Staline tel qu’en lui-même la Seconde Guerre mondiale l’aura changé

À la date du 20 juillet 1941, Alfred Rosenberg rapporte dans son Journal l’entretien qu’il avait eu avec Hitler le 16 juillet précédent :
« […] lors d’une promenade en forêt, le Führer m’avait dit que les Soviétiques avaient tout de même beaucoup plus de blindés et de meilleurs qu’on ne l’avait supposé. Deux de ces armées blindées, comprenant chacune 6.000 véhicules, auraient pu, si elles avaient été employées de manière offensive en septembre, par exemple, nous placer dans une situation effroyable. Une autre armée aurait été tout simplement laminée. » (page 409)

Arrêtons-nous, un instant, sur cette question en utilisant les travaux de Boris Laurent qui, dans La Guerre totale à l’Est, écrit tout d’abord ceci :
« L’URSS produit quant à elle et pour le seul premier semestre de la même année, 1.800 tanks modernes, 3.950 avions et 15.600 pièces d’artillerie. » (Boris Laurent, La Guerre totale à l’Est, Nouveau Monde éditions 2014, page 146)

Puis plus loin :
« En 1942, ces chiffres exploseront avec 24.400 tanks, 21.700 avions et 127.000 pièces d’artillerie. » (page 146)

Adversaire déterminé de Staline qu’il montre, tour à tour, lâche puis bourreau, le même auteur ne peut cependant éviter de constater ceci :
« L’URSS est en réalité prête pour un long conflit. » (page 146)

Joseph Staline

De même qu’il ne peut éviter de doter le dictateur en question d’une extraordinaire prescience :
« Staline le comprend dès 1931 : « Un des traits de l’histoire de l’ancienne Russie tient aux défaites continuelles qu’elle a endurées à cause de son arriération (Ici Boris Laurent coupe) Tout le monde la battait à cause de cette arriération politique, militaire, culturelle, industrielle, agricole. On la battait parce qu’on pouvait le faire en toute impunité. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons plus rester en arrière. Nous sommes cinquante ou cent ans derrière les pays avancés. Nous devons les rattraper en dix ans. Ou nous y arriverons, ou ils nous écraseront.«  » (page 146)

Quant à la conclusion que Boris Laurent inscrit après avoir cité ce texte de Staline éblouissant par sa pertinence et par les conséquences que son auteur a su en tirer pour atteindre les résultats concrets en temps et en heure, elle est tout aussi parlante :
« L’URSS a battu le Reich, deuxième puissance industrielle mondiale, dans la production de matériel militaire. » (page 146)

Revenons maintenant au Journal de Rosenberg, mais, cette fois, à la date du 2 août 1941 :
« Les Russes, eux, se battent et meurent sans prier. Le bolchevisme a bestialisé les gens de l’Est, il les a rendus insensibles, c’est pour cela que leur attitude n’est pas comparable avec celle de l’Européen conscient de sa personnalité. » (Journal, page 417)

« L’Européen conscient de sa personnalité« , c’est sans doute le nazi, façon Joseph Goebbels, qui écrivait dans son propre Journal, à propos des « Russes », une petite semaine avant le déclenchement de l’opération Barbarossa :
« Sur la valeur des hommes et du matériel, il n’y a aucune comparaison possible entre eux et nous. La percée se fera en différents points. Ils vont se faire écrabouiller. Le Führer estime que l’opération prendra quatre mois, je pense que ce sera beaucoup moins. Le bolchevisme va s’effondrer comme un château de cartes. Nous sommes à la veille d’un triomphe sans précédent. » (Joseph Goebbels, Journal 1939-1942, Tallandier 2009, pages 308-309)

Ainsi Joseph Goebbels ne nourrit-il pas le moindre doute :
« Je considère que la force de combat des Russes est très faible, plus faible encore que ce que pense le Führer. S’il y a jamais eu une opération dont l’issue était certaine, c’est bien celle-là. » (page 309)

