Les crimes de Staline (de Poutine ???…), quelles preuves ? 22. Le « Testament » de Lénine

Parmi les six personnages sur lesquels s’arrête l’attention d’un Lénine à la recherche d’une solution pour les temps qui suivront sa disparition, disparition dont il sait qu’elle est désormais proche, il y en a deux qui occupent une place spéciale dans son esprit :
« Je crois que l’essentiel dans la question de la stabilité vue sous cet angle [d’évitement d’une éventuelle scission de Parti], sont des membres du comité central tels que 
Staline et Trotsky. Les rapports entre eux constituent à mon avis une grande moitié des dangers de scission qui pourrait être évitée. »

Pour nous, qui connaissons la suite, la pertinence du propos est tout à fait saisissante, le dénouement que l’on sait étant destiné à intervenir 17 ans plus tard à travers l’élimination physique de Trotsky… dont tout le comportement, en face de Lénine dès 1905, puis de Staline pour une vingtaine d’années au moins, reste à étudier, et réserve sans doute encore bien des surprises, pas toutes nécessairement congrues à l’image que certains aimeraient pouvoir continuer à se faire de lui.

Quant au premier, ce monstre qui plane, aujourd’hui et pour longtemps encore sans doute, sur l’Histoire du XXème siècle, que va donc nous en dire le très perspicace Lénine ?
« Le camarade 
Staline, en devenant secrétaire général, a concentré dans ses mains un pouvoir immense et je ne suis pas convaincu qu’il puisse toujours en user avec suffisamment de prudence. »

A contrario, nous voyons que Lénine lui-même est ici tout ce qu’il y a de plus prudent… Qu’en sera-t-il avec Trotsky sur le cas duquel il vient immédiatement après la phrase précédemment citée et qui se rapportait à Staline ?
« D’autre part, le camarade 
Trotski, comme l’a déjà démontré sa lutte contre le comité central à propos de la question du commissariat du peuple aux voies de communication, ne se distingue pas seulement par les capacités les plus éminentes. Personnellement, il est, certes, l’homme le plus capable du comité central actuel, mais il est excessivement porté à l’assurance et entraîné outre mesure par le côté purement administratif des choses. »

Mais Lénine n’en a pas pour autant fini avec lui… En effet, voici comment le « testateur » aborde les cas Zinoviev et Kamenev :
« Je ne vais pas ensuite caractériser les autres membres du comité central d’après leurs qualités personnelles. Je rappellerai seulement que l’épisode d’octobre [1917] de 
Zinoviev et de Kamenev n’a évidemment pas été occasionnel, mais qu’il ne peut guère plus leur être personnellement reproché que le non-bolchevisme au camarade Trotsky. »

Qu’est-ce à dire?

Depuis 1905, Lénine n’avait cessé de ferrailler contre Trotsky en revenant régulièrement sur cet écueil majeur qui faisait de ce dernier tout ce que l’on voudra sauf un connaisseur et praticien de la pensée de Marx… Ainsi, à chaque occasion, son analyse marquait-elle une déviation saisissante, et parfois extrêmement choquante, par rapport à celle du bolchevik Lénine : l’affrontement pouvait être extrêmement violent, et déboucher sur des comportements politiques opposés et durables qui ont souvent troublé l’ensemble des révolutionnaires du temps de la Russie encore tsariste en les divisant… Pour sa part, Lénine a longtemps espéré que Trotsky – dont il n’a cessé de saluer les extrêmes qualités intellectuelles – finirait par choisir d’intégrer la dialectique matérialiste. Au moment où il rédige son « Testament », on voit qu’il n’y croit plus.

Poursuivons l’énumération sans davantage de commentaire puisque nous y retrouvons la ligne de faille essentielle de… la dialectique :
« Quant aux jeunes membres du comité central, je veux dire quelques mots de 
Boukharine et de Piatakov. Ils sont, à mon avis, les plus marquants parmi les forces jeunes, et il faut, à leur égard, avoir en vue ce qui suit : Boukharine n’est pas seulement le plus précieux et le plus fort théoricien du Parti, et aussi légitimement considéré comme le préféré de tout le Parti, mais ses conceptions théoriques ne peuvent être considérées comme vraiment marxistes, qu’avec le plus grand doute, car il y a en lui quelque chose de scolastique (il n’a jamais appris et je crois qu’il n’a jamais compris vraiment la dialectique). »

Dernier mot pour le bon exécutant : « Piatakov est incontestablement un homme de volonté et de capacité les plus éminentes ; mais il incline trop à l’administration et au côté administratif des choses pour qu’on puisse s’en remettre à lui dans une question politique sérieuse. »

Aurions-nous ainsi fait le tour de la question « Staline » telle qu’elle se pose à l’endroit qu’occupe Lénine lui-même à la fin de l’année 1922 ?

Non : il nous manque tout simplement le dernier coup de théâtre !…

Michel J. Cuny


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