Dans quelles conditions Joseph Staline a-t-il tenté de remédier à la remilitarisation de l’Allemagne très vite après la fin de la Seconde Guerre mondiale ?

Sitôt que le « top-là » de Mikhaïl Gorbatchev à Helmut Kohl eut été entériné officiellement, et tandis que le premier d’entre eux était encore à un peu plus d’un an du moment où l’Histoire n’aurait décidément plus besoin de lui (il quittera le pouvoir plus ou moins ignominieusement le 25 décembre 1991, pour laisser place à pire que lui – Boris Eltsine – pour le peuple de Russie), se produisit cet événement que Julie Lécuyer nous rapporte dans une note de son mémoire évoquant le…
« Traité de paix entre les deux États allemands et les quatre puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale, signé à Moscou le 12 septembre 1990. Aussi appelé « traité portant règlement définitif concernant l’Allemagne », l’Allemagne réunifiée reçut de par ce traité sa pleine souveraineté, non sans compter certaines conditions : reconnaissance des frontières existantes dont la ligne Oder-Neisse avec la Pologne, le respect des traités bilatéraux avec la Pologne et la Russie, son statut militaire comprenant un plafonnement des effectifs de l’armée allemande et un renoncement définitif aux armes atomiques, biologiques et chimiques. » (
Julie Lécuyer, op. cit., note du bas de la page 22)

Cette note venait expliciter un terme inscrit en tête d’une phrase du texte lui-même :
« Le traité « 2 + 4 », en restituant les pleins droits de souveraineté à l’Allemagne, fournissait par le fait même à cette dernière, le droit de choisir les organisations internationales dont elle voulait faire partie. » (Idem, page 22)

Julie Lécuyer se fait alors l’écho de ceci, qu’en conséquence, un…
« grand nombre de dirigeants européens craignaient la perspective du spectre d’un retour à la grande Allemagne. Le déplacement du centre de l’UE et de sa zone d’influence pourrait laisser place à une domination allemande sur la région orientale de l’Europe ». (Idem, page 23)

Y aura-t-il eu une vraie peur devant la possibilité de voir l’Allemagne faire cavalier seul sur la scène internationale rien qu’au titre de ses décisions monétaires ? De fait, ce cavalier seul se sera très vite manifesté…
« La politique anti-inflationniste allemande auto-absorbée, déconcerta les économies de l’Europe les positionnant dans une agitation financière et ruina les perspectives immédiates pour une UEM [Union économique et monétaire] réussie et équitable. » (Idem, page 23)

Et ceci nous vaut une nouvelle note de Julie Lécuyer :
« Cette politique de hausse unilatérale des taux d’intérêts de l’Allemagne eut pour conséquence majeure de lancer quelques nations dans une récession et encore aujourd’hui. Les banquiers allemands nient toutes responsabilités à ce sujet. »  (Idem, note du bas de la page 23)

Mais ce n’était pas tout…
« De plus, ayant jusque-là poursuivi une politique étrangère appuyée sur des pratiques de concertations quant à la construction européenne, l’initiative personnelle de l’Allemagne de reconnaître la Croatie et la Slovénie le 23 décembre 1991, a été perçue comme un manque de solidarité vis-à-vis de ses partenaires. » (Idem, pages 23-24)

La note attendue y est immédiatement :
« Les États membres ayant acquis une sorte de « réflexe européen » qui les conduit habituellement à une convergence de leurs objectifs en matière de politique étrangère, cette décision unilatérale de reconnaissance prise à la hâte par un consensus bipartisan entre le gouvernement (CDU/CSU/FDP) et l’opposition (SPD et les Verts), met sous pression en quelque sorte la Commission européenne à reconnaître ces deux États, le 15 janvier 1992, situés sous son ancienne zone d’influence. » (Idem, note du bas de la page 24)

Mais cette même note peut nous emmener un peu plus loin encore :
« En fait, le point qui déplaisait de cette reconnaissance unilatérale, était que les pays de l’UE voulant progressivement une politique étrangère commune, avaient décidé le 16 décembre 1991 d’une part, d’organiser un mécanisme de reconnaissance collectif et d’autre part, de ne reconnaître les États accédant à l’indépendance et à la souveraineté qu’en vertu du principe d’autodétermination. L’application de ces principes s’est avérée délicate puisque l’Allemagne agissant non seulement de façon individuelle, n’avait pas au préalable vérifié la condition d’autodétermination. » (Idem, page 24)

C’est avec en tête cette curieuse façon qu’aura eue l’Allemagne réunifiée sous la bannière de l’ancienne République fédérale (RFA), de négliger en 1992 la « condition d’autodétermination » édictée en 1991 par ses pays partenaires de l’UE à propos, plus particulièrement, de la Croatie et de la Slovénie, que nous allons considérer les développements diplomatiques qui ont accompagné le passage du début des années cinquante au temps de cette même réunification.

