Quand les Reichswerke « Hermann Goering » A.G. für Erzbergbau und Eisenhütten se sont emparés de Skoda…

Manifestement, pour les initiés de 1938 dont nous découvrons maintenant les lectures auxquelles ils s’adonnaient grâce aux publications « très réservées » du ministère français des Affaires étrangères, il n’était guère possible de se tromper sur les intentions de conquérant qui animaient Adolf Hitler à la veille de ce qui allait porter ce nom d’ « Accords de Munich », qui paraît aujourd’hui tellement détestable,  y compris aux « élites françaises » qui sont pourtant payées pour savoir que l’Europe allemande actuelle est bien le fruit d’une politique identique, mais terriblement dissimulée aux yeux des « masses »…

La force économique qui permet, seule, de maîtriser aujourd’hui la main-d’œuvre européenne est allemande… Elle est le fruit de toute l’histoire de l’Allemagne telle qu’elle a su prendre le relais de la Prusse guerrière, mais aussi très intellectualisée de Frédéric II de Prusse, et puis du Reich qui lui aura succédé, tout particulièrement grâce à la politique d’Otto von Bismarck… Sur ce point, je renvoie à ce que j’ai publié en 2019 (lien).

Poursuivons notre lecture des documents publiés dans l’imminence de la victoire écrasante de la politique de Munich… qui aura préparé les 27 millions de morts subis par l’Union soviétique – pays de la dictature du prolétariat – quelques années plus tard… rien qu’en application du projet que les élites européennes ont tellement souhaité qu’il puisse enfin être réalisé par cet Adolf Hitler de Mein Kampf et de tous les discours massacrants qui ont suivi…

Dans le Bulletin quotidien de presse étrangère du 30 septembre 1938, nous découvrons, à travers la reprise du contenu d’un article du Times daté du 27 septembre, le catalogue de la part de potentiel militaire qu’il s’agirait d’offrir à Adolf Hitler, par les Accords de Munich  – désormais en cours de discussion -, pour qu’il puisse gracieusement amplifier le plan de quatre ans auquel le maréchal Goering s’activait en organisant le travail ouvrier forcé en Allemagne. Il s’agissait de céder les territoires majoritairement habités par les Sudètes, et de céder aussi tout ce qui devait suivre plus ou moins rapidement. Inutile de dire qu’on n’y allait pas de main morte… Puisqu’il s’y trouvait en particulier l’industrie d’armement tchèque :
« Il est important de souligner particulièrement les grandes possibilités de cette industrie qui emploie une main-d’œuvre sans rivale, abondante et spécialisée ; Skoda emploie 50.000 ouvriers contre 10.400 autrefois ; les manufactures d’armes de Brno ont décuplé leur personnel. Outre Skoda, il existe dans le pays 25 manufactures fabricant des fusils et des canons ; neuf manufactures sont spécialisées dans la construction de tanks et de véhicules blindés ; trois dans la fabrication des gaz. La mobilisation industrielle est complètement organisée et d’une extrême rigueur. » (Bulletin du 30 septembre 1938, page 4, colonne 3 – page 5, colonne 1)

Pour mieux comprendre ce qui est ici en question, ouvrons le livre de Richard Lewinsohn, Trusts et cartels dans l’économie mondiale, initialement publié en 1950. Abordant les plus « récentes formations de trusts d’État », l’auteur évoque le cas de la « Reichswerke « Hermann Goering » A.G. für Erzbergbau und Eisenhütten »… C’est effectivement le Maréchal du travail forcé sur la ligne Siegfried… Eh bien, cette société…
« …fut constituée en juillet 1937, dans le cadre du plan quadriennal du Reich, pour exploiter les maigres gisements de minerais de fer qui se trouvent en Allemagne même et réduire ainsi les importations. Mais l’évolution des Établissements Hermann Goering démontre que le plan initial a été dépassé de loin. » (lien)

