenant du côté allemand qu’il y a urgence ; le ministre de la Propagande ne peut que s’en faire l’écho :
« L’ambiance dans le Reich est devenue un peu plus grave. On commence à prendre peu à peu conscience que la campagne de l’Est n’est pas une promenade vers Moscou. » (page 343)

Mais ces gens qui résistent, peuvent-ils être autre chose que des criminels ?… N’est-ce pas la définition même du bolchevisme : le crime organisé ?

Sans doute Goebbels va-t-il finir par nous trouver quelque chose d’intéressant pour illustrer cela…

Michel J. Cuny

Clic suivant : Goebbels, vers le 20 août 1941 : Si on aurait su que ça soye ça, on aurait pas venu

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Une réflexion sur “Si le bolchevisme se défend si courageusement, c’est qu’il est criminel !

  1. Passionnant et complètement à contre courant de l’histoire racontée par les faux vainqueurs, le plus gros ayant été fait par des Soviétiques finalement bien modestes. Le monde leur doit une fière chandelle ! Et ça continue avec leurs descendants !!

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