Quand l’URSS de Staline était le dernier rempart de la démocratie

Ainsi que nous l’avons vu : à peine l’Allemagne avait-elle attaqué l’URSS à laquelle l’unissait pourtant un pacte de non-agression, que plusieurs pays, montrant l’intérêt qu’ils vouaient au droit international, s’empressaient de se joindre à elle, ou tout au moins – ainsi que l’avait fait la douce France de Pétain – de rompre les relations diplomatiques avec le pays agressé.

Dès le 1er juillet 1941 – 9 jours après l’attaque allemande –, Goebbels pouvait même en rajouter une couche :
« En Espagne, les phalangistes affluent dans les bureaux d’enrôlement de volontaires. On engage un corps d’armée italien en Roumanie, avec l’autorisation du Führer. Le ministre suédois des Affaires étrangères plaide publiquement en notre faveur. En Norvège, Terboven constitue une légion de volontaires : l’Europe en marche. » (pages 319-320)

Belle Europe !

Union soviéique

Cependant que la guerre apparaît plutôt fraîche et joyeuse, ainsi que le même se la raconte huit jours plus tard (9 juillet 1941) :
« Nos pertes restent dans une proportion raisonnable. Elles n’atteignent même pas, en ce qui concerne nos forces de chars, 10 % des matériels, en comptant aussi ceux qui sont juste endommagés. » (page 323)

En ce qui concerne ses plans sur la comète, ils ne sont pas mal non plus :
« Nous avons, de notre côté, déployé quelque 220 divisions. Une fois le bolchevisme liquidé, il suffirait de laisser 50 divisions à l’Est, ce qui permettrait de pacifier totalement le pays, aussi loin que nous voulons l’occuper. » (page 323)

Quant aux activités de Goebbels, il paraît, comme il s’en réjouit lui-même, que son maître en est content, et plus :
« Le Führer est extrêmement satisfait de la manière dont la propagande allemande est dirigée. » (page 323)

En quoi consiste donc ce joli travail ? Mais en ceci, nous dit-il :
« Il s’agit de discréditer les bolcheviks aux yeux de leur propre peuple, mais aussi à ceux de l’opinion publique mondiale. » (page 323)

Et voici que Goebbels finit lui-même par faire une totale confiance aux bobards qu’avec quelques autres affidés, il a lancé :
« Le Führer est pris d’une sainte colère contre la clique des dirigeants bolcheviques : elle avait l’intention de prendre par surprise l’Allemagne puis l’Europe, et au dernier moment, en cas d’affaiblissement du Reich, de mener à bien son projet de bolchevisation du continent, qu’elle nourrissait déjà en 1917. » (pages 323-324)

Si cela était vrai… il faudrait admettre qu’Hitler a été très naïf de signer un pacte de non-agression à l’Est qui lui permettait d’attaquer à l’Ouest – où nul responsable ne lui voulait aucun mal – tout en ayant un monstre dans son dos… Raisonnement qui est à la portée du dernier Allemand venu. D’où la tentative de Goebbels de se rassurer lui-même :
« Aujourd’hui, le peuple allemand a retrouvé un état d’esprit totalement antibolchevique. La politique de réconciliation avec le Kremlin n’a pas même entamé l’épiderme de notre peuple. Il est vrai que l’attaque contre l’Union soviétique, qui s’est faite sans la moindre préparation dans le domaine de la propagande ou de la psychologie, a produit un certain choc, pour quelques heures, peut-être aussi pour quelques jours, au sein du peuple allemand. » (page 324)

Qu’en aurait-il été si l’URSS avait attaqué de son propre chef ? En tout cas, l’Allemagne nazie s’est elle-même trouvée quelque peu entravée. Ce que Goebbels ne peut que reconnaître :
« Et si nous n’avons pas pu le faire, c’est pour des raisons militaires, parce que nous voulions faire en sorte que cette attaque prenne les bolcheviks totalement au dépourvu. Nous avons donc dû tenter de rattraper au cours des journées suivantes tout ce que nous n’avions pas pu préparer avant l’opération. » (page 324)

Ce rattrapage-là aura-t-il suffi ? Non, puisqu’il aura fallu l’appuyer sur un gros mensonge que Goebbels reformule volontiers à son propre usage :
« On ne trouve plus aujourd’hui, au sein de la Wehrmacht, aucun homme éminent qui ne soit reconnaissant au Führer d’avoir pris la responsabilité de déclencher la guerre à l’Est, d’avoir frappé au bon moment et de ne pas avoir attendu que l’adversaire s’abatte sur le Reich. » (page 325)

Voyons maintenant ce que Staline avait déclaré, six jours plus tôt, dans son premier discours radiodiffusé (3 juillet 1941) :
« La guerre nous ayant été imposée, notre pays est entré dans un combat à mort avec son pire et perfide ennemi, le fascisme allemand. »

Il s’agit bien de se défendre contre une attaque subie. Une attaque qui vise à anéantir la population elle-même, et dans toutes ses composantes.