Or, le 1er juillet 1941, c’est-à-dire au neuvième jour de la guerre, le ministre nazi de la Propagande se trouve déjà saisi par un petit doute :
« D’une manière générale, les choses se présentent bien, mais les Russes opposent plus de résistance qu’on ne l’a supposé au début. Nos pertes en hommes et en matériel ne sont pas totalement insignifiantes. C’est seulement maintenant qu’on voit à quel point l’attaque était nécessaire. Si nous avions attendu encore un certain temps, que se serait-il passé ? » (page 319)

Mais une semaine plus tard, le 9 juillet 1941, tous les doutes de Goebbels sont balayés par les propos que lui tient le Führer :
« Selon des documents solides et attestés en sa possession, les deux tiers de l’armée bolchevique sont déjà anéantis ou sévèrement atteints. Les cinq sixièmes de l’aviation et des blindés bolcheviques peuvent être considérés comme détruits. Le coup principal que les bolcheviks voulaient porter à l’intérieur du Reich peut donc être considéré comme totalement repoussé. » (page 323)

Reprenons la problématique introduite par Rosenberg. À la différence de la « bestialité des gens de l’Est« , que peut être le but recherché par « l’Européen conscient de sa personnalité« , dont nous trouvons le modèle chez Joseph Goebbels (même date), lorsqu’il croit tenir le bolchevisme sous sa férule :
« Nous allons désormais le frapper jusqu’à l’anéantissement. Il n’est absolument pas question de négociations de paix avec le Kremlin bolchevique. Nous avons aussi suffisamment de réserves pour garder notre souffle au cours de cette gigantesque confrontation. Il ne doit plus rien rester du bolchevisme. Le Führer a l’intention de faire rayer de la carte des villes comme Moscou ou Pétersbourg. Et c’est effectivement une nécessité. Car si nous voulons dépecer la Russie en ses différents éléments, cet empire gigantesque ne doit plus posséder de centre intellectuel, politique ou économique. » (page 325)

De toute façon, ainsi que Goebbels croit pouvoir l’affirmer :
« Compte tenu des effroyables atrocités dont les bolcheviks se sont rendus coupables, et considérant le passé littéralement abominable de cette saleté politique, il n’y aura pas de pardon à l’Est. » (page 325)

C’est ici le lieu de rappeler que si, en 1931, Staline avait su anticiper sur les risques que l’Union soviétique courait de se voir écrasée, à une décennie de distance, par la force mécanique, dès son discours radiodiffusé du 3 juillet 1941, il annonçait déjà ce qu’étaient les enjeux universels de cette guerre à l’Est qui ne semblait, à cet instant-là, ne concerner que le bolchevisme :
« Ce n’est pas seulement une guerre qui se livre entre deux armées. C’est aussi la grande guerre du peuple soviétique tout entier contre les troupes fascistes allemandes. Cette guerre du peuple pour le salut de la Patrie, contre les oppresseurs fascistes, n’a pas seulement pour objet de supprimer le danger qui pèse sur notre pays, mais encore d’aider tous les peuples d’Europe qui gémissent sous le joug du fascisme allemand. Nous ne serons pas seuls dans cette guerre libératrice. Nos fidèles alliés de cette grande guerre, ce seront les peuples de l’Europe et de l’Amérique y compris le peuple allemand qui est asservi par les meneurs hitlériens. Notre guerre pour la liberté de notre Patrie se confondra avec la lutte des peuples d’Europe et d’Amérique pour leur indépendance, pour les libertés démocratiques. »

Sauf pour qui voudrait définitivement s’aveugler, il est assez clair que l’Allemagne d’aujourd’hui, elle-même, doit beaucoup à la grandeur d’âme du peuple soviétique et, au milieu de celui-ci, à la grande intelligence et à la vraie bonté de Joseph Staline.

Michel J. Cuny

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