Ces miettes qui tombent parfois sur les populations travailleuses des PECO et d’ailleurs : les spillovers…

À partir du moment où les entreprises tchèques les plus importantes – et Skoda tout spécialement – sont tombées dans les griffes des firmes multinationales  – allemandes, notamment -, il est clair que, du point de vue du rang à tenir, éventuellement, sur la scène internationale et du point de vue de la propriété privée des moyens de production restés à la disposition des Tchèques eux-mêmes, il devient pressant de se soucier de ce que Naouel Rasouri-Kouider nous indique ici :
« La question de la sous-traitance est une question importante pour la République tchèque, puisqu’elle représente une manière de s’industrialiser et de s’intégrer dans le paysage industriel international. C’est une manière pour ce petit pays d’être un acteur dans la mondialisation. » (Idem, page 77)

Mais comment mettre la sous-traitance tchèque à la page… du commerce international… sans avoir ses propres firmes multinationales comme têtes de pont ? et sans se faire dépouiller des richesses produites en République tchèque sitôt qu’un franchissement de frontière doit se faire sans être placé sous une aile protectrice, allemande ou européenne ?…

Sans compter, ceci que souligne Naouel Rasouri-Kouider :
« Le problème des économies en développement et en transition relève de l’incertitude liée à la qualité du bien ou service offert par le sous-traitant et à la rapidité de la livraison. » (Idem, page 78)

Il paraît que l’affaire est très compliquée, du point de vue même des économistes dont la thèse de doctorat que nous suivons pas à pas nous montre l’embarras dans lequel cette question les plonge :
« 
Hoekman et Javorcik (2006) suggèrent que les FMN vont plutôt s’approvisionner en biens intermédiaires à l’étranger et non pas en République tchèque. Dans tous les cas, les entreprises tchèques vont avoir des difficultés à concurrencer les FMN, car les sous-traitants sont eux-mêmes mondialisés dans de nombreux secteurs. » (Idem, page 78)

C’est-à-dire qu’ils doivent répondre aux critères internationaux… ce qui n’est évidemment pas donné à n’importe qui… Il y a des niveaux de qualification de la main-d’œuvre et de l’ensemble de l’outil de production, de commercialisation, etc…

Autre avis, tout aussi désespérant…
« 
Rugraff (2008) confirme ces analyses et montre que dans le secteur automobile, les firmes tchèques n’ont pas réussi à concurrencer les firmes étrangères : le marché de la sous-traitance demeure dual avec d’une part des sous-traitants à capitaux étrangers spécialisés dans des composants innovants et à forte valeur ajoutée et d’autre part des sous-traitants tchèques spécialisés dans des composants à faible valeur ajoutée peu onéreux. » (Idem, pages 78-79)

On devine qu’au-delà, c’est la main-d’œuvre locale, embarquée derrière ces chevaux plus ou moins déficients, qui peine à gagner correctement sa vie… Nous en reparlerons… Ne pourrait-elle pas tenter de s’améliorer et tendre à se rendre maîtresse d’instruments de travail un peu plus sophistiqués ? C’est ce que pensent deux autres économistes cités également par Naouel Rasouri-Kouider : MM Deardorff et Djankov
« Les auteurs trouvent une corrélation positive entre transfert de connaissances à travers la formation du personnel et la sous-traitance. Cette dernière, si elle se développe dans le cadre de relations (pas uniquement formelles) entre entreprises locales tchèques et firmes étrangères, est également associée à une réduction des coûts et à la réalisation de plus-values sur le marché des capitaux. Le développement de la sous-traitance locale dans un secteur donné permet d’accroître les collaborations entre entreprises locales et firmes étrangères. » (Idem, page 78) 

Et voilà qu’une nouvelle fois, tout bascule dans le sens des intérêts des firmes multinationales !… En sens inverse, nous pouvons constater que la main-d’œuvre locale peut se trouver divisée d’avec elle-même à travers les nécessités de qualification professionnelle qui permettent aux capitaux étrangers d’aller ensuite se faire valoir sur la scène internationale. Lisons Naouel Rasouri-Kouider :
« Un des canaux de transfert de technologie d’entreprises étrangères vers des sous-traitants locaux est celui de la mobilité de la main-d’œuvre. Les salariés formés aux technologies étrangères plus avancées vont amener les savoirs acquis avec eux lorsqu’ils se déplacent vers des firmes locales. Toutefois, bien souvent les salariés formés, ayant un salaire plus élevé que le salaire du marché, vont préférer rester dans l’entreprise étrangère et n’ont pas intérêt à la quitter. » (page 79)

