La hiérarchie dictatoriale bien comprise de la Cinquième République naissante

Du groupe de travail qui nous avait permis de voir briller MM. Bruyneel, Barrachin et Chardonnet sur les freins à apporter au vote communiste grâce à la Constitution en préparation en août 1958, passons à la séance plénière du Comité consultatif constitutionnel un peu plus tard dans cette même journée du 1er août 1958.

Il faut tout d’abord rappeler que ce Comité n’est que le fruit d’une concession faite par Charles de Gaulle pour amadouer les parlementaires de la Quatrième République finissante. Il n’est d’ailleurs que consultatif.

Voici venir M. Bruyneel, si soucieux donc de restreindre l’expression communiste… Il s’adresse, cette fois-ci, à Paul Reynaud, président du Comité consultatif constitutionnel :
 « Monsieur le président, je m’étonne de ce refus qui nous est opposé de nous communiquer le texte de l’analytique, car, ou bien on a confiance en nous, ou bien on n’a pas confiance.  » (Volume II, page 125)

« On » ? Qui cela peut-il être ? Évidemment, c’est un Charles de Gaulle qui, à ce moment-là, fait encore très peur. Dernier rempart apparent contre une armée qu’en réalité il manœuvre en France et en Algérie par personnes interposées…

Le député est donc particulièrement brave de venir ruer dans les brancards. Ceci pour l’excellente raison que ce qu’il veut obtenir au détriment des communistes, il ne le tolère pas au détriment de ses petits camarades et de lui-même :
« Il ne nous est pas possible de faire un travail sérieux si nous ne pouvons pas consulter le compte rendu des séances précédentes. »

En effet, n’est-ce pas là un minimum… dans une république « rénovée »… par le grand homme de la Résistance française (une fois Jean Moulin éliminé, cf.http://souverainement.canalblog.com) ?

Manifestement, M. Bruyneel ne parvient pas à avaler sa neuve condition de domestique, et il se prend à gémir :
 « Il n’est pas admissible que nous perdions notre temps à aller d’un bureau à l’autre, nous ne sommes pas des écoliers, monsieur le président, il est nécessaire que nous ayons ce texte dans nos dossiers. De deux choses l’une : ou bien on nous fait confiance ou on ne nous fait pas confiance. »

Que croit-il donc, ce brave député, qui veut tellement faire taire les communistes ? Que parce qu’il les aura fait taire, « on » le traitera autrement que comme un écolier, quand « on » s’appelle De Gaulle  ?

Et ne croit-il pas que le « huis clos » qui lui permet d’étrangler sans crainte les futures voix communistes ne l’enferme pas, lui, tout aussi certainement. Apparemment que non, puisqu’il poursuit :
 « Il est bien certain que nous ne pouvons prendre note de tout ce qui va être dit ici ; il est indispensable que nous ayons ce travail à notre disposition. Il est d’ailleurs regrettable que ces séances aient lieu à huis clos car, dans le cas contraire, nous ne verrions pas dans la presse les indiscrétions que nous y voyons, et qui sont, du reste, très souvent des informations inexactes. » (Vol II, page 126)

Ah, les journaux ! Voilà ce qu’il ne fallait surtout pas dire, bel ami ! Immédiatement, le président du Comité consultatif constitutionnel, Paul Reynaud, se saisit de la verge que tu lui tends pour t’en remettre un bon coup sur les oreilles, au nom du Gouvernement… de Charles de Gaulle :
« Je vous réponds que le Gouvernement estime que, si chacun d’entre nous recevait un compte rendu analytique, certains de ces comptes rendus se perdraient et iraient directement dans les journaux. Je crois que c’est un fait devant lequel il faut s’incliner, et nous qui avons une expérience de la vie publique sommes les derniers à ignorer ce fait. » (Vol II, page 126)

Ainsi, lorsque M. Bruyneel part, avec ses petits camarades Barrachin et Chardonnet, à la chasse aux « obédiences étrangères » qui sont, selon lui, le fait des communistes, il ne se trompe pas de cible…, mais il lui reste à apprendre que le peuple de France lui-même est à ranger parmi les « obédiences étrangères » lui aussi. Qu’il ne sache surtout pas ce qui est en discussion au Comité consultatif constitutionnel… Cela risquerait de lui mettre de mauvaises idées en tête.

Étendons l’affaire aux ministres… et, pour ce faire, lisons Alain Peyrefitte (« C’était de Gaulle« , Fayard 1994) que nous retrouvons à l’Élysée le lundi 16 avril 1961 :
« Le Général reçoit à la queu leu leu – vingt minutes chacun, m’a-t-on prévenu – les nouveaux ministres. » (page 97)

Pour sa part, voici ce qu’il s’est entendu dire par Charles de Gaulle  :
« Vous n’entrez pas au gouvernement pour les honneurs, mais pour la mission. C’est-à-dire pour le service, le service de la France. Il commence par le service de l’État. Vous avez fait du latin. Ministre, cela signifie serviteur. Et secrétaire d’État, cela veut dire gardien des secrets de l’État. Votre rôle est d’informer, à la fois comme porte-parole et par l’autorité que la loi vous confère sur la radio et la télévision. »

Ainsi donc, s’agissant des « obédiences » populaires, Alain Peyrefitte aura-t-il été réduit à ce qu’indique l’impression retirée par lui de cet entretien mémorable avec De Gaulle  :
 « Il me traite comme un colonel traite un trompette. »
…au nom d’une France qu’il constitue à lui tout seul.

Clic suivant : Pour en finir avec la Cinquième République

Michel J. Cuny


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