Nous avions dit : Anschluss de l’Autriche (en mars 1938)… D’abord, les Établissements Hermann Goering avaient « acquis de nombreuses entreprises privées dans l’ancien Reich, telle la société Rheinmetall-Borsig (armes et machines) », mais très vite, ils vont investir « surtout en Autriche, où les sociétés Steyr-Daimler-Puch (automobiles), Steirische Gusstahlwerke (fonderies), Maschinen-und Waggonbaufabrik Simmering, Erste Donau – Dampfschiffahrts – Gesellschaft (navigation danubienne), qui possède des intérêts en Hongrie et en Bulgarie, et la puissante Alpine Montan (mines de fer), contrôlée jusque-là par le trust allemand Vereinigte Stahlwerke, ont passé, en 1938 et au printemps 1939, sous le contrôle financier du Reich. » (Idem)

Nous avons un peu enjambé Munich (29 et 30 septembre), mais revenons-y, et à ses conséquences immédiates, toujours grâce à Richard Lewinsohn :
« Lors de l’annexion des Sudètes, les Reichswerke « Hermann Goering » s’emparèrent des grandes mines de lignite de la Nordböhmische Kohlenwerksgesellschaft et de la Brüxer Bergbaugesellschaft, antérieurement propriété du groupe tchécoslovaque Petschek. Elles furent réunies dans la Sudenländische Bergbau A.G. (Société minière des Sudètes). Et toutes ces « conquêtes » furent couronnées, en été 1939, par l’annexion des Établissements Skoda et de la Manufacture d’Armes de Brno. Chez Skoda, le frère du maréchal
Goering obtenait, pour ainsi dire comme « statthalter » du chef suprême, le poste de vice-président. » (Idem)

Notre connaissance améliorée des enjeux privés qui sont sous-jacents à tout ce qui va se produire plus tard, à travers la Seconde Guerre mondiale – et dont nous voyons qu’ils sont toujours aussi présents aujourd’hui, à travers la prise de contrôle de Skoda par Volkswagen en 1991, puis le « sponsoring » de la première sur le Tour de France, et de la seconde sur l’équipe de France de football -, nous permet de regarder avec un œil neuf le comportement des responsables politiques français et britanniques de tout premier plan avant Munich…

Dès le 28 septembre 1938, dans un discours prononcé à la Chambre des Communes, le Premier ministre britannique, Neville Chamberlain, avait rapporté que, depuis un certain temps déjà, une concertation avait eu lieu au sommet des deux États :
« […] M.
Daladier et M. Bonnet furent invités à venir à Londres, par la voie de l’air, pour une conversation avec les ministres britanniques, le 18 septembre. » (Bulletin du 1er octobre, page 5, colonne 1)

Et qu’on s’y était préparé à faire céder la Tchécoslovaquie…
« On pressait donc le gouvernement tchécoslovaque de consentir immédiatement au transfert direct au Reich de toutes les régions comptant plus de 50 pour 100 d’habitants sudètes. » (Idem, page 5, colonne 1)

Tout en sachant que ce n’était qu’un début des transformations qui allaient toucher l’Europe centrale…
« Nous avions espéré qu’à ce point précis ne s’ajouteraient pas au problème immédiat des Sudètes de nouvelles complications provoquées par l’insistance des minorités hongroise et polonaise touchant leurs revendications. Ces minorités n’ont pourtant cessé d’exiger un traitement similaire à celui accordé à la minorité des Sudètes, et l’acceptation des propositions anglo-françaises entraînant le cession des territoires où prédominent les Allemands des Sudètes a amené, de la part des gouvernements hongrois et polonais, une demande similaire de cession des territoires habités de façon prédominante par les minorités hongroise et polonaise. » (Idem, page 5, colonne 3)

Prenons d’abord le cas de la Pologne, dont le gouvernement avait
« …souligné que les revendications polonaises demandaient à être réglées de façon urgente. Des mouvements de troupes ont eu lieu dans la direction de Teschen et une excitation populaire considérable s’est manifestée en Pologne. » (Idem, page 5, colonne 3)

Et voyons ensuite le cas de la Hongrie en remarquant à qui ce pays avait cru devoir s’adresser plus particulièrement pour se plaindre de la Tchécoslovaquie…
« Le gouvernement hongrois a été encouragé par les visites du Régent au Maréchal
Goering à Rominten, le 20 septembre, et du Premier Ministre, du Ministre des Affaires étrangères et du chef d’État-Major général à Berchtesgaden le 21 septembre. Des mesures de mobilisation ont été prises pour doubler la force de l’armée hongroise. » (Idem, page 5, colonne 3)

Qui s’apprêtait à se battre ? Et pour qui ?…

Michel J. Cuny

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