Quand le pacte de non-agression germano-soviétique brisait la cible judéo-bolchevique

Le coup est très dur pour Alfred Rosenberg qui écrit dans son Journal :
« Hier, peu avant minuit, est tombée la nouvelle du pacte de non-agression germano-soviétique. » (page 287)

Le cœur même de ce qu’il considérait comme son apport principal au national-socialisme venait d’exploser, tant pour le côté bolchevique que pour le côté juif, puisque ce traité revenait à s’entendre peu ou prou avec…
« […] la IIIe Internationale que nous avons présentée depuis maintenant vingt ans comme un syndicat du crime juif. » (page 287)

cible

Il fait ensuite une constatation qui doit retenir notre attention. Elle montre en quoi l’Auswärtiges Amt – ici désigné par les deux lettres AA –, c’est-à-dire le ministère des Affaires étrangères, se trouvait en décalage substantiel avec la politique agressive, et tout bonnement suicidaire à plus ou moins brève échéance, d’Hitler :
« Notre presse – qui suit les instructions de l’AA – oublie déjà toute dignité. » (page 288)

C’est-à-dire qu’elle se réjouit du nouveau cours des choses qui lui paraît bien mieux accordé aux intérêts fondamentaux de l’Allemagne. Écœuré, Rosenberg ne peut que s’exclamer :
« Comme si notre combat contre Moscou avait été un… malentendu, comme si les bolcheviques étaient les véritables Russes, avec tous les Juifs soviétiques à leur tête ! Cette embrassade est plus que gênante. » (page 288)

Ne plus pouvoir agresser l’Union soviétique, cela revenait à ne pas faire honneur à la promesse, constamment répétée par Rosenberg lui-même, de frapper le bolchevisme pour atteindre, derrière lui, le judaïsme.

Incapable d’interroger Hitler lui-même sur ce renversement d’alliance tout à fait inattendu, le spécialiste du judéo-bolchevisme en recherche la raison du côté de l’Empire britannique et de l’intérêt que celui-ci pourrait avoir de ne pas se coaliser avec l’Allemagne nazie dans un éventuel conflit avec l’URSS :
« L’Histoire établira peut-être un jour si la situation qui s’est instaurée était inéluctable. C’est-à-dire si aucune force anglaise décisive ne pouvait être mobilisée en vue de marcher avec nous. » (page 289)

Or, la réalisation d’un tel projet ne pouvait faire de la Grande-Bretagne qu’un allié de la force principale, l’Allemagne d’un Hitler qui avait plié la politique européenne à ses exigences tant par la remilitarisation de la Rhénanie, la victoire de Franco en Espagne, l’Anschluss de l’Autriche, les accords de Munich qui lui livraient la Tchécoslovaquie… Ce rôle de second couteau – la France étant comptée pour quantité négligeable – n’annonçait-il pas, pour la Grande-Bretagne elle-même des lendemains difficiles en face d’une Allemagne plus puissante militairement d’année en année ?

Troublé, Rosenberg se dit qu’Hitler ne peut s’être trompé… D’où cette grande preuve de bonne volonté qu’il se donne à lui-même devant la décision inattendue de son maître :
« Mais si l’on a raison de penser que l’Angleterre ne voulait absolument pas que l’Allemagne revienne en force, y compris en direction de l’Est, alors les conséquences actuelles sont bienvenues et doivent être mises en œuvre sans sentimentalisme. » (page 289)

Mais le 25 août 1939 au soir, Alfred Rosenberg est envahi par une angoisse de plus en plus intense :
« J’ai le sentiment que l’on paiera tôt ou tard ce pacte avec Moscou. » (page 293)

C’est que tout lui paraît contradictoire… La volonté d’Hitler ne peut être seule en cause… Et si…
« Ce n’était pas une démarche librement consentie, mais un acte né d’une situation de contrainte, une demande [c’est Rosenberg qui souligne] faite par une révolution au chef d’une autre révolution dont l’écrasement avait été l’idéal affiché d’un combat de vingt ans. » (page 293)

Placé devant une difficulté autrement insoluble, Hitler aurait été demandeur… Mais à quel prix ?

Au prix, tout d’abord, d’un renoncement à une vingtaine d’années d’un travail destiné à offrir des lignes de développement à l’ensemble de l’Europe, d’une Europe continentale surtout, dévastée par la Première Guerre mondiale, puis par la crise économique de ces années trente… et menacée par ce communisme qui la mine peu à peu de l’intérieur, et auquel Hitler et Mussolini auront su apporter un remède en Espagne… en usant de la force militaire…

Ayant tourné le dos à tout cela…
« Comment pouvons-nous encore parler de sauver l’Europe et lui donner forme si nous devons appeler à l’aide celui qui la détruit ? » (page 293)

C’est-à-dire ce Staline dont Rosenberg devine très vite qu’il vient de réussir un coup de maître qui en dit long sur la situation d’urgence, et de faiblesse dans l’urgence, où se trouvait un Hitler plus ou moins contraint de renoncer à toute synergie momentanée avec la Grande-Bretagne.

Étonnamment lucide, l’idéologue nazi pointe, dès ce 25 août 1939, une première défaite stratégique de l’Allemagne du temps du pacte de non-agression :
« Si nous devons en outre laisser à l’Union soviétique le territoire de l’Ukraine polonaise, ce sera après l’Ukraine carpatique le deuxième coup que nous aurons porté à la plus forte puissance antimoscovite. » (page 293)

Et donc à un allié potentiel de l’Allemagne

Un mois plus tard, le 24 septembre 1939 – la Pologne ayant été rayée de la carte –, Rosenberg entrevoit la venue d’une seconde défaite stratégique directement issue de la signature du pacte de non-agression. Il en trouve l’annonce dans les propos de Darré, un diplomate allemand :
« Le train qui mène en Roumanie est selon lui aux mains des Russes soviétiques ! Si les Russes, par-dessus le marché, entraient maintenant dans l’espace balte, la Baltique serait aussi perdue pour nous d’un point de vue stratégique, Moscou serait plus puissante que jamais et l’on pourrait s’attendre à tout moment à la voir marcher avec l’Ouest contre nous. » (page 298)

En effet, de l’autre côté, la Grande-Bretagne tient tête à Hitler qui perd patience tout en invoquant, devant Rosenberg, une explication qui ne peut que les rassembler, et que ce dernier note à la date du 1er novembre 1939 :
« Il m’a dit que nous avions tout essayé, mais qu’une minorité démente à dominance juive tenait le pouvoir. » (pages 304-305)

Ce que Rosenberg se charge aussitôt de traduire dans le langage de la prochaine campagne de propagande à mener :
« En guise de transition, il faudrait expliquer qu’il existe deux Angleterre, une Angleterre puissante qui représente un facteur de sécurité et de civilisation, et une deuxième, sans scrupule, menée par des Juifs. Pour notre part, nous avons espéré pouvoir faire cause commune avec la première, et ce n’est pas notre faute si la seconde l’a emporté. Le Führer : vous avec parfaitement raison sur ce point. » (page 305)

Bolchevisme d’un côté, judaïsme de l’autre… Idéologiquement – puisque la guerre à l’Ouest, même déclaré au début de septembre 1939, n’est encore que « drôle », et qu’à l’Est elle n’a véritablement concerné que la Pologne –, voici Rosenberg déjà pris entre ces deux feux qui lui sont si personnels… Vivement Barbarossa ! Mais, pour l’heure, il n’en sait encore strictement rien…

Michel J. Cuny

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