Caroline du Sud… En route vers les ancêtres esclavagistes de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen…

Quittant momentanément Ursula von der Leyen et le début du XXIe siècle, nous allons remonter le temps jusqu’à atteindre, tout d’abord, l’un de ses ancêtres à la sixième génération en ligne directe : Major James Henry Ladson (1753-1812), puis un autre à la neuvième : John Ladson (1665-1698).

Nous retournons sur le lien précédemment indiqué où nous apprenons tout d’abord ceci qui concerne effectivement notre James à nous…
« 
James Ladson est né en 1753 à Charleston, en Caroline du Sud, dans une famille éminente d’origine anglaise. Il était le fils de William Ladson et d’Ann Gibbs. Son arrière-grand-père, John Ladson, a émigré du Northamptonshire en Angleterre vers la Barbade, puis vers la Caroline comme l’un des premiers colons anglais en 1679, où il a construit une grande plantation et a siégé à l’Assemblée générale à partir de 1685. Sa mère [de James] était la fille d’un éminent fonctionnaire colonial, le colonel John Gibbs (1696-1764), et la petite-fille d’un gouverneur colonial, Robert Gibbs. » 

Dans le cas de ce dernier personnage né en 1644 et décédé en 1715, il convient d’ajouter qu’il n’a exercé la fonction en question que durant un court intérim : 1710-1712, mais qu’il s’agissait déjà de la Caroline du Sud… Ainsi, entre la date d’arrivée de John Ladson – arrière-grand-père de notre James dans cette zone de colonisation (1679), puis le passage au gouvernorat du grand-père de la maman de ce même James (1710-1712), et la présence, enfin, de celui-ci au vice-gouvernorat (1792-1794) pour son propre compte, 115 années se seront écoulées dont nous aimerions savoir quel contenu politique elles auront pu avoir pour une famille de ce niveau de responsabilité…

D’autant que la carrière politique de Major James Henry Ladson ne s’arrêterait pas en 1794… Elle ne tarderait pas à s’étoffer de titres que nous indique le lien qui nous a déjà fourni une représentation de son visage :
« Il a été membre de l’Assemblée générale de la Caroline du Sud de 1785 à 1790. […] Il est à nouveau élu à l’Assemblée générale de la Caroline du Sud en 1798, et siège au Sénat de l’État de 1800 à 1804. Il a également travaillé dans diverses fonctions locales, comme celle de commissaire pour la reconstruction du pont sur Ashley en 1792. »

Et voici qui nous fait un peu sursauter, même si nous commencions à nous y attendre un peu :
« Au moment de l’adoption de la Constitution des États-Unis en 1788, il était réputé posséder 1,717 acres d’une valeur de 10,384 $ et 142 esclaves. Selon l’inventaire de ses biens, il possédait 104 esclaves au moment de sa mort. » 

Il n’y a donc pas à s’y tromper : avec ce genre de personnages – propriétaires et responsables politiques -, nous nous rangeons immédiatement dans la tradition coloniale et esclavagiste qui aura accompagné le développement économique de l’Europe… et nous y venons sur les ailes d’Ursula von der Leyen et de toutes les grandes familles qui y ont fondé une part déterminante de leurs richesses et de leur pouvoir, dans leurs pays d’origine parfois, tout aussi bien que sur les territoires conquis qui ont fini par constituer les États-Unis tels que nous les connaissons aujourd’hui…

D’où le grand intérêt que peut présenter pour nous le long article très détaillé paru dans les Cahiers du MIMMOC (Mémoire(s), identité(s), marginalité(s) dans le monde occidental contemporain 19/2018), sous la plume de Lawrence Aje avec ce titre très significatif : Les politiques publiques de peuplement de la Caroline du Sud au prisme de la servitude sous contrat et de l’esclavage, 1670-1776 (lien).

De ce point de vue, tout commence du côté d’un roi d’Angleterre qui ne règne alors que depuis trois ans :
« En 1663,
Charles II fait concession des Carolines, un territoire situé entre la Virginie et la Floride espagnole, à huit seigneurs. Le peuplement du territoire ne débute que dans les années 1670. Pendant les deux premières décennies de la colonie, les colons, qu’ils soient blancs ou de couleur, libres ou asservis, proviennent majoritairement de la Barbade. Peupler ce vaste territoire au climat insalubre, bordé de tribus amérindiennes, parfois hostiles, et menacé, au sud, par les possessions espagnoles catholiques en Floride, et à l’ouest par la présence française, constitue un défi de taille auquel sont confrontés les seigneurs. » (alinéa 2)

Au milieu de ces colons, il y aura donc eu ce… « John Ladson, qui a émigré du Northamptonshire en Angleterre vers la Barbade, puis vers la Caroline comme l’un des premiers colons anglais en 1679 » . Mais, à travers lui, nous prenons place parmi les vainqueurs puisque nous avons également déjà lu qu’il… « a construit une grande plantation et siégé à la Chambre des communes à partir de 1685 ».

Pour établir quel genre de lois, de règlements, etc. ?

Certes, il y a l’esclavage… mais il ne faut pas perdre de vue qu’il se range, lui aussi, dans un système législatif bien plus complexe qu’on ne pourrait tout d’abord le croire… et c’est ce qui le rend « possible », c’est-à-dire réellement profitable pour les maîtres à qui le système politique et économique local remet cette main d’œuvre particulière, mais aussi pour l’ensemble du système de vie qui se développe autour de l’esclavage, tout en organisant une stratification sociale qui procure un équilibre global aux intérêts locaux en évolution permanente dans une histoire plus générale qui est le fait de l’économie mondiale… et des conflits qui s’y déploient…

Or, nous avons vu que, pendant les deux premières décennies de la concession établie par le roi d’Angleterre en 1663 – c’est-à-dire dans un temps qui couvre la date d’arrivée de l’arrière-grand-père de notre James, John Ladson, en Caroline du sud (1679) – les nouveaux venus pouvaient être de conditions très diverses : « blancs ou de couleur, libres ou asservis ». Compte tenu de ce que nous savons de la suite de sa trajectoire, nous pouvons très bien l’imaginer blanc, libre, et doté de quelque menue monnaie…

Mais tout cela n’était encore rien… Il allait lui falloir participer à la mise en place d’un système de vie économique, politique et sociale… qui, pour n’être évidemment pas une « économie sociale de marché », n’en devait pas moins être solide et durable…

Michel J. Cuny

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