Grâce à l’Union européenne, les grands capitaux internationaux (allemands surtout) se sont aussitôt saisis des meilleurs morceaux de l’économie tchèque…

La thèse de doctorat de Naouel Rasouri-Kouider (lien) nous a appris que, dans les PECO, et plus particulièrement en République tchèque, la privatisation avait pu se réaliser de deux façons :
– sous une forme « populaire », par le biais de la mise en circulation de coupons gagés sur la valeur « marchande » des entreprises (plutôt petites ou très petites) ;
– sous une forme ouverte aux capitaux liés, d’une façon ou d’une autre, à la finance étrangère et même internationale : les investissements directs étrangers (IDE).

Dans le cas de la République tchèque, écrit-elle…
« Le pays a choisi en premier lieu de procéder à une privatisation par coupons, mais elle a aussi fait appel aux IDE pour privatiser certaines entreprises dans des secteurs-clés, comme le secteur automobile. » (Idem, pages 41-42)

En République tchèque, il n’y avait rien de mieux que l’industrie automobile, dûment représentée par la firme Skoda… Or, derrière les IDE, il y a habituellement de très gros poissons : les firmes multinationales (FMN), qui viennent là avec un appétit tout particulier… Nous allons bientôt comprendre pourquoi.

Voici la suite des explications fournies par Naouel Rasouri-Kouider :
« L’un des avantages à faire appel aux IDE et particulièrement aux FMN, est qu’ils induisent des transferts technologiques, de savoir-faire et de connaissances […]. » (Idem, page 43)

Ne serait-ce pas nécessairement un bénéfice pour la population tchèque elle-même ?… Peut-être pas autant que nous aimerions pouvoir le croire… Voyons cela :
« […] la présence de FMN a permis dans certains secteurs, comme le secteur automobile, une gestion plus efficiente des entreprises et des transferts de savoir-faire, de méthodes plus efficaces de gestion et de management. Les FMN ont donc permis à certaines firmes de s’adapter et de pénétrer les marchés internationaux. » (Idem, pages 43-44)

Les marchés internationaux… Voilà donc autre chose que le marché tchèque, et que les intérêts culturels et professionnels de la main-d’œuvre tchèque…

Avant même que la Tchécoslovaquie ne se rompe en deux parties (République tchèque et Slovaquie), ses équilibres économiques généraux étaient-ils si mauvais ? Se référant aux analyses produites en 1991 par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qu’on ne peut soupçonner d’entretenir une sympathie particulière à l’égard du « système soviétique), Naouel Rasouri-Kouider écrit :
« […] l’inflation était d’environ 2% entre 1980 et 1989, ce grâce aux prix administrés ; en 1989 l’excédent monétaire était faible, la dette en devises était de 15% du PIB et la dette nette (la différence entre les engagements financiers et l’ensemble des actifs financiers, comme des actions, et physique comme des terrains) n’était que de 1% du PIB. Le budget de l’État était donc quasiment à l’équilibre en 1989. » (Idem, page 46)

Deux ans plus tard, Skoda avait déjà glissé dans l’escarcelle de l’Allemande Volkswagen… Bonne « transition » pour l’économie allemande sans doute…, tandis qu’avec une certaine naïveté, et même avec un certain flegme, Naouel Rasouri-Kouider croit pouvoir affirmer, de façon plus générale et à propos de l’ensemble de l’économie tchèque :
« Globalement, sa transition est […] une réussite. Son accession à l’UE en 2004 en est la preuve, même si au moment de son adhésion, le pays connaissait encore un taux de chômage élevé et des prix élevés dans la santé par exemple (le but étant de diminuer le déficit budgétaire de cet État). » (Idem, page 48)

Et une fois encore, c’est la santé qui trinque !…

Avant de revenir sur ce « très gros morceau » que constitue la firme Skoda au regard de l’économie tchèque depuis les débuts du XXe siècle – et au regard des enjeux de l’impérialisme mondial dont on a vu les jolis résultats qu’il a eus en particulier à travers la guerre de 1914-1918 -, voyons ce qui se sera passé en République tchèque du côté des fruits recueillis par l’ « épargne populaire » à l’occasion de la grande transition vers les fastes de l’économie capitaliste… sous obédience allemande… une fois que l’Allemagne (Volkswagen) aura su recueillir le plus gros morceau de l’héritage tchèque pour en projeter les résultats dans le monde entier…
« D’après
Myant (2007), ces petites entreprises sont surtout actives dans les secteurs du commerce, de la restauration et des services. L’auteur montre qu’au début de la transition, les investisseurs tchèques sont essentiellement à la recherche d’opportunités, dont le but est la réalisation de profits. Les investisseurs tchèques vont donc investir dans des activités jugées les plus profitables à court terme. Ils ne chercheront pas, cependant, à provoquer un effet positif sur le processus de production et améliorer ainsi le PIB. » (Idem, pages 51-52)

