III 28. Le ramadan à Syrte

Le torchon de papier d’A.C.

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III 28. Le ramadan à Syrte

« Le ramadan approchait. Un matin, j’ai appris que toute la maison se déplaçait à Syrte. On m’a redonné un uniforme, assigné une voiture du convoi, et j’ai senti, l’espace de quelques secondes, le soleil caresser mon visage. Cela faisait des semaines que je n’avais pas quitté le sous-sol. J’étais contente de revoir un peu de ciel. À l’arrivée dans la katiba Al-Saadi, Mabrouka s’est approchée de moi : « Tu voulais voir ta mère, eh bien tu vas la voir. » Mon cœur s’est arrêté. J’avais pensé à elle chaque minute depuis mon enlèvement. Je rêvais de disparaître dans ses bras. » (PP.74-75) (“Soraya” dit : « depuis mon enlèvement ». Elle n’a pas été enlevée : elle a quitté le salon de coiffure de son plein gré, un peu contre l’avis de sa mère qui, bien que chargée de travail, ne s’est pas vraiment opposée à son départ… pour aller où ? Pour rejoindre un endroit du désert où se trouvait Muammar Gaddhafi ou pour rejoindre un petit ami ? À suivre…)

« La voiture s’est garée en face de notre immeuble tout blanc. Le trio originel – Mabrouka, Salma et Faïza – m’a accompagnée devant le porche d’entrée et je me suis engouffrée dans l’escalier. Maman m’attendait dans notre appartement du deuxième étage. Les petits étaient à l’école. On a pleuré toutes deux en s’enlaçant très fort. Elle m’embrassait, me regardait, riait, secouait la tête, écrasait ses larmes. « Oh Soraya ! Tu m’as brisé le cœur. Raconte ! Raconte ! » Je ne pouvais pas. Je faisais non de la tête, me serrais contre sa poitrine. Alors elle a dit, doucement : « Faïza m’a expliqué que Kadhafi t’avait ouverte. Ma toute petite fille ! Tu es si jeune pour devenir une femme… » Faïza montait l’escalier. J’entendais sa voix forte : « Ça suffit ! Descends ! » Maman s’est accrochée à moi. « Laissez-moi mon enfant ! » L’autre était déjà là, qui prenait l’air sévère. « Que Dieu nous aide, dit maman. Que puis-je dire à tes frères ? Tout le monde se demande où tu es. Je réponds que tu es partie en Tunisie visiter la famille ou bien à Tripoli avec ton papa. À tous je raconte des mensonges. Comment faire, Soraya ? Que vas-tu devenir ? » Faïza m’a arrachée à elle. « Quand me la ramènerez-vous ? » a demandé maman en pleurs. « Un jour ! » Et nous sommes reparties vers la katiba. » (PP.75-76) (Si “Soraya” avait été enlevée par les Femmes en armes de Libye, sa mère ne lui dirait pas : « Tu m’as brisé le cœur. » “Soraya” insiste, quelques paragraphes plus loin, à propos du ramadan : « Ma mère était très stricte là-dessus. » (P.77) Or, elle laisse sa fille repartir vers la… prostitution ? Comment cela est-il possible de la part d’une mère musulmane ? de la part d’une mère qui sait ce qui est arrivé à sa fille et qui ne s’oppose pas à son départ pour rejoindre un homme qu’elle déteste (« Kadhafi ») ? )

« Fathia m’attendait. « Ton maître te demande. » Quand je suis rentrée dans cette chambre couleur sable où il m’avait violée des semaines auparavant, j’y ai trouvé Galina et quatre autres Ukrainiennes. Galina massait Kadhafi, les autres étaient assises autour. J’ai attendu près de la porte, sanglée dans mon uniforme, encore bouleversée par ma visite à maman. Comme il me dégoûtait, ce monstre qui se prenait pour Dieu, puait l’ail et la sueur, et ne songeait qu’à baiser. Les infirmières parties, il a ordonné : « Déshabille-toi ! » J’aurais voulu hurler : « pauvre type ! » et partir en claquant la porte, mais je me suis exécutée, désespérée. « Monte-moi ! Tu as bien appris tes leçons, non ? Et arrête de manger ! Tu as pris du poids, je n’aime pas ça ! » À la fin, il a fait quelque chose qu’il n’avait encore jamais fait. Il m’a entraînée près du jacuzzi, m’a fait grimper sur le bord de la douche et a uriné sur moi. » (P.76) (Cet homme dont il est question n’est pas un homme mais un « monstre » et, plus il « dégoûtait », plus il faut entrer dans les détails… Serait-ce que la journaliste se laisse emporter par ses propres fantasmes ? À l’odeur de « l’ail » qui est revenue au menu Cojean, est alliée « la sueur »… Et pourquoi pas…)

