Les crimes de Staline (de Poutine ???…), quelles preuves ? 15. Staline aurait-il durci le ton sans raisons ?

Le désaveu, par le rapport Khrouchtchev, de la brutalité politique de Staline provient d’une différence d’appréciation de la gravité de la situation existant à partir de 1934. Or, il ne faut pas perdre de vue que le XXème congrès se réunit en 1956, c’est-à-dire 22 ans plus tard, avec entre-temps rien qu’une guerre mondiale dont la principale victime, mais aussi la grande victorieuse, a été l’URSS de… Staline, dont il vient immédiatement à l’esprit que les décisions politiques, même brutales, n’ont pas été pour rien dans un tour de force sur lequel aucun pays occidental ni les Etats-Unis eux-mêmes ne comptaient…, bien au contraire.

Certes, la période que le rapport Khrouchtchev consent à mettre à l’actif de Staline – 1928-1929 – n’avait pas atteint le niveau de violence de celle qui a débuté en 1934. C’est ce qu’il constate (page 14) :
« Il est intéressant de noter le fait que même pendant que se déroulait la furieuse lutte idéologique contre les trotskystes, les zinoviévistes, les boukhariniens et les centres, on n’a jamais pris contre eux des mesures de répression extrême. La lutte se situait sur le terrain idéologique. »

S’agissait-il d’une forme de mansuétude ? Que nenni, ainsi que le reconnaît le rapport lui-même :
« Il faut bien dire qu’en ce qui concerne les personnes qui, de leur temps, s’étaient opposées à la ligne du parti, il n’y avait souvent pas suffisamment de raisons sérieuses pour leur annihilation physique. »

« Annihilation physique »… Qu’est-ce à dire ?… Privation de liberté ? Exécution avec ou sans jugement ? Et pour des faits sans réelle gravité ? Ou pour des crimes mettant en jeu la sécurité intérieure ou extérieure du pays ?…

Regardons cela de plus près, et, avec le rapport Khrouchtchev, revenons sur l’époque de la révolution d’Octobre, de la fin de la première guerre mondiale, et de la guerre civile qui l’a suivie jusqu’au début des années 20, et sur le sort des opposants politiques les plus déterminés :
« Certaines de ces personnes avaient commis des erreurs du vivant de 
Lénine, mais malgré cela Lénine avait profité de leur travail, il les avait corrigées et il avait fait tout son possible pour les maintenir dans les rangs du parti ; il les invitait à suivre son exemple. »

Cependant cette mansuétude de Lénine ne portait que sur des erreurs qui, pour être parfois d’une exceptionnelle gravité (il faudrait ici revenir sur ce que Lénine lui-même appellera « l’épisode d’octobre de Zinoviev et de Kamenev », qui précède donc l’installation du pouvoir bolchevique), ne menaçaient pas la survie même d’un régime soviétique par ailleurs encore inexistant.

Dans le cas contraire, il ne pouvait qu’en aller autrement, même si cela ne devait être fait qu’à contre-coeur. C’est à nouveau le rapport Khrouchtchev qui le dit à propos du « père fondateur » (page 20) :
« 
Lénine n’eut recours aux méthodes sévères que dans les cas où cela était le plus nécessaire, lorsque les classes exploitantes existaient toujours et s’opposaient vigoureusement à la révolution, lorsque la lutte pour la survivance revêtait les formes les plus aiguës, y compris même une guerre civile. »

Ainsi, dans l’urgence et sous la menace d’une sorte de mort collective (ici du fait de la famine consécutive à la guerre extérieure et civile), le pire pouvait se produire avec ses conséquences sur l’état d’esprit de l’ensemble de la population (page 24) :
« Des arrestations et des déportations massives de plusieurs milliers de personnes, des exécutions sans procès et sans instruction, créèrent des conditions d’insécurité, de peur, et même de désespoir. »

Que dire donc de ce qui était en gestation lorsque Staline se voit contraint, en 1934, de revenir aux mesures les plus brutales ?

30 janvier 1933 : Hitler est devenu chancelier du Reich. 30 juin 1934 : c’est le massacre de la Nuit des longs couteaux, avec en particulier l’assassinat du  général von Schleicher, ancien chancelier lui-même, qui entretenait de bons contacts avec le régime soviétique. Et puis, le 1er décembre 1934, un événement crucial qui va changer la donne du tout au tout :
« Après l’assassinat criminel de
S. M. Kirov, commencèrent les répressions de masse et les brutales violations de la légalité socialiste. »

L’étape suivante commence deux ans plus tard (page 29) :
« Les répressions de masse s’accrurent d’une façon extraordinaire à partir de la fin 1936. »

Cette année-là, Hitler avait réoccupé la Rhénanie, les généraux espagnols, et Franco parmi eux, avaient déclenché un putsch contre la république du Frente popular. Deux ans plus tard, à Munich, la France et la Grande-Bretagne abandonnaient, fin septembre 1938, la Tchécoslovaquie à l’Allemagne nazie qui venait de pratiquer l’Anschluss de l’Autriche (mars 1938), avant d’attaquer la Pologne en septembre 1939, etc…

L’époque était-elle si calme qu’il faille s’étonner de voir Staline s’efforcer de parer au plus pressé, et d’organiser une victoire dont, en 1945, personne au monde ne doutait pas qu’elle fût effectivement la sienne ?

Michel J. Cuny


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.