III 27. « Le récit de Soraya » – « 4. Ramadan » Les préliminaires…

Le torchon de papier d’A.C.

*

III 27. « Le récit de Soraya » – « 4. Ramadan » Les préliminaires…
4
RAMADAN

« J’ai appris un matin que Kadhafi et sa clique devaient partir en voyage officiel à Dakar et que je ne faisais pas partie du voyage. Quel soulagement. Pendant trois jours, j’ai pu souffler et naviguer sans contrainte entre ma chambre et la cafétéria où je retrouvais Amal et quelques filles, dont Fathia, restées de garde à Bab al-Azizia. Elles fumaient, buvaient des cafés et papotaient. Moi, je restais silencieuse, à l’affût du moindre renseignement sur le fonctionnement de cette communauté désaxée. Rien, hélas, ne se disait de substantiel. J’ai juste appris, fortuitement, qu’Amal pouvait sortir dans la journée avec un chauffeur de Bab al-Azizia ! Cela m’a sidérée. Elle était libre… et elle rentrait ? Comment était-ce possible ? Pourquoi ne fuyait-elle pas comme je rêvais de le faire à chaque instant depuis que j’étais dans ces murs ? Tant de choses m’échappaient. » (P.69) (Oui. Beaucoup de choses échappent à “Soraya”-Cojean… L’ouverture de l’AMF (Académie Militaire Féminine) avait eu lieu le 2 février 1979. Les femmes comme les hommes en armes étaient volontaires et bénévoles. Les femmes en armes, comme les hommes en armes, pouvaient être mariées et avoir des enfants. Lorsque la mission est à Tripoli, les femmes en armes s’y rendent avec leurs propres voitures et rentrent ensuite chez elles ; lorsqu’elles sont appelées pour une mission au dehors, elles s’y rendent par un transport en commun ; si la mission est à l’étranger, elles voyagent dans le même avion que le Guide et que la délégation libyenne qui l’accompagne. Voilà ce que “Soraya”-Cojean considère comme une « communauté désaxée ».)  

« J’ai découvert aussi que la plupart des filles, considérées comme des « gardes révolutionnaires », étaient titulaires d’une carte, que je prenais pour un badge, mais qui était en réalité un véritable document d’identité. Il y avait leur photo, un nom, un prénom et le titre : « Fille de Mouammar Kadhafi » écrit en gros, au-dessus de la signature personnelle du Guide et de sa petite photo. Ce titre de « fille » me semblait extravagant. Mais la carte était visiblement un sésame pour se déplacer dans l’enceinte de Bab al-Azizia, et même sortir en ville en franchissant les nombreuses portes de sécurité tenues par des soldats armés. (Les Femmes en armes, dans la Libye révolutionnaire (1969-2011), portaient parfois une carte comme un médaillon autour du cou, ou épinglée sur leur veste militaire : lors de leur accompagnement du Guide révolutionnaire dans sa visite au Musée du Louvre, à Paris, par exemple, elles portaient cette carte comme un médaillon. Dans d’autres contextes, des hommes en tenue militaire portent aussi une carte… avec l’inscription « Fille de Mouammar Kadhafi » ? Le port d’une carte avec une telle mention, outre qu’il n’aurait guère été discret, aurait été contradictoire avec ce qu’affirme “Soraya” : « Tout le monde ignorait ce qui se passait à Bab al-Azizia » (P.63) Ce port d’un document d’identité, avec nom et prénom, n’existait pas qu’en Libye. En France, chaque participant(e) à un congrès départemental, régional ou national de quelque importance, porte une carte avec son prénom, son nom et sa raison d’être sur les lieux du congrès : serait-il possible d’entrer dans une salle de congrès comme sur un champ de foire ?…) J’ai su, bien plus tard, que personne n’était dupe sur le statut de ces « filles » et leur fonction véritable. Mais elles tenaient à leur carte. Certes, on les prenait pour des putains. Mais attention ! Celles du Guide suprême. Cela leur valait partout des égards. » (PP.69-70) (Qui c’est « personne » ? Qui c’est « on » ? « Personne n’était dupe » contredit « Tout le monde ignorait. » (P.63) Les femmes en armes étaient fières de servir la Révolution : certaines ont souffert de ne pouvoir être engagées comme gardiennes de la révolution parce que trop faibles physiquement et psychiquement. Bien évidemment, les enfants, qui se présentaient pour être gardes révolutionnaires, n’étaient pas accepté(e)s. “Soraya”-Cojean préfère dire autre chose : les « gardes révolutionnaires » sont « des putains ». Dirait-elle cela des femmes qui sont militaires dans l’armée israélienne ?)

III 27. Femmes et hommes en uniforme, avec le Guide révolutionnaire


Ce militaire, derrière Muammar Gaddhafi :
« Fille de Mouammar Kadhafi » ?
Selon “Soraya”-Cojean, bien sûr…

« Le quatrième jour, la clique était de retour et le sous-sol en ébullition. Dans ses bagages, le Guide avait ramené de nombreuses Africaines, des très jeunes et des plus âgées, maquillées, décolletées, en boubous ou en jeans moulants. Mabrouka jouait les maîtresses de maison et s’empressait auprès d’elles. « Amal ! Soraya ! Venez vite apporter le café et les gâteaux ! » Nous avons donc fait la navette entre la cuisine et les salons, slalomant entre ces filles rieuses et impatientes de voir le Colonel. Il était encore dans son bureau, s’entretenant avec quelques messieurs africains à l’air important. Mais quand ils sont partis, j’ai observé les femmes monter l’une après l’autre dans la chambre du Guide. Je les regardais de loin, crevant d’envie de leur dire : « Attention, c’est un monstre ! » mais aussi : « Aidez-moi à sortir ! ». » (PP.70-71) (L’expression : « Dans ses bagages, le Guide avait ramené de nombreuses Africaines » est particulièrement insultante, à la fois pour les femmes et pour les Africaines. Aussi insultante pour les hommes et les Africains, cette expression : « quelques messieurs africains à l’air important. » “Soraya”-Cojean ne craint pas de dire : « j’ai observé les femmes monter l’une après l’autre dans la chambre »…  Quelle santé, ce Guide ! Et, surtout, quel désœuvrement auquel il devait faire face !)

