III 29. « Laylat al-Qadr » « La nuit du Destin »

Le torchon de papier d’A.C.

*

III 29. « Laylat al-Qadr » « La nuit du Destin »

« La vingt-septième nuit que nous considérons comme « la nuit du Destin » commémore le début de la récitation du Coran au Prophète. C’est souvent l’occasion de grandes fêtes nocturnes et j’ai appris qu’en effet, Kadhafi allait recevoir une foule d’invités prestigieux dans ses salons et une tente contiguë. Mabrouka nous a toutes convoquées pour qu’on dispose gâteaux et fruits dans des plats et qu’on fasse le service. Je portais un jogging noir avec une bande rouge sur le côté, et je me souviens que mes cheveux, longs jusqu’à la taille, n’étaient pas retenus par un bandeau ou un chignon comme je le faisais parfois. […]. Les invités sont arrivés en masse et les trois grands salons se sont remplis. Beaucoup de femmes africaines, spectaculaires par leur beauté. Des hommes cravatés, des militaires. (P.79)

« J’ai donc filé, un peu anxieuse. Une heure ou deux plus tard, Mabrouka poussait la porte de ma chambre : « Monte ! » Je me suis présentée à la porte du Guide, Mabrouka sur mes pas. Il était en train d’enfiler un jogging couleur brique et m’a regardée d’un œil mauvais. « Viens ici, salope… Alors tu t’amuses avec tes cheveux pour aguicher tout le monde ? Tu fais la belle et joues les enjôleuses ? Remarque, c’est normal : ta mère est tunisienne !
– Je vous promets que je n’ai rien fait, mon maître !
– Tu n’as rien fait, salope ! Tu oses dire que tu n’as rien fait ?
– Rien ! Qu’est-ce que j’ai pu faire ?
– Quelque chose que tu ne feras plus, espèce de putain ! »
Là-dessus, m’attrapant par les cheveux d’un geste puissant, il m’a forcée à me mettre à genoux, et a ordonné à Mabrouka : « Donne-moi un couteau ! » J’ai cru qu’il allait me tuer. Ses yeux étaient déments, je le savais prêt à tout. Mabrouka lui a tendu une lame. Il l’a saisie et, tenant toujours mes cheveux dans sa poigne de fer, il a taillé avec fureur dans la masse à l’aide de grands coups secs et de grognements effrayants. « Tu croyais pouvoir jouer avec ça, hein ? Eh bien, c’est terminé ! » Des pans de cheveux noirs tombaient à côté de moi. Il continuait, coupait, tranchait. Puis il s’est brusquement détourné : « Termine ! » a-t-il lancé à Mabrouka. » (PP.80-81) (Cette scène des cheveux coupés, sur la tête de Soraya, fait penser au lynchage de Muammar Gaddhafi par les sbires, libyens mais pas seulement, des services secrets français, durant lequel ses cheveux lui ont été arrachés par poignées. Faut-il voir, chez A.C., une tentative de faire ressortir l’adage : “Œil pour œil, dent pour dent” ? et puis, tant que nous y sommes… “Cheveux pour cheveux” ? Couper des cheveux avec une lame de couteau, même tranchante, relève… de l’exploit ! A.C. n’a pas dû essayer… Les prétendus rebelles, eux, les ont arrachés.)

« Je sanglotais, traumatisée, incapable de maîtriser les tremblements de mon corps. Il m’avait semblé, à chaque coup de lame, qu’il allait me trancher la gorge ou me fendre le crâne. (Rien que cela ? pour une histoire de cheveux… C’est vrai que les Arabes sont des trancheurs de gorge : tous les colonisateurs européens l’ont dit.) J’étais à terre, comme une bête qu’il pouvait décider d’abattre. Des paquets de cheveux m’arrivaient à hauteur d’épaule, d’autres étaient plus courts, puisque je ne sentais plus rien sur ma nuque. C’était un vrai carnage. (Le « vrai carnage » s’est plutôt fait en 2011 en Libye et ce sont les chefs d’États français, britannique, états-unien, appuyés par l’État sioniste, qui l’ont ordonné sur les populations civiles comme militaires, et, enfin, sur le Guide libyen, Muammar Gaddhafi…) « Ce que tu es devenue moche ! » s’est exclamée Farida en me croisant un peu plus tard, indifférente à la raison de ce massacre. (Le massacre, en Libye, a été commis avec des bombes larguées sur des hommes, des femmes, des enfants, et non avec un couteau dans les cheveux.) Je n’ai plus vu le Guide pendant plusieurs jours. En revanche, j’ai aperçu sa femme. » (P.81) (Après avoir réglé son compte avec le Guide, voici un compte qui s’annonce à régler avec son épouse.)

