Avec Goebbels, mais sans l’avouer : ranimer les ressentiments antibolcheviques…

Passée, sans transition, du pacte de non-agression signé le 23 août 1939 avec l’Union soviétique à l’opération Barbarossa du 22 juin 1941, l’Allemagne nazie souffre d’un déficit d’explication en face de sa propre population. C’est ici que les activités propagandistes de Joseph Goebbels prennent tout leur sens. Il l’écrit dans son Journal à la date du 9 juillet 1941 :
« Concernant la ligne de la propagande en Allemagne et vis-à-vis du reste du monde, nous bénéficions du fait que le Parti a toujours été éduqué dans l’antibolchevisme. Notre mission doit donc être, pour l’instant, de ranimer ces ressentiments antibolcheviques. » (page 327)

Après un peu moins de deux ans de silence sur cette même question (1939-1941)… Et alors que Staline n’a pas cédé aux pressions qui s’exerçaient sur lui, en particulier à partir de la Grande-Bretagne, pour lui faire commettre l’erreur de transformer son pays en agresseur.

Joseph Goebbels, German politician and Reich Minister of Propaganda in Nazi Germany from 1933 to 1945 World History Archive Joseph Goebbels (1897–1945)

Joseph Goebbels (1897-1945)

Dès l’abord, Goebbels se rassure quant àl’éventuelle difficulté de sa tâche en constatant que deux des alliés de l’Allemagne ne semblent pas avoir perdu le fil de l’antibolchevisme. Nous sommes toujours à la date du 9 juillet 1941 :
« L’attitude de l’armée roumaine et surtout celle de l’armée finnoise suscitent la plus haute approbation du Führer. Les Finnois se battent comme des enragés. On a l’impression qu’ils ont rompu les ponts derrière eux et qu’ils suivent à présent un dieu sacré de la guerre, pour venger tout ce que leur a infligé le bolchevisme, et aussi, jadis, la Russie. » (pages 327-328)

Ceci étant écrit, il n’y a pas à se tromper, ajoute-t-il :
« Les missions de la propagande sont claires. Notre objectif devra être de continuer à discréditer le bolchevisme au cours de la campagne à l’Est, pour nous pencher fondamentalement sur la ploutocratie anglaise au moment où nous activerons toute notre force militaire contre l’Angleterre. » (page 329)

Deux jours plus tard, le 11 juillet 1941, il a déjà trouvé la solution :
« Le monde a pris connaissance avec une très profonde émotion des atrocités commises par les bolcheviks contre les Ukrainiens et les Allemands ethniques. » (page 332)

C’est alors que les responsables de la publication du Journal de Goebbels nous offre une note qui révèle une sorte de pot aux roses…
« L’agresseur allemand s’appuie non seulement sur ses alliés européens, mais aussi sur les groupements nationalistes et antibolcheviques existant parmi les nationalités de l’URSS, notamment chez les Ukrainiens et au sein de la minorité allemande. Des contacts existent depuis plusieurs années avec l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUM), dont les groupes sont chargés d’affaiblir l’Armée rouge à l’arrière du front et s’exposent ainsi aux représailles du NKVD [Commissariat du peuple aux Affaires intérieures]. » (page 332)

Ce qui est tout de même un peu court : Goebbels a-t-il raison ? Les Soviétiques ont-ils véritablement commis des « atrocités »  ? Pourquoi ne nous dit-on rien de plus sur ce point ?

Mais, rassurons-nous, la note ne s’arrête pas là. Voici la suite :
« Les dirigeants soviétiques ont par ailleurs déclenché au début de l’offensive la déportation forcée des membres de la minorité allemande, soupçonnés de former une « cinquième colonne »  ; la rapide avancée allemande a toutefois empêché, pour l’essentiel, la réalisation de ce projet, notamment à l’est de l’Ukraine. » (page 332)

Qu’aura donc été le comportement de la minorité allemande à l’arrivée des armées nazies à l’est de l’Ukraine, alors que la première partie de la note nous a bien dit que « l’agresseur allemand s’appuie… sur les groupements… antibolcheviques existant… au sein de la minorité allemande » ? Quant à cette préparation de la « déportation forcée » , était-elle criminelle (elle est mise ici sur le même plan que les éventuelles « atrocités » que Goebbels plaçait sous la responsabilité des Soviétiques), alors qu’il nous est dit qu’elle a été « empêchée, pour l’essentiel »  ?