(Mais il y a pire, si possible…)
« Je partageais ma chambre avec Farida, le même fille qu’à mon premier séjour dans la katiba. Elle était allongée, nauséeuse et très pâle. « J’ai une hépatite, m’a-t-elle annoncé.
– Une hépatite ? Mais je croyais que le Guide avait la phobie des maladies !
– Oui, mais il paraît que celle-ci n’est pas transmissible par le sexe. »
Transmissible par quoi alors ? Je me suis mise à avoir peur. Le soir même, Kadhafi nous faisait appeler toutes les deux. Il était nu, impatient, et il a d’emblée avisé Farida : « Viens, salope. » J’en ai profité : « Alors je peux partir ? » Il m’a lancé un regard de fou : « Danse ! » Je me disais : « Il baise une malade et il va me baiser ! » Et c’est ce qu’il a fait en demandant à Farida de danser à son tour. » (PP.76-77)
(Le tabac, l’alcool, la drogue, le viol, la sodomie, la miction, et puis, pour couronner le tout en cette époque où approche la date du ramadan : le viol d’une malade, sa mise en danger et, éventuellement, le lancement d’une épidémie…)

III 29. Les Libyennes soutiendraient-elles un traître qui violeraient leurs soeurs, leurs filles...
Les Libyennes soutiendraient-elles un traître
qui violeraient leurs soeurs, leurs filles…

Toutes les réalisations libyennes durant les 42 années révolutionnaires (1969-2011), si elles n’ont pas échappé aux chefs des États capitalistes qui se sont succédé au pouvoir et qui rêvaient de les détruire, ont été soigneusement tues dans les médias occidentaux : le développement des réseaux routiers et aériens, la construction de la GRA (Grande Rivière Artificielle) et de la nouvelle université près de Tripoli, le financement d’une grande partie du premier satellite africain et toutes les autres aides, décidé(e)s par le peuple libyen, pour contribuer au développement des autres pays africains, le projet de création des États-Unis d’Afrique… Tout cela, Mme Cojean ? Connaît pas. Sait pas. Mais cause, diffame, insulte.)

« Nous sommes restés trois jours à Syrte. Il m’a appelée de nombreuses fois. Nous pouvions être deux, trois, quatre filles en même temps. Nous ne nous parlions pas. À chacune son histoire. Et son malheur. » (P.77) (Tout ce convoi de filles à Syrte sans que personne ne dise rien. La mère de “Soraya”, qui déteste « Kadhafi », au lieu de lui faire une “petite réputation” qu’il aurait bien méritée s’il s’était comporté ainsi que le dit “Soraya”, se tait… ou, plutôt, elle ment à toute la famille. Quant au père, personne ne sait ce qu’il devient… à Tripoli. Lui-même ne paraît pas se soucier de cette longue absence de sa fille au foyer familial.)