Chacun chez soi, et la volaille sera bien gardée !… Cependant, ne se pourrait-il pas que, par mégarde, certaines firmes multinationales (FMN) échappent un peu de leur savoir-faire dans les pays dominés, leur permettant ainsi de se refaire un peu du côté des technologies à la mode ?… Nous pourrions couvrir ce phénomène d’un terme qui paraît amuser beaucoup les économistes occidentaux, et que Naouel Rasouri-Kouider nous livre tel quel :
« Dans le cas de transferts réels, nous parlons de spillovers. »  (page 87)

D’où vient qu’il puisse y avoir des spillovers, c’est-à-dire des morceaux de technologie ou de savoir-faire qui se perdent plus ou moins dans la nature ?… C’est qu’il y a des fuites qui peuvent se décrire de la façon suivante :
« D’une façon générale, des spillovers ont lieu quand la FMN ne peut pas extraire la rente totale ou internaliser les effets bénéfiques de sa présence dans le pays d’accueil
(Blomström et Kokko, 1998). » (Idem, page 87)

Elle fait alors, contre mauvaise fortune, bon cœur… le résultat étant que les bénéficiaires locaux de la fuite locale vont condamner leurs concurrents locaux, qui n’y auront pas accès, à fermer boutique…
« La conséquence peut être radicale, puisque les firmes locales peuvent être exclues de leur propre marché national. » (Idem, page 87)

Ainsi peut-il être « salutaire » pour le pays d’accueil de tenter – pour ne pas tout perdre des améliorations techniques – d’aller décrocher la timbale du spillover en mobilisant sa main-d’œuvre et plus particulièrement la partie « chanceuse » de celle-ci autour des différents pompons qu’on leur tend… Dans un langage plus technique, voici ce que cela donne :
« Si le pays hôte mène une politique d’amélioration et de qualification de la main-d’œuvre locale, il peut bénéficier de spillovers émanant des IDE. Il doit disposer d’un stock de capital humain suffisant et assez qualifié pour assimiler de nouvelles technologies transmises par les IDE. » (Idem, page 88)

Cependant, de façon générale, pour les FMN, le spillover reste un échec : il est directement en opposition avec ce qui peut leur permettre de croître et d’embellir à vitesse accélérée, et ceci, dans le monde entier. Reprenons ce problème des spillovers ainsi que Naouel Rasouri-Kouider le formule avec une grande pertinence :
« […] leur existence provient du fait qu’une firme qui s’internationalise et choisit une certaine localisation possède un avantage monopolistique par rapport aux entreprises locales. Elles possèdent un savoir-faire, une technologie, des connaissances, un accès au marché supérieur aux entreprises locales. Cet avantage permet aux firmes étrangères de compenser leur « désavantage » par rapport aux firmes locales qui connaissent mieux l’environnement institutionnel local. » (Idem, pages 89-90)

Ces firmes locales le connaissent mieux parce qu’il est le leur, et qu’il dépend encore et toujours d’une organisation étatique qui dispose, dans les PECO, d’un passé qui n’est pas vraiment accordé avec les systèmes d’exploitation de l’être humain par l’être humain… qui font le sel de l’impérialisme occidental… En voilà deux, d’ailleurs, qui n’hésitent pas à le dire :
« Selon
Rugraff et Hansen (2011), une FMN est fortement incitée à sécuriser ses connaissances et son savoir-faire car son avantage concurrentiel est directement lié à ses capacités à limiter leur diffusion aux concurrents locaux. » (Idem, page 90)

À défaut de quoi, il y a des spillovers dans l’air… D’où il n’y a plus qu’à conclure que…
« Ces derniers ont donc lieu quand les FMN ne sont pas capables d’extraire toute la valeur émanant d’un accroissement de la productivité. » (Idem, page 90)

Un accroissement de productivité qui ne fait que qualifier le niveau d’exploitation de la main-d’œuvre locale ainsi tenue – autant que faire se peut – au minimum d’elle-même, sauf ces quelques spillovers qui tombent parfois… du ciel des FMN…

Michel J. Cuny

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