Une éminence grise de Charles de Gaulle : Gaston Palewski

Selon Michel Debré, le « premier gaulliste par l’ancienneté  » aura été Gaston Palewski. En effet, on peut dater son ralliement à De Gaulle du 5 décembre 1934.

Gaston Palewski

Projetons-nous loin dans le temps… Resté célibataire presque toute sa vie, Gaston Palewski finirait par épouser, le 20 mars 1969, Helen-Violette de Talleyrand-Périgord (excusez du peu !), amie très chère de Bernadette Chirac.

Tout au long de sa vie, et de façon bien plus intense sitôt qu’il aura rejoint De Gaulle à Londres, Gaston Palewski n’aura cessé de le chaperonner sur le plan politique. Et puis, au-delà de la mort du Général, il deviendrait président de l’instance principale d’exercice de la souveraineté de long terme (j’y insiste) de la grande bourgeoisie française : le Conseil constitutionnel, dont l’actuel président est – chacun(e) le sait – Jean-Louis Debré, l’un des fils de Michel Debré.

Ainsi que je l’ai montré dans l’ouvrage « Quand le capital se joue du travail – Chronique d’un désastre permanent », rien ne peut être compris de la trajectoire « magique » de Charles de Gaulle si l’on oublie de quel conglomérat de haut niveau il a été la marionnette, même si, à le bien connaître et à bien connaître la pauvreté réelle du personnage en question, il y a eu longtemps de forts doutes sur la possibilité effective de s’en servir sans trop de dégâts. Ici comme ailleurs, le rôle de Gaston Palewski a été essentiel et… difficile.

Mais, pour bien comprendre la soumission pleine et entière de Charles de Gaulle aux intérêts américains, il faut tout d’abord mesurer en quoi, sans l’appui de ceux-ci, la France de la Libération n’avait aucune chance de rétablir chez elle une domination bourgeoise inscrite dans le marbre. On sait qu’il lui a fallu attendre 1958 pour que, à travers une Constitution qui était un fruit de longue haleine des spécialistes inféodés aux grands intérêts capitalistes (le père tutélaire étant, comme je l’ai montré dans les précédents articles, Charles Benoist), la quadrature du cercle fût enfin réalisée.

Aujourd’hui, le peuple de France s’est parfaitement accoutumé à ne plus exercer de pouvoir que celui que lui destinait Charles de Gaulle depuis longtemps.

Ainsi définissait-il, le 17 décembre 1946, à Colombey-les-Deux-Églises, en réponse à une question posée par l’amiral Thierry d’Argenlieu (en partance pour l’Indochine), et en présence de son aide de camp, Claude Guy, qui s’en est fait l’écho dans un ouvrage publié en 1996, le « régime que je souhaiterais pour la France » :
« Ce régime serait à peu près celui-ci : il faudrait d’abord organiser un système dans lequel des hommes doués, des hommes disposant d’une réelle autorité, se consacreraient exclusivement aux affaires publiques. Et puis, à côté de ce premier système et en coexistence avec lui, un système à l’intérieur duquel les Français pourraient se livrer tout leur saoul à ce démon d’infamie qui les agite : alors là, ils pourraient s’en donner à cœur joie. Ils pourraient librement… pisser du vinaigre… baver… déverser leur bile… Seulement entendons-nous bien : sans que cela empêche aucunement les affaires publiques d’être gérées dans l’intérêt national !… D’une part, donc : les pouvoirs publics, la discipline, le prestige et la grandeur. De l’autre, et se donnant libre cours : l’invective, l’exclusive, la jactance, la calomnie, et même, si cela est nécessaire, l’infamie. » (« Quand le capital se joue du travail », page 74)

Le récit officiel de la vie de Charles de Gaulle n’est qu’une légende (ainsi qu’il est arrivé à Alain Peyrefitte de le souligner dans « C’était De Gaulle »), une légende qui ne correspond en rien à ce que révèlent les documents que nous a laissés l’Histoire, et en particulier les écrits d’un De Gaulle qu’il faut lire autrement que sous parfaite hypnose.

Je n’aurai pas la cruauté d’ajouter ici d’autres documents, plus confondants les uns que les autres, qui montrent jusqu’à quelle bassesse cet homme-là a pu descendre. Georges Pompidou et son épouse, Claude, en ont su quelque chose.

Or, sans Gaston Palewski, point de De Gaulle  : ceux qui connaissent un peu quelque chose à l’histoire de la grande bourgeoisie française de la seconde moitié du XXème siècle n’en doutent pas une seconde, et je laisse « l’invective, l’exclusive, la jactance, la calomnie, et même, si cela est nécessaire, l’infamie » à qui voudra s’en armer.

Pour ma part, je m’en tiens aux textes : ils pourront nous conduire bien plus loin qu’on ne pourrait l’imaginer dans le décryptage de la réalité française d’aujourd’hui, et, qui sait, nous ouvrir des perspectives autrement galvanisantes que celles de cette adoration d’un bien pauvre personnage.

Michel J. Cuny


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