Pour cela, nous nous référons à l’article publié dans le numéro 56-1 de Politique étrangère (année 1991) par Walter Schütze sous le titre : De la « note Staline » à la conférence « 2 + 4 ». La réunification en perspective. (lien)

Nous pouvons repartir de la date d’entrée en vigueur de la constitution de la République démocratique allemande (RDA) le 7 octobre 1949… Et nous cédons la parole à l’auteur de l’article :
« En accord et avec le soutien des trois puissances occidentales, qui maintenaient sous une forme allégée le statut d’occupation, le gouvernement [de RFA, né lui-même de la Loi fondamentale du 8 mai 1949], sa coalition du centre droit mais également l’opposition sociale-démocrate refusèrent catégoriquement de reconnaître la RDA, dénoncée comme une simple émanation des occupants soviétiques. » (
Walter Schütze, op. cit., page 23)

Mieux encore…
« La doctrine officielle, maintes fois réaffirmée par le Bundestag, énonçait, en se fondant sur les accords quadripartites de 1945, la continuité du Reich allemand, dont le seul dépositaire démocratique, la République fédérale, était légitimé à parler au nom de tous les Allemands. » (Idem, page 23)

Ainsi la République démocratique allemande n’était… rien. Sans qu’il fût nécessaire de tenir aucun compte du gouvernement qui la représentait…
« Le 22 mars 1950, le gouvernement fédéral proposa de rétablir l’unité étatique grâce à la tenue d’élections libres pour une assemblée constituante panallemande, contrôlées par les Nations Unies et les quatre puissances. » (Idem, page 23)  

Attitude fort cavalière qui exigeait qu’on y répondît en n’admettant pas l’éviction de la RDA en tant que pays doté d’une constitution et d’un gouvernement de plein exercice… Voici alors la suite du propos de Walter Schütze qu’on ne peut, par ailleurs, pas soupçonner de vouer une sympathie particulière à l’Allemagne de l’Est :
« L’Union soviétique, par contre, fit adopter, par les ministres des Affaires étrangères des pays de ce que l’on appelait alors le bloc de l’Est, une proposition visant à constituer un gouvernement central panallemand, où les deux États seraient représentés à part égale et qui serait habilité à conclure un traité de paix. » (Idem, page 23)  

Cependant, l’intégration de la République fédérale d’Allemagne au bloc industriel et militaire de l’Europe sous domination états-unienne se réalisait peu à peu, ne laissant plus aucune possibilité à une Allemagne éventuellement réunifiée d’y échapper elle-même en aucune façon… Voici ce qu’écrit Walter Schütze :
« Entre-temps, le gouvernement de Bonn [RFA] avait entamé des négociations avec la France, l’Italie et les pays du Benelux sur la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) sur la base du plan
Schuman et des pourparlers avaient débuté sur l’intégration des forces armées des six pays dans une Communauté européenne de défense (CED). » (Idem, page 24)

Ceci passait par quelque chose qui annonçait le pire… six ans à peine après la fin de la Seconde Guerre mondiale et la mort d’Adolf Hitler :
« Le débat sur le réarmement, plus précisément la participation de la RFA à l’armée européenne, à laquelle la social-démocratie s’opposa en cherchant à mobiliser l’opinion publique, devait cependant amener le Kremlin à modifier sa position. » (Idem, page 24)

Et nous reconnaissons ici un argument qui a connu, depuis, une autre actualité du côté des PECO et au-delà :
« Pour les dirigeants soviétiques, la pire des solutions était l’adhésion de Bonn, par le biais de la CED, au système militaire de l’OTAN qui s’étendait alors jusqu’à la frontière de leur glacis est-européen. » (Idem, page 24)

De quelle nature la nouvelle proposition de Joseph Staline allait-elle donc être ?  

Michel J. Cuny

L’article suivant est ici.

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