La chevauchée fantastique d’Ursula von der Leyen à l’occasion de la session plénière du Parlement européen

C’est donc la personne qui avait été, durant 5 années et 7 mois (du 17 décembre 2013 au 17 juillet 2019), ministre de la Défense de la République fédérale d’Allemagne qu’on aura pu voir caracoler, avec le plus grand plaisir, devant la représentation parlementaire de l’Europe… allemande le 16 septembre 2020.
(Pour utiliser ce dernier qualificatif en toute tranquillité, je me réfère aux éléments que j’ai développés avec le plus grand soin dans : Michel J. Cuny, L’Allemagne victorieuse de la Seconde Guerre mondiale ? Éditions Paroles Vives, 2019, ouvrage électronique.)

Immédiatement, madame von der Leyen a tenu à l’affirmer… Elle est venue là avec un objectif très précis :
« Construire le monde dans lequel nous voulons vivre. »
(Cf. https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/SPEECH_20_1655)

C’est ce « nous » qu’il nous faut impérativement interroger. De qui peut-il s’agir ? De toutes celles et de tous ceux que le Parlement européen est censé représenter ?

Dès l’abord, nous nous heurtons à quelque chose qui n’est certainement pas sans risque… et qui date de 1949. C’est tout simplement ce qu’il est convenu d’appeler : la Loi fondamentale de l’Allemagne fédérale… qu’en notre qualité de citoyenne ou de citoyen n’appartenant pas à l’Allemagne, nous pourrions avoir la tentation de traiter par-dessus la jambe… Ce qui ne peut cependant pas nous empêcher d’y aller voir d’un peu plus près… des fois que l’Europe (allemande) ressentirait le désir de faire taire certaines voix venues d’au-delà même de ses frontières plus strictement allemandes.

Si la Constitution de la République fédérale allemande (RFA) date de 1949, les aspects que je vais en souligner sont bien toujours en vigueur… mais, pour l’instant, rien que sur le territoire allemand… Ils visaient une situation européenne et mondiale très différente de celle que nous avons maintenant sous les yeux. L’Allemagne d’autrefois était coupée en deux, la partie orientale appartenait au bloc communiste, et tout ce qui était communiste était perçu comme extrêmement dangereux, après que, tout de même, les Allemands d’Hitler et leurs alliés aient pu, sans avoir trop à en payer le prix plus tard, détruire vingt-sept millions de personnes qui avaient pour réputation d’être… Soviétiques… Le mal absolu.

Sans doute eût-il été un peu criant, quatre ans après 1945, de trop insister sur la persistance d’un ostracisme visant les éventuelles velléités révolutionnaires de la classe ouvrière allemande, en proclamant tout simplement l’interdiction du parti communiste en RFA…

Bien plus discret, l’alinéa 2 de l’article 2 de la Loi fondamentale de 1949 se contente d’affirmer que…
« Les associations dont les buts ou l’activité sont contraires aux lois pénales, ou qui sont dirigées contre l’ordre constitutionnel ou l’idée d’entente entre les peuples, sont prohibées. »
(Cf.https://www.bundestag.de/blob/189762/f0568757877611b2e434039d29a1a822/loi_fondamentale-data.pdf)

Nous le voyons : il y a, d’un côté, les lois pénales – lois écrites soigneusement rangées dans un Code… Et puis, il y a des activités politiques qui se heurtent à une prohibition qu’on verra s’activer dès que l’ordre constitutionnel s’y trouvera mis en question…

L’Europe elle-même est aujourd’hui rangée dans un ordre constitutionnel. Lorsque la présidente de la Commission européenne s’offre à…. « construire le monde dans lequel nous voulons vivre », poser la question de l’identité de ce « nous », c’est… mettre en cause – et très gravement – l’ordre constitutionnel européen… Encore n’est-ce pas créer une… association… À moins qu’il ne vienne à l’idée de tel ou tel groupe de se mettre à réfléchir au possible jeu de rôle qui se cacherait derrière ce « nous » de si bon aloi… Un de ces fameux « think tanks »…

Autant savoir tout de suite à quoi ces braves gens-là s’exposeraient… en Allemagne, par exemple.