*

« Enfin est arrivé le ramadan. Pour ma famille, c’était une période sacrée. Ma mère était très stricte là-dessus. (Pourtant, “Soraya” a dit, au début de son récit, que sa mère était… moderne. Quant à la laisser partir, de nouveau et en plein ramadan, vers la prostitution…) Il n’était pas question de manger du lever au coucher du soleil, on respectait les prières, et le soir, on mangeait des choses délicieuses. On y pensait toute la journée avant de se retrouver en famille. Maman nous avait même parfois emmenés au Maroc et en Tunisie pour partager ce moment avec ma grand-mère et la sienne. C’était vraiment merveilleux. Depuis l’âge de deux ans, je n’avais jamais raté le ramadan ni même imaginé qu’on puisse en violer les règles. Or la nuit précédente, celle où l’on doit se préparer spirituellement à entrer dans cette période particulière, à faire taire les désirs et les sens, Kadhafi s’est acharné sur moi. Cela a duré des heures, et j’étais mortifiée. (Des heures ? Rien que des heures…) « C’est interdit, c’est ramadan ! » ai-je imploré au petit matin. Hormis ses ordres et ses insultes, il ne m’adressait jamais la parole. Cette fois, il a pourtant daigné répondre, entre deux rugissements : « C’est uniquement manger qui est interdit. » J’ai eu un sentiment de blasphème. » (PP.77-78) (Rien qu’un « sentiment de blasphème » ? en face de telles monstruosités…)

« Mon périmètre était strictement limité : ma chambre, sa chambre, la cuisine, la cafétéria, éventuellement les salons de réception proches de son bureau et de sa petite salle de sport personnelle. C’est tout. J’ai entendu des pas et des bruits de portes au-dessus de moi et compris qu’Amal et d’autres filles s’engouffraient chez le Guide. Le jour du ramadan ! En les rencontrant au repas du soir, je leur ai dit ma stupéfaction. Ce qu’on faisait était très grave, non ? Elles ont éclaté de rire ! Tant qu’il ne jouissait pas, leur avait-il expliqué, tant qu’il n’éjaculait pas, cela ne comptait pas aux yeux d’Allah… J’ai ouvert des yeux énormes. Cela a accru leurs rires. « C’est ramadan à la mode Kadhafi » a conclu une des filles. » (P.78) (Autrement dit, le « sentiment de blasphème », c’est encore trop ! Allah est décidément très complaisant avec le dénommé Gaddhafi et, par conséquent, avec quiconque se livre à la débauche…)

« Il m’a fait monter dans sa chambre tout au long de ce mois de ramadan. À n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il fumait, baisait, me tabassait en rugissant. Et peu à peu, je me suis autorisée à manger sans me soucier de l’heure. À quoi bon respecter des règles dans un univers qui n’avait ni cadre, ni loi, ni logique. J’ai même fini par me demander pourquoi ma mère faisait une telle histoire du ramadan. » (P.79) (Autrement dit : l’Islam, qu’est-ce que ça vaut aux yeux de ceux et de celles qui prétendent le pratiquer ?)

(En 2011, sept mois durant, l’OTAN n’a pas hésité à détruire la Libye et à tuer des hommes, des femmes, des enfants, y compris pendant le mois du ramadan.
Le commandant des forces de l’OTAN, le boucher Charles Bouchard, a dévoilé son plan : il fallait affamer la population. Comment ? En détruisant, par les bombardements, le réseau électrique… attaquer le réseau électrique, c’est mettre les réfrigérateurs en panne ; or, en cette période de ramadan, durant laquelle les familles font un stockage important de nourriture, et en ce mois de fortes chaleurs (août), la nourriture serait vite gâchée et la population… affamée. Les armées françaises-britanniques-états-uniennes doublées par l’OTAN ont fait fort – très fort – en Libye… côté crimes contre l’humanité.
En septembre 2011, l’OTAN n’a pas hésité à bombarder la ville de Syrte jusqu’à sa destruction totale : l’hôpital Ben Sina, la mosquée, l’université, les maisons, appartements, immeubles des civils, le réseau électrique… Rien n’a été laissé intact. À l’hôpital, les médecins, les patient(e)s ont été insulté(e)s.
Il faut donc, avec de tels contes à dormir debout, faire oublier, aux populations du monde, les crimes en masse commis en Libye au nom de la « démocratie » et des « droits de l’homme ». C’est bien pourquoi il faut faire de Muammar Gaddhafi un « monstre » qui n’est pas un homme mais un animal puisqu’il pousse des « rugissements ».

Le 20 octobre 2011, avant même de quitter l’endroit où il se tenait avec ses fidèles compagnons et son fils, à quelques temps de son arrestation, il avait fait sa prière, tout simplement.)

Clic suivant : III 29. « Laylat al-Qadr » « La nuit du Destin »

Françoise Petitdemange


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