Bien sûr, en 2021, les Accords de Munich de septembre 1938 ne sont pas tout à fait morts !

Nous reprenons le fil des événements qui ont précédé ces fameux Accords de Munich (29-30 septembre 1938) qui allaient permettre aux Occidentaux – France et Grande-Bretagne – d’offrir à l’Allemagne hitlérienne une Tchécoslovaquie pourtant liée à la France, depuis 1924, par un traité d’alliance et d’amitié qui, redoublé par un traité comparable signé par la Tchécoslovaquie avec l’U.R.S.S. en mai 1935, plaçait l’Union soviétique dans une solidarité certaine avec la France qui, entre 1936 et le début de 1938, avait été conduite par un Front populaire dont le ministre de l’Air était Pierre Cot (ami et patron du futur martyr de la Résistance, Jean Moulin), qui avait noué une amitié politique avec Maxime Litvinov, commissaire du Peuple aux Affaires étrangères de l’Union soviétique, promoteur lui-même des Fronts Populaires dans les différentes démocraties occidentales qui avaient échappé à la vague du fascisme et du nazisme, et tout particulièrement l’Espagne (républicaine) et la France…

Nous reprenons les choses à partir du Congrès national-socialiste de Nuremberg qui s’est étendu sur plusieurs jours du mois de septembre 1938, et qui a permis aux grands personnages du régime de venir jouer cartes sur table devant les peuples et devant leurs dirigeants… les uns et les autres ne voyant pas grand mal – semble-t-il – à ce que l’Occident s’éloignât du communisme autant qu’il le pouvait… Une sorte de dicton, inventé par la suite, aura résumé l’affaire dans des termes qui ont été effectivement illustrés par l’Histoire elle-même : « Plutôt Hitler que le Front populaire »…

Et pourtant, le maréchal Goering n’avait pas mâché ses mots, en particulier le 10 septembre 1938 devant le Congrès nazi de Nuremberg :
« La création d’une énorme industrie des armements assure la force de combat de notre grande armée, alimentée par le réservoir abondant de 75 millions d’hommes ; elle assure la construction et le ravitaillement d’une nouvelle flotte très moderne et constamment en voie de croissance, assure la construction et le ravitaillement de la flotte aérienne que je puis appeler, sans exagération ni outrecuidance, la plus moderne par la technique, la plus prête à tous les dévouements, et la plus forte numériquement qui soit au monde. » (Bulletin du 14 septembre 1938, page 8, colonne 2)

Tandis que, deux jours plus tard, au même endroit, Adolf Hitler venait enfoncer le clou :
« Je suis national-socialiste, et, comme tel, habitué à riposter immédiatement à toute attaque. De plus, je sais très bien que des concessions ne rendent pas conciliant un ennemi aussi irréductible que le peuple tchèque, mais que cela l’excite au contraire à l’arrogance. » (Idem, page 7, colonne 2)

Et aussitôt, le Führer ajoutait :
« En considération de tout cela, j’ai pris le 28 mai des mesures très graves :
Premièrement : les renforcements annoncés de l’armée et de l’armée de l’air ont reçu, sur mon ordre, une extension exceptionnelle, immédiatement mise en œuvre et exécutée ;
Secondement : j’ai commandé le renforcement immédiat de nos fortifications dans l’ouest.
Je puis vous donner l’assurance que depuis le 28 mai est en voie d’achèvement là-bas le système de fortifications le plus gigantesque de tous les temps. » (Idem, page 7, colonne 2)

L’ouest terrestre, c’est la France… Et Hitler de nous donner le pourquoi de la mise au travail forcé, par le maréchal Hermann Goering, d’une partie très significative de la main-d’œuvre ouvrière allemande :
« Aux fortifications allemandes de l’ouest, qui étaient déjà en construction depuis deux ans, travaillent désormais : dans l’organisation Todt, un total de 278.000 ouvriers, plus 80.000 autres ouvriers ; en outre, 100.000 hommes du Service de Travail du Reich, ainsi que de nombreux bataillons du génie et de nombreuses divisions d’infanterie. » (Idem, page 7, colonne 2)

Autant dire aux Allemands qu’ils n’étaient pas obligés d’en faire autant… et que la France n’irait surtout pas les taquiner sur ce terrain-là… Et ce serait effectivement le message livré en toutes lettres, à l’occasion des Accords de Munich, par le renoncement français indirect au traité de 1935 avec l’allié de revers : l’Union soviétique. La France annonçait ainsi, très tranquillement, qu’elle serait allemande dès que nécessaire… Comme on le sait, par ailleurs, après la déclaration de guerre franco-britannique du 3 septembre 1939 à l’Allemagne, mais avant l’attaque allemande de mai 1940, la ligne Maginot aura été substantiellement vidée, autant de ses armements que de ses soldats…