En matière de correspondance, l’alinéa 1 de l’article 10 est, pour sa part, très rassurant :
« Le secret de la correspondance ainsi que le secret de la poste et des télécommunications sont inviolables. »

Mais pas pour tout le monde, puisque, tout juste après lui, l’alinéa 2 le déclare très tranquillement :
« Des restrictions ne peuvent y être apportées qu’en vertu d’une loi. Si la restriction est destinée à défendre l’ordre constitutionnel libéral et démocratique, ou l’existence ou la sécurité de la Fédération ou d’un Land, la loi peut disposer que l’intéressé n’en sera pas informé et que le recours juridictionnel est remplacé par le contrôle d’organes et d’organes auxiliaires désignés par la représentation du peuple. »

Nous voyons que la définition de ce qui ne peut pas être mis en cause dans l’ordre constitutionnel se précise… C’est tout simplement ce qui concerne les fondations existentielles de l’exploitation apaisée de l’être humain par l’être humain : liberté (d’entreprendre) et démocratie (réduite à son expression à travers le suffrage universel)…

Passons à l’article 11 qui s’intéresse tout particulièrement à la « liberté de circulation et d’établissement », autrement dit : à la sacro-sainte liberté d’entreprise… Entreprendre dans le sens d’une volonté d’approfondissement de la démocratie réelle (c’est-à-dire économique tout autant que politique) ne serait décidément pas une bonne chose. L’alinéa 2 s’en charge (je m’en tiens à la partie qui nous intéresse) :
« Ce droit ne peut être limité que par la loi ou en vertu d’une loi et uniquement dans le cas où l’absence de moyens d’exis­tence suffisants imposerait des charges particulières à la collectivité ainsi que dans le cas où cela serait nécessaire pour écarter un danger menaçant l’existence ou l’ordre consti­tu­tionnel libéral et démocratique de la Fédération ou d’un Land […]. » 

Et voici que nous en arrivons à la première phrase de l’article 18… Cette fois-ci nous comprenons qu’il ne ferait peut-être pas bon, dans l’Allemagne d’aujourd’hui, se risquer à poser publiquement la question de qui se tient derrière le petit « nous » de celle qui s’offre à nous comme une femme politique de très grande envergure… Il ne s’agit même plus de s’en prendre à une « association »… Non, non, non… Car, autant le savoir :
« Quiconque abuse de la liberté d’expression des opinions, notamment de la liberté de la presse (article 5, al. 1er), de la liberté de l’enseignement (article 5, al. 3), de la liberté de réunion (article 8), de la liberté d’association (article 9), du secret de la correspondance, de la poste et des télécommunications (article 10), de la propriété (article 14) ou du droit d’asile (article 16a) pour combattre l’ordre constitutionnel libéral et démocratique, est déchu de ces droits fondamentaux. »

Rien que ça !… Encore est-ce tout un pays qui pourrait lui tomber aussitôt sur le paletot au titre de l’alinéa 4 de l’article 20 de la Loi fondamentale de 1947… toujours en vigueur jusque dans cette formulation stupéfiante de la plus extrême des violences :
« Tous les Allemands ont le droit de résister à quiconque entreprendrait de renverser cet ordre, s’il n’y a pas d’autre remède possible. » 

Certes, rien à voir avec l’Europe… Les Allemands font, chez eux, comme ils veulent… Et tout paraît très bien se passer… Jusqu’à ce que… Mais non, mais non, la première phrase de l’alinéa 1 de l’article 23 n’est là que pour faire joli :
« Pour l’édification d’une Europe unie, la République fédérale d’Allemagne concourt au développement de l’Union européenne qui est attachée aux principes fédératifs, sociaux, d’État de droit et de démocratie ainsi qu’au principe de subsidiarité et qui garantit une protection des droits fondamentaux substantiellement comparable à celle de la présente Loi fondamentale. »

C’est que ce « nous » n’est décidément pas n’importe qui.


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