Les mensonges intéressés de cette « économie sociale de marché » qui se prétend « démocratique, éclairée et libérale »

Finalement, alors que nous sommes à environ soixante-dix années après que l’ « économie sociale de marché » sera devenue la ligne officielle de développement de l’économie allemande, les membres de la Fondation Konrad Adenauer doivent finir par l’admettre – et ceci en caractères bien visibles :
« « La réconciliation entre le capital et le travail » : un objectif non encore réalisé » (Idem, page 12)

Mais, en dehors de cela… qui n’est peut-être pas là par hasard, et qui pourrait conduire à penser que le travail ne se sent pas forcément chez lui dans la belle et bonne société de l’ « économie sociale de marché », celle-ci, selon les auteurs qui nous écrivent cela en lettres capitales, serait :

1. DÉMOCRATIQUE
2. ÉCLAIRÉE ET LIBÉRALE,
3. EFFICACE ET ÉCOLOGIQUE,
4. SOCIALE ET
5. FONDÉE SUR L’ETHIQUE. (Idem, page 12)

Monde véritablement angélique… Même si nous savons, maintenant, que le travail ne s’y trouve pas tout à fait à l’aise. Mais nous allons regarder cela dans le détail… Puisqu’il paraît que, parfois, le diable est, justement, dans les détails…

La première affirmation concerne donc l’aspect « démocratique »…
« L’économie sociale de marché se base, pour l’essentiel, sur une économie concurrentielle qui répond et s’adapte aux demandes et exigences de la société. » (Idem, page 12)

Autrement dit : en « démocratie », les demandes et les exigences des membres de la société s’expriment par la concurrence… qui s’établit un peu partout dans l’économie, et plutôt partout que simplement un peu… Sinon, la « démocratie » ne serait pas complète… Cette concurrence correspondant aux forces de chacune et de chacun, l’égalité dans le champ de la concurrence veut dire que toutes ces forces seront traitées inégalement… Ainsi la concurrence – c’est-à-dire la démocratie – sera dans les mains des plus forts… ou de celles et de ceux qui se donnent les moyens d’être fort(e)s au détriment, justement, de la démocratie… D’où il résulte que l’économie sociale de marché n’est, elle-même, que le moyen donné aux uns de dominer le champ économique dans lequel les autres vont devoir subir les effets d’une concurrence qui ne peut que leur être défavorable… À chacun ses armes : des flèches ou des bazookas. Et voici la suite :
« Pouvoir s’exprimer et agir librement en sa qualité de citoyen (pendant les élections), de producteur (en choisissant l’entreprenariat, une activité professionnelle ou une branche) et de consommateur (en demandant ou en achetant tel ou tel produit ou service) constitue l’élément central d’un ordre libéral. » (Idem, page 12) 

Ici, le cynisme est directement affiché : on ne peut «  s’exprimer et agir librement en sa qualité de citoyen » que « pendant les élections »… Ce qui est déjà sans doute beaucoup… si nous sommes effectivement en système fasciste… Ce qu’à Dieu ne plaise, évidemment.

D’ailleurs, la concurrence des bulletins de vote est une concurrence comme une autre : elle ne fait pas tache dans le paysage… Et donc… allons-y… mais n’en abusons pas, et refermons bien vite ce marché-là, pour revenir vers l’autre… en choisissant ce qu’il y a en vitrine : « entreprenariat », « activité professionnelle », « branche »… C’est rien que pour jouer « à la concurrence » comme, tout petit, on pouvait jouer « à la marchande »… Après chaque partie, on se redistribue les sous, les diplômes, les costumes, est on y retourne gaiement pour en faire une autre… Plus tard, avec tout l’argent qu’on a gagné, on se précipite vers les vrais magasins… où on peut faire jouer… la « vraie concurrence »… du consommateur-roi.

Malheureusement, il y a tant et tant de travailleuses et de travailleurs qui ne savent pas jouer, qui n’aiment pas jouer, qui refusent de jouer… à un jeu pourtant si facile… qui s’appelle la « concurrence » ou, pour le dire plus justement : la « démocratie »… Pas « concurrents »… Eh bien, pas « démocrates » non plus… C’est parfaitement clair. Qu’ils aillent donc se faire voir ailleurs !

Ainsi aurait-on tort de ne pas nous le mettre dans la figure :
« Tout comme dans la sphère politique, les élections sont l’expression de la démocratie, le marché est l’expression de la démocratie dans la sphère économique. » (Idem, page 12)

Des élections tout aussi égalitaires que ce qui peut s’engager dans la concurrence économique ! Voilà : c’est écrit…

Passons à la deuxième rubrique… Celle qui nous dit que l’ « économie sociale de marché » est « ÉCLAIRÉE ET LIBÉRALE » :
« Le concept est libéral parce qu’il ne rêve pas d’un « homme nouveau » aux vertus surhumaines mais parce qu’il accepte l’homme avec toutes ses imperfections et faiblesses. » (Idem, page 12)

Bien sûr, s’il s’agit d’entrer en concurrence avec un peu tout le monde, il vaut mieux que chacun puisse y venir avec ses éventuelles faiblesses : les forts n’auront aucun reproche à lui faire… tout au contraire… On voit donc que l’ « éclairage » est très intelligemment orienté… et qu’effectivement…
« Il crée un cadre à l’intérieur duquel les individus peuvent – indépendamment de leurs motivations – contribuer à l’accroissement de la prospérité de la société. » (Idem, page 12)

Mais de quelle société ?
« Pour éclaircir davantage cette conception, regardons la différence entre « l’ordre spontané » et « l’ordre hiérarchique » (en tant que principes d’organisation). Le système de l’économie de marché se base sur l’ordre spontané dans le sens que les acteurs économiques – les individus, les ménages, les associations, les fédérations ou les entreprises – ne sont pas soumis à des règles de comportement positives. » (Idem, pages 13-14)

Un jeu, rien qu’un jeu… On y vient avec ses moyens… On respecte des règles qui incorporent quelques siècles de réflexion, de transmission de connaissances diversifiées selon les trajectoires personnelles, familiales, nationales, internationales, etc… selon les aléas de la vie – des pauvres gens, comme des princes, des manchots, des colosses, etc… Ainsi, au milieu de tout cela, chaque individu, chaque ménage, chaque association, chaque fédération, chaque entreprise peuvent aller vérifier en quoi les règles à respecter les font grimper bien haut, ou les font descendre au plus bas, tandis que d’autres se maintiennent à peu près là où l’histoire économique les a mené(e)s…

Et pour ces individus et pour ces groupes humains en concurrence acharnée, rien d’arbitraire, bien sûr, puisque…
« Ils sont juste tenus de respecter les règles générales abstraites qui ne prescrivent rien mais qui interdisent certains comportements. »  (Idem, page14)

De pied ferme, nous pouvons attendre où prétendent nous mener maintenant les trois dernières rubriques, sans doute enchanteresses, de l’économie sociale de marché, vue par la Fondation Konrad Adenauer : « efficace et écologique », « sociale », « fondée sur l’éthique »…

Michel J. Cuny

L’article suivant est ici.

Pour revenir au début de cette série d’articles, c’est ici.


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.