C’est que l’économie « libérale » laisse à penser qu’il faut seulement essayer de gratter ce qu’on peut, comme on peut… Alors qu’il s’agit de se donner les moyens d’exploiter « réellement » son prochain… Affaire qui demande de fortes traditions de domination et une conduite très avisée des foules…

Il n’est pas certain que celles-ci se soient trouvées dans la situation de se laisser faire facilement, et la trace paraît s’en trouver dans la réalité de ce qui se sera produit du côté de la privatisation, c’est-à-dire de la bataille de chiffonniers qu’il faut se livrer pour faire que les uns dépouillent les autres de leur contrôle sur les instruments de production… et en fassent de vrais… prolétaires.

Cela a nécessairement été perçu par ces économistes que cite Naouel Rasouri-Kouider :
« 
Brada et al. (1997) montrent que dans les années 1990, la taille du secteur privé dans les PECO est surévaluée. En effet, à cette époque le secteur privé comprend aussi bien les entreprises effectivement privées (suite aux différents programmes de privatisation), que les entreprises publiques détenues en partie ou entièrement par l’État mais requalifiées en sociétés. » (Idem, page 58)

C’est que l’ancien « État soviétique » ne pouvait pas perdre la mémoire aussi vite, pas plus que, parmi ses anciens maîtres, le prolétariat plus particulièrement ouvrier et ses alliés…

Ainsi sont-ce les capitaux étrangers qui ont dû venir faire le gros travail de déstructuration de l’ancienne société tchèque d’obédience soviétique… Et notamment…
« C’est le cas du secteur automobile tchèque, avec le rachat de Skoda par l’Allemand Volkswagen. » (Idem, page 58)

Mais n’en faisons pas une fixation, et considérons le panel étranger que nous découvre la thèse de doctorat de Naouel Rasouri-Kouider :
« D’après l’OCDE (2008), la sous-traitance existe sous la forme de petites et moyennes entreprises en République tchèque et fait partie intégrante de la chaîne d’approvisionnement des grandes FMN, que ce soit dans la production ou dans l’assemblage. Ces sous-traitants travaillent avec Bosch, Panasonic, Siemens ou encore Toshiba par exemple, et sont très importants dans le paysage industriel tchèque. Précisons toutefois que de nombreux sous-traitants sont eux-mêmes des filiales de grandes FMN sous contrat avec d’autres FMN. » (page 76)

La petite République tchèque est donc tombée dans de très grosses mains… qui auront de quoi la modeler à la convenance de la finance internationale… et cela aura commencé très brillamment ici…
« Lorsque l’entreprise Skoda a été reprise par Volkswagen, les sous-traitants ont dû s’adapter aux besoins des nouveaux propriétaires. Ces sous-traitants ont donc été contraints d’exporter progressivement autant pour Volkswagen, que pour d’autres constructeurs automobiles étrangers. Ces derniers ont profité des faibles coûts de la main-d’œuvre et d’une localisation géographique favorable, en tout cas pour les fabricants européens. » (Idem, pages 76-77)

Veut-on mesurer les résultats atteints par les gros poissons internationaux (et par Volkswagen tout spécialement) dès le moment où la République tchèque a été admise à entrer, en 2004, dans la gueule béante de l’Union européenne ? Tournons-nous une nouvelle fois vers Naouel Rasouri-Kouider :
« D’après
Srholec (2004), 90% de la production automobile tchèque provient de firmes étrangères qui ont investi dans le pays. Sans cette présence étrangère, la République tchèque aurait eu du mal à concurrencer les firmes étrangères dans le domaine de l’innovation. Les étrangers ont donc permis aux Tchèques d’accéder à la R&D, mais aussi de pénétrer des marchés internationaux difficilement accessibles sans eux (Pavlinek, 2008). » (Idem, page 77)

Pas sûr que les « Tchèques » s’en soient bien rendus compte…

Michel J. Cuny

L’article suivant est ici.

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