« C’était pour la fête de l’Aïd al-Fitr, le jour de rupture du jeûne, la fin officielle du ramadan. Une jolie fête familiale normalement, avec prières le matin, petit tour à la mosquée et puis visite aux parents et aux amis. (Il y a fort à douter qu’il ne s’agisse, à ce moment-là, que d’une petite visite touristique à la mosquée…) Un jour que j’adorais lorsque j’étais petite fille. Mais qu’attendre ou plutôt que redouter de cette fête à Bab al-Azizia ? Je n’en avais aucune idée. Mabrouka, le matin, nous a réunies : « Vite, habillez-vous correctement. Et tenez-vous bien ! La femme du Guide va venir ici. » Safia ? L’épouse ? J’avais vu sa photo dans le passé mais ne l’avais encore jamais croisée depuis mon enlèvement. (Ou plutôt, depuis que “Soraya” avait quitté le salon de coiffure de sa mère.) J’avais cru entendre qu’elle avait sa propre maison quelque part sur l’espace de Bab al-Azizia mais Kadhafi n’y dormait jamais et ils ne se croisaient que très rarement lors de manifestations publiques. (« J’avais cru entendre » : c’est souvent par ces mots que commencent les rumeurs. C’est aussi comme ça que Jeanne D’Arc a entendu des voix.) Le Guide, « ennemi de la polygamie », vivait avec de nombreuses femmes, mais pas avec la sienne. (Que peut savoir “Soraya” de la vie du Guide avec son épouse, depuis son « sous-sol » ? Que peut savoir la journaliste de la vie de ce couple, depuis la France ?) Tout juste savait-on qu’il allait rencontrer ses filles chaque vendredi, dans sa villa du bois El-Morabaat, sur la route de l’aéroport. (Encore le « on » qui sait tout.) L’annonce a donc provoqué un petit électrochoc : les esclaves sexuelles devaient se grimer en domestiques et bonnes à tout faire ! Quand Safia, après de nombreux autres visiteurs, est entrée dans la maison, imposante, l’air hautain, en prenant la direction de la chambre du Guide, j’étais donc à la cuisine avec les autres filles, occupée à laver la vaisselle, nettoyer le four, brosser le sol. Une Cendrillon. (Mme Cojean, ne serait-elle pas parvenue, au cours de sa vie et de ses lectures, à dépasser les contes de son enfance ? Après Angélique et le sultan, voici Cendrillon… Ce torchon, serait-il un conte pour adultes qu’il s’agit de tromper sur toutes les lignes ?) À peine fut-elle partie que Mabrouka annonça à la cantonade : « Tout redevient normal ! » (PP.80-81)

En effet, le « maître » m’a immédiatement appelée. « Danse ! » Il convoqua également Adnane, un ancien garde des forces spéciales, marié (à une de ses maîtresses quasi officielles), père de deux enfants, qu’il contraignait à des rapports sexuels fréquents. (Un « Ancien garde des forces spéciales » ! Mais Mme Cojean ne se refuse rien.) Il l’a sodomisé devant moi et a crié : « À ton tour, salope ! » (P.82) (Il est vrai que cela faisait longtemps que nous n’avions pas vu ce mot.)

III 30. Si Muammar Gaddhafi était un débauché, serait-il accompagné dans la prière

Si Muammar Gaddhafi était un débauché,
serait-il accompagné dans la prière ?

Clic suivant : III 30. « Le récit de Soraya » – « 5 Harem »

Françoise Petitdemange


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.