Faut-il, aux défenseurs patentés de la Shoah, se ranger sous l’ombre portée du propagandiste en chef d’Hitler ? Et pousser la chose jusqu’à se ranger derrière lui lorsqu’il inscrit dans son Journal, à la suite immédiate du texte daté du 11 juillet 1941 que leur note venait prétendument éclairer :
« À Moscou, on reprend le vieil expédient juif et l’on retourne la pointe. Désormais, ce n’est plus l’assassin qui est coupable, mais l’assassiné. » (page 332)

Où se situent les responsables de la note ?

Pourquoi ne nous redisent-ils pas, ici, l’essentiel de ce qui figurait dans une note qu’ils ont précédemment donnée au bas de la page 310 :
« Les massacres perpétrés contre la population civile, notamment d’origine juive, dès les premiers jours de l’offensive sur le territoire soviétique s’insèrent dans le cadre de la politique raciale nazie et doivent également dissuader la formation de groupes de francs-tireurs. Pour cela, la SS forme quatre Einsatzgruppen, A (Nord), B (Centre), C et D (Sud), chargés d’opérer à l’arrière de l’armée. »

Ces présentateurs du Journal de Goebbels, soutiens patentés de l’Holocauste, n’étaient-ils pas en situation de nous faire connaître les éléments qu’ont bien su rassembler, quant aux responsabilités ukrainiennes, les éditeurs du Journal d’Alfred Rosenberg ?…
« La première fusillade massive de Juifs – au moins 200 hommes et une femme – fut l’œuvre d’unités de la Police de sûreté, de l’Orpo et du SD à la frontière lituanienne ; pour une part avant l’arrivée des Allemands, des gens du cru, surtout en Ukraine occidentale et dans les pays baltes, s’en étaient pris à leurs voisins juifs, comme Rosenberg l’avait prédit dès le printemps. » (Rosenberg, Journal, etc., page 60)

Ceci étant écrit, soulignons que les éditeurs de Rosenberg – dont j’ai déjà abondamment indiqué en quoi ils sont des propagandistes plus que déterminés de l’Holocauste – ne sont pas, eux non plus, indemnes d’une semblable dérive… Ainsi, se saisissent-ils de cette occasion pour privilégier la population juive par rapport à toutes les autres victimes civiles et militaires, comme le montre ce que je viens de citer d’eux, et la suite que voici :
« En l’espace de quelques semaines, l’assassinat massif de Juifs était devenu une mesure régulière de la politique allemande d’occupation ; à partir de la mi-août, les unités engagées enregistraient les chiffres croissants de femmes et d’enfants fusillés, et la destruction de communes entières, mais dans des proportions variant selon les régions et pour des motifs divers. Jusqu’à la fin de l’année 1941, près de 800.000 Juifs furent assassinés, en majorité par fusillades massives mais aussi à partir de l’automne par asphyxie dans les « camions de gazage ». »

Ensuite, en vrac, et seulement « en parallèle »…
« En parallèle étaient massacrés les prisonniers de guerre russes – plus encore que les Juifs dans cette première phase –, les malades des hôpitaux, les « Tsiganes » et toutes les personnes jugées indésirables. » (page 60)

Vraiment, en sous-entendant que la volonté soviétique de déplacer les populations allemandes d’Ukraine était criminelle, fallait-il permettre à Goebbels de faire triompher sa formule au détriment de Staline… et des Juifs eux-mêmes ?
« À Moscou, on reprend le vieil expédient juif et l’on retourne la pointe. Désormais, ce n’est plus l’assassin qui est coupable, mais l’assassiné. » (page 332)

S’agit-il vraiment, pour tous ces gens de l’Holocauste et de la Shoah, de s’aligner sur le ministre de la Propagande d’Hitler pour « ranimer ces ressentiments antibolcheviques » ?

Michel J. Cuny

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