Mais revenons à 1938…

De même que l’Anschluss de l’Autriche (12 mars 1938) n’avait fait que renforcer très fortement l’Allemagne tout en dynamisant au possible Adolf Hitler, il n’y avait décidément rien à pressentir de bon du côté des activités allemandes à destination de la Tchécoslovaquie à propos de laquelle on paraissait, dans un premier temps, vouloir n’utiliser que des critères ethniques en se limitant à n’en détacher que les zones occupées majoritairement par les Sudètes (populations réputées d’origine allemande)…

Ainsi pouvait-on lire ceci dans le Bulletin quotidien de presse étrangère (ministère français des Affaires étrangères) en date du 22 septembre 1938 :
« Dans sa correspondance de Budapest, le Daily Mail annonce en manchette qu’à la suite des entretiens du 20 à Berlin, le Führer a donné son appui total aux revendications hongroises à l’égard de la Tchécoslovaquie et qu’il en informera M.
Chamberlain dans l’entrevue du 22. Tous les autres journaux soulignent d’ailleurs l’importance des pourparlers qui semblent s’être déroulés le 19 entre le gouvernement allemand, les dirigeants hongrois et l’ambassadeur de Pologne dans la capitale du Reich. » (Bulletin du 22 septembre 1938, page 1, colonne 3)

Il n’y aurait donc pas que l’Allemagne… La Hongrie et la Pologne, agissant elles aussi selon des critères ethniques, réclamaient déjà leur part du gâteau… Était-ce là tout ?…

À travers le Bulletin du 23 septembre 1938, un autre journal britannique en rajoutait une couche :
« Le Daily Telegraph écrit dans son éditorial : « Ou bien les signes sont trompeurs, ou bien le règlement de la question de Tchécoslovaquie réserve encore bien des difficultés. Il semble que l’Allemagne a maintenant l’intention non seulement de détacher de la République les régions où les Polonais et Hongrois sont en majorité, mais d’effacer purement et simplement la Tchécoslovaquie de la carte du monde.» » (Bulletin du 23 septembre 1938, page 1, colonne 2)

Et pour aller où, ensuite ?… Insistons-y : depuis 1924 – c’est-à-dire très vite après qu’Eugène Schneider eût créé l’Union Européenne Industrielle et Financière (U.E.I.F.) dont le plus beau bijou était la firme tchécoslovaque Skoda alors spécialisée dans… l’armement – la France était liée par un traité… dont manifestement la Grande-Bretagne, elle, n’avait rien à faire, tout en se présentant comme son alliée indéfectible.

C’est bien ce que rapporte le Bulletin du même jour, en reprenant un troisième article d’origine britannique. Il émane du journaliste Vernon Bartlett, venu à Godesberg, en Allemagne, où le Premier ministre Chamberlain s’apprêtait à rencontrer le Chancelier Hitler, et adressé au News Chronicle :
« En vérité, on a l’impression que les Anglais sont maintenant considérés comme des alliés. J’ai eu l’occasion de parler avec des personnalités du parti nazi, en étroits rapports avec le Führer. Aucune d’elles, pour autant qu’il m’a été possible de le voir, ne croit une minute que l’attitude de la Grande-Bretagne changerait radicalement au cas où les Allemands envahiraient la Tchécoslovaquie.  »  (Idem, page 1, colonne 2 et 3)

Le numéro du lendemain nous apprend que, non seulement de gros morceaux vont être arrachés à la Tchécoslovaquie à partir de son pourtour, mais que c’est également son cœur qui est concerné par cette chirurgie infernale :
« L’envoyé spécial du Daily Telegraph à Godesberg fait prévoir de grosses difficultés résultant de l’appétit et de l’intransigeance germaniques. Sur la question des garanties en particulier, il annonce que les divergences de vues sont profondes car M.
Hitler viserait à provoquer la sécession de la Slovaquie, et la destruction totale de l’indépendance tchèque. Le chancelier exigerait que l’ensemble du problème fût résolu sur cette base dans un délai de huit jours, en se faisant le champion des revendications polonaises et hongroises. » (Bulletin du 24 septembre, page 1, colonne 3)

Petite note en passant… Elle concerne les lendemains immédiats de l’implosion de l’Union soviétique :
« Un vote au Parlement fédéral prévoit la dissolution de la République fédérative tchèque et slovaque pour le 31 décembre 1992 et la création de deux États séparés : la Slovaquie, dont la capitale est Bratislava, et la République tchèque, dont la capitale est Prague. » (lien)

Reprenons en main le Bulletin quotidien de presse étrangère du 24 septembre 1938 :
« L’envoyé spécial du Daily Express à Godesberg ne cache d’ailleurs point que M.
Hitler vise à l’autonomie de la Slovaquie et à celle de toutes les autres minorités et qu’il subordonnera sa garantie à la réalisation de cette demande.
« 
Hitler réclamerait aussi la réduction immédiate de l’armée thèque, le contrôle des usines Skoda, et l’interdiction pour celles-ci de vendre des armes aux nations hostiles à l’Allemagne.» (Idem, page 2, colonne 1)

???

Michel J. Cuny

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