« Au milieu de la nuit, Salma est venue me chercher et m’a conduite à la porte de mon « maître ». Il m’a fait fumer une cigarette, une autre, et une autre, puis il m’a… Quel mot utiliser ? C’était si dégradant. Je n’étais plus qu’un objet, qu’un trou. Je serrais les dents et redoutais les coups. Puis il a mis une cassette de Nawal Ghachem, la chanteuse tunisienne, et a exigé que je danse, encore et encore, toute nue cette fois. Salma est arrivée, lui a murmuré quelques mots et il m’a dit : « Tu peux partir, mon amour. » Qu’est-ce qui lui prenait ? Il ne s’était jamais adressé à moi autrement qu’avec des insultes. » (P.71) (Mais… tout ceci est crédible au plus haut point… Comme disait un jour une bibliothécaire navrée en parlant de certains films et de certains livres très diffusés : « Un petit peu de c.l, un petit peu d’eau de rose, et un petit peu de pan-pan ».)

« Une policière de vingt-trois ans, avec un petit grade, a débarqué le lendemain dans ma chambre. « C’est Najah, a dit Mabrouka. Elle va passer deux jours avec toi. » La fille avait l’air plutôt gentille, directe, un brin insolente. Et elle avait très envie de parler. « Tu sais que ce sont vraiment tous des salopards ! » a-t-elle commencé le premier soir. (Bien sûr, cette policière, elle aussi, reste dans l’anonymat…) « Ils ne tiennent aucune promesse. Ça fait sept ans que je suis avec eux et je n’ai toujours pas été récompensée ! Je n’ai rien eu ! Rien ! Pas même une maison ! ». » (P.71) (C’est que le peuple libyen luttait contre la corruption. En 2011, le bâtiment de l’Intérieur et de la Lutte contre la corruption a été l’un des premiers bâtiments visés par les bombes de l’OTAN.)

(Discussion entre la policière et “Soraya” :
« J’ai appris que tu étais la petite nouvelle. Tu t’habitues à la vie de Bab al-Azizia ?
Tu n’as pas idée combien ma mère me manque.
– Ça passera…
– Si au moins je pouvais la contacter !
Elle saura bien assez tôt ce que tu fais !
– Tu n’as pas un conseil pour la joindre ?
– Si j’ai un conseil à te donner, c’est surtout de ne pas rester ici !
– Mais je suis captive ! Je n’ai pas le choix !
– Moi, je reste deux jours, je couche avec Kadhafi, ça me fait un peu de fric et je rentre chez moi.
– Mais je ne veux pas de ça non plus ! Ce n’est pas ma vie !
– Tu veux sortir ? Eh bien joue les emmerdeuses ! Résiste, sois bruyante, crée des problèmes.
On me tuerait ! Je sais qu’ils en sont capables ! Quand j’ai résisté, il m’a tabassée et violée.
– Dis-toi qu’il aime les fortes têtes. »
(C’est, selon “Soraya”-Cojean, une policière chargée de la sécurité du peuple, du Guide et de la Révolution qui tiendrait ces propos…)

« Là-dessus, elle a regardé un DVD porno, allongée sur son lit en mangeant des pistaches. « Tu vois, il faut toujours apprendre ! » m’a-t-elle dit en m’encourageant à regarder avec elle. Cela m’a rendue perplexe. Apprendre ? Alors qu’elle venait de me recommander de résister ? J’ai préféré dormir. » (PP.71-72) (Les policiers et policières n’avaient – c’est connu – que cela à faire dans la Jamahiriya : regarder des pornos, allongé(e)s sur leur lit « en mangeant des pistaches ». Avec un tel type d’éducation, il est à se demander pourquoi le peuple libyen consacrait une partie de l’argent du pétrole pour des écoles, des lycées, des universités, des bibliothèques, en Libye et dans d’autres pays africains.)

« Nous étions toutes deux convoquées, le soir suivant, dans la chambre du Guide. Najah était tout excitée à l’idée de le revoir. « Pourquoi ne mets-tu pas une nuisette noire ? » m’a-t-elle suggéré avant de monter. Lorsqu’on a ouvert la porte, il était à poil et Najah s’est jetée sur lui : « Mon amour ! Comme tu m’as manqué ! » Il a eu l’air satisfait : « Viens donc, salope ! » Puis il s’est tourné vers moi, furibard : « Qu’est-ce que c’est que cette couleur dont j’ai horreur ? Fous l’camp ! Va te changer ! » J’ai foncé dans l’escalier, aperçu Amal dans sa chambre et lui ai piqué une cigarette. Puis arrivée dans ma chambre, j’ai fumé. C’était la première fois que j’en prenais l’initiative. La première fois que je ressentais le besoin de fumer. Salma ne m’en pas laissé le temps. « Qu’est-ce que tu fous ? Ton maître t’attend ! » Elle m’a réintroduite dans la chambre au moment où Najah rejouait consciencieusement les scènes de la vidéo. » (P.73) (Comment “Soraya” peut-elle affirmer ceci alors qu’elle n’a pas regardé les vidéos et qu’elle a « préféré dormir » ?)

Clic suivant : III 28. Le ramadan à Syrte

Françoise Petitdemange


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s