Faudra-t-il s’étonner de voir, au-delà des hommes mobilisés, cette population prendre la défense de son pays vraiment à cœur ? Certainement, non. Et Staline ne peut que le constater comme les nazis finiront eux-mêmes par le faire :
« La vaillance des guerriers de l’Armée rouge est sans exemple. La riposte que nous infligeons à l’ennemi s’accentue et se développe. Aux côtés de l’Armée rouge le peuple soviétique tout entier se dresse pour la défense de la Patrie. »

Cependant, il y a une difficulté. Les Soviétiques sont affrontés à une Allemagne nazie qui a déjà pris largement goût au sang qu’elle a pu répandre ici ou là en Europe, et plus particulièrement en Espagne, en Pologne et en France, mais aussi un peu partout ailleurs. Phénomène d’abord impensable. Staline, qui sait, lui, la violence de l’adversaire par les rapports qui lui viennent du front de bataille mais aussi des zones désormais occupées par les nazis, imagine le chemin que la conscience soviétique va devoir parcourir de toute urgence :
« Il faut tout d’abord que nos hommes, les hommes soviétiques, comprennent toute la gravité du danger qui menace notre pays et renoncent à la quiétude et à l’insouciance, à l’état d’esprit qui est celui du temps de la construction pacifique, état d’esprit parfaitement compréhensible avant la guerre, mais funeste aujourd’hui que la guerre a changé radicalement la situation. »

Une certitude dont il sera impossible de se défaire :
« L’ennemi est cruel et inexorable. »

Il l’est, et il continuera de l’être, puisque, ainsi que Staline l’annonce :
« Il s’assigne pour but de rétablir le pouvoir des grands propriétaires fonciers, de restaurer le tsarisme, d’anéantir la culture et l’indépendance nationales des Russes, Ukrainiens, Biélorussiens, Lituaniens, Lettons, Estoniens, Ouzbeks, Tatars, Moldaves, Géorgiens, Arméniens, Azerbaïdjanais et autres peuples libres de l’Union Soviétique ; de les germaniser, d’en faire les esclaves des princes et des barons allemands. Il s’agit ainsi de la vie ou de la mort de l’Etat soviétique, de la vie ou de la mort des peuples de l’URSS ; il s’agit de la liberté ou de la servitude des peuples de l’Union Soviétique»

D’où le caractère impérieux d’un durcissement généralisé :

« Il faut que les hommes soviétiques le comprennent et cessent d’être insouciants ; qu’ils se mobilisent et réorganisent tout leur travail selon un mode nouveau, le mode militaire, qui ne ferait pas quartier à l’ennemi. »

Sous quelle bannière placer ce durcissement ? Sous celle que le peuple soviétique porte depuis la Révolution de 1917. Loin de se rallier à un nationalisme russe de circonstance, Staline rappelle le pays des soviets à la ligne de fond qui est la sienne et qui fait sa force :
« Le grand Lénine, qui a créé notre Etat, a dit que la qualité essentielle des hommes soviétiques doit être le courage, la vaillance, l’intrépidité dans la lutte, la volonté de se battre aux côtés du peuple contre les ennemis de notre Patrie. Il faut que cette excellente qualité bolchevique devienne celle des millions et des millions d’hommes de l’Armée rouge, de notre flotte rouge et de tous les peuples de l’Union Soviétique. »

Et rappelons qu’en installant sa barricade précisément à cet endroit du soviétisme, Staline a bien conscience d’être à l’avant-garde d’une lutte qui s’étend bien au-delà des seuls intérêts de la révolution bolchevique :
« Notre guerre pour la liberté de notre Patrie se confondra avec la lutte des peuples d’Europe et d’Amérique pour leur indépendance, pour les libertés démocratiques. Ce sera le front unique des peuples qui s’affirment pour la liberté contre l’asservissement et la menace d’asservissement de la part des armées fascistes de Hitler. »

Toutes choses que, désormais, la destinée hollywoodienne de l’Holocauste masque entièrement à nos yeux.

Michel J. Cuny

Clic suivant : Avec Goebbels, mais sans l’avouer : ranimer les ressentiments antibolcheviques


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s