Sous le masque de l’Union européenne, et armée de l’« économie sociale de marché », voici l’Allemagne partie à la conquête de l’Est européen

Nous atteignons maintenant la troisième rubrique du Décalogue proposé par la Fondation Konrad Adenauer :
« L’économie sociale de marché, c’est un système monétaire stable et une stabilité des prix. » (
Siegfried F. Franke – David Gregosz, op. cit., page 33)

L’illustration correspondante est celle-ci, et l’inscription qui y figure peut être traduite de la façon suivante : « Beurre de marque allemande – 250 g »… 

L’interprétation de l’ensemble est laissée au choix de qui voudra se risquer à la fournir…

Quant à la formule du « système monétaire stable » et de la « stabilité des prix », les auteurs nous disent y tenir, au nom de l’économie sociale de marché… « parce que les principes énumérés ci-dessus relatifs à la propriété privée des moyens de production et à la concurrence encadrée par des règles ne peuvent déployer leurs effets positifs sur la société et l’économie qu’à condition de s’appuyer sur un système monétaire stable assurant la stabilité des prix. » (Idem, page 33)

Ajoutons à cela que l’insistance du précédent tableau sur la remarquable stabilité des salaires en Allemagne nous porte à ajouter que, si cette stabilité exemplaire doit pouvoir être mesurée correctement sur la longue durée – pour bien comprendre si la « politique sociale » ne connaît aucun débordement -, il vaut mieux s’être doté d’un étalon de mesure stable…

Admettons que cette stabilité n’y soit plus… Aussitôt, ces messieurs dégainent l’exemple qui tue :
« Une des caractéristiques des États qui, après la Seconde Guerre mondiale, ont fait partie du bloc communiste, a été la suppression de la fonction signal des prix du marché par l’introduction des prix dictés par l’économie planifiée. » (Idem, page 34)

Aussitôt que cette terrible erreur fut renvoyée dans les oubliettes par l’implosion de l’U.R.S.S., tout se mit décidément à aller beaucoup mieux dans les environs. En effet…
« Qu’une telle approche produise des incitations erronées et néglige les investissements nécessaires se voit au niveau des besoins infrastructurels des États qui ont su se débarrasser, vers 1990, du joug de la dictature et de l’économie planifiée et qui ont adhéré entre 2004 et 2007 à l’Union européenne. »(Idem, page 34)

Voici ce que sont ces pays. Pour 2004, ils étaient dix : Pologne, République tchèque, Hongrie, Slovaquie, Slovénie, Lettonie, Lituanie, Estonie, Malte et Chypre. En 2007, ils ont été rejoints par la Roumanie et la Bulgarie…

En juillet 2007, justement, un mémoire de maîtrise en science politique était présenté à l’Université du Québec (Montréal) par Julie Lécuyer sous le titre : L’influence de l’Allemagne dans l’intégration des pays d’Europe centrale et orientale au sein de l’Union européenne. (lien)

Certainement, il ne pouvait pas y être question des deux derniers pays ralliés seulement cette année-là à l’UE, mais pour la totalité des autres, nous voyons qu’ils constituent effectivement la liste retenue… Julie Lécuyer écrit dans une note de bas de page :
« Nous inclurons les dix nouveaux pays entrants : Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, République tchèque, Slovaquie et Slovénie, sous l’abréviation PECO (Pays d’Europe centrale et orientale). » (note du bas de la page 4 du document papier)

Pour éclairer l’appétence très forte que les auteurs de la Fondation Konrad Adenauer manifestent à l’égard du rétablissement « infrastructurel » des PECO, nous allons tout d’abord regarder ce que nous dit le résumé établi par Julie Lécuyer de l’ensemble de ce travail dont le caractère universitaire ne peut manquer de susciter notre sympathie, tout en sollicitant notre plus grande attention…

Cela commence ainsi :
« Depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à sa réunification en 1990, l’Allemagne a exercé une politique étrangère de retenue, dû à son passé belliqueux et n’a pas eu d’autres choix que d’agir dans le cadre du multilatéralisme européen. Or, la chute du Mur de Berlin en 1989 et du communisme en 1991 permettent la réunification de l’Allemagne, synonyme de redéfinition de la sphère d’influence de l’Allemagne au sein de l’Europe, et modifient de ce fait l’équilibre géopolitique de l’Union européenne (UE). » (page 0 du document papier)

Déjà, nous sentons que nous allons devoir reprendre notre souffle pour mieux maîtriser peut-être une certaine inquiétude… Passons maintenant à la suite immédiate :
« L’Allemagne se retrouve confrontée aux confins de ses frontières orientales, à des pays qui viennent de recouvrer leur indépendance et qui représentent une menace pour la stabilité du pays, tant sur le plan économique, sécuritaire que politique. » (page 0 du document papier)

Mais, dorénavant, elle dispose d’un bouclier, pour ne pas dire d’un… masque. C’est bien ce qui ressort des propos pourtant très mesurés de Julie Lécuyer :
« Afin de résoudre cette équation, l’Allemagne exprime la nécessité de diffuser de la stabilité vers ses voisins, les pays d’Europe centrale et orientale (PECO), pour assurer sa sécurité et le meilleur moyen d’y parvenir, est l’intégration de ces derniers au sein de l’UE. » (page 0 du document papier)

Pensons alors à la réunification qui venait tout juste de permettre à l’ancienne République fédérale allemande de se rendre assez rapidement maîtresse de l’ex-RDA (République démocratique allemande)…
« L’Allemagne en se servant de son expérience de réunification avec un pays au passé communiste, va diffuser son modèle de développement économique et démocratique aux PECO afin qu’ils puissent atteindre l’objectif d’adhésion à l’UE qui se confirmera finalement le 1er mai 2004. »  (page 0 du document papier)

Il paraît que la stratégie développée par l’Allemagne pour atteindre les cibles finalement assez proches de ses frontières qui venaient de se faire embarquer dans l’aventure de devoir se trouver un sort nouveau aura consisté dans le fait de jouer à merveille de leur possible intégration dans l’Union européenne, et pour cela, de faire tous les efforts nécessaires qui, de fait, les jetteraient dans les bras de… l’Allemagne, avant tout. On peut penser que l’ « économie sociale de marché » et l’ « ordolibéralisme » y ont eu leur part… Mais nous nous en remettons tout d’abord à l’analyse de Julie Lécuyer :
« Comme elle n’est pas en mesure de stabiliser seule les PECO sans mettre en péril sa propre intégration à l’Europe, l’Allemagne sera le principal acteur dans la concertation européenne en appuyant et en orientant les débats sur les modalités d’intégration de ces pays. » (Idem, page 5)

Ici, une convergence avec tout ce que nous avons pu voir précédemment à propos de la ligne politique apparemment suivie par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen paraît se manifester…
« L’argument central de notre mémoire réside alors sur le fait, qu’après avoir effectué sa réunification, l’Allemagne va jouer de toute son influence pour favoriser l’implantation dans les PECO, d’un modèle de développement économique et démocratique similaire à celui utilisé envers la RDA. » (Idem, page 6)

À suivre…

Michel J. Cuny

L’article suivant est ici.

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