IV. 90 – Quand la scoumoune s’y met… M. Le Drian a “Le blues”

IV. 90 – Quand la scoumoune s’y met…
M. Le Drian a “le blues”

Bien évidemment, le « Congrès du dialogue national inter-syrien », qui devait se tenir à Sotchi, en Russie, à quelques jours des manœuvres politiques occidentalo-golfiques de Genève menées sous l’égide de l’ONU (Organisation des Nations Unies), ne plaisait pas à tout le monde…

Les montreurs de marionnettes tapis dans l’ombre tirent, de toutes leurs forces, sur l’écheveau de ficelles emmêlées dans le dos des membres de l’opposition syrienne, et se prennent eux-mêmes les pieds dans leur illusion de pouvoir faire reculer le moment où ils devront se rendre à l’évidence : Bachar El Assad est toujours là, par la volonté du peuple, et la victoire de l’armée syrienne et de ses alliées sur les groupes de rebelles, sur les troupes de mercenaires de l’ÉI (État Islamique) au service des armées occidentalo-golfico-sionistes, et sur ces armées elles-mêmes, se dessine.

Les hommes politiques des États-Unis et de la France, dont cette dernière par la bouche du ministre des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian, espéraient de toute la puissance de leur haine anti-tout : anti-syrienne, anti-iranienne, anti-turque, anti-Hezbollah, que le « Congrès du dialogue national inter-syrien » serait un échec.

Une politique de haine

Le 21 novembre 2017, soit la veille d’un Sommet irano-turco-russe, Jean-Yves Le Drian lançait une nouvelle accusation contre la Syrie ; nouvelle ? pas vraiment…
« Nous avons pris connaissance avec préoccupation des informations faisant état d’une possible attaque chimique dans la Ghouta orientale le 18 novembre. » [Diplomatie du gouvernement français, Déclarations officielles de politique étrangère, page 2.]

Les attaques chimiques ? Un sujet récurrent dans la politique étrangère de la France et des États-Unis. D’où viennent les « informations », recueillies par ce ministre, faisant état d’une « possible » attaque chimique ? Lorsque M. Le Drian accuse l’État syrien d’utiliser l’arme chimique sans en avoir, au préalable, apporté la moindre preuve, il n’est pas accoudé au zinc de quelque bistrot de campagne, il est ministre français des Affaires Étrangères…

Bien sûr, l’annonce d’un Congrès inter-syrien est d’autant plus difficile à digérer, pour lui, que la France et les États-Unis ne comptent déjà que pour du beurre dans les Pourparlers d’Astana. Il n’apparaît guère ici comme très responsable de ce qu’il dit (du latin respondere : répondre de) et tente de faire diversion et, même, de faire pression sur « la communauté internationale » ou, plutôt, occidentale :
« Face à ce type de situation, la communauté internationale doit avoir tous les moyens de comprendre et d’établir les responsabilités. C’est pourquoi nous regrettons vivement que la Russie ait décidé de mettre un terme au mécanisme d’enquête conjoint des Nations unies et de l’OIAC (JIM) [=Joint Investigative Mechanism] au conseil de sécurité des Nations unies. La France condamne fermement toute violation de la convention d’interdiction des armes chimiques et en particulier tout emploi de telles armes. » [Idem. Note FP : La précision entre crochets est de mon fait.]

Le ministre français des Affaires Étrangères, plaisante-t-il ? Il ne peut ignorer que le « mécanisme conjoint des Nations unies et de l’OIAC », dont certains intervenants à l’ONU ont plein la bouche, n’est jamais qu’un organisme de plus au service des sanctions que prennent les États occidentaux contre les intérêts des États qui résistent à leur diktat. Le rôle, on ne peut plus évident de cet organisme, ne peut échapper à des pays comme la Russie qui se bat aux côtés de la Syrie contre les « terroristes », amis des armées occidentalo-golfico-sionistes. Elle a – faut-il le préciser ? – autre chose à faire qu’à s’amuser avec de telles babioles, fussent-elles onusiennes, car, d’être onusiennes ne leur donnent aucune garantie en ce qui concerne l’éthique.

Le “coup de blues” du ministre

Le ministre français des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian, est encore sous le choc de ce qui s’est passé quatre jours auparavant. Le 17 novembre, un “couac” a retenti dans la grande salle où se réunit le Conseil de sécurité de l’ONU :
« Pour la troisième fois en deux jours, le Conseil de sécurité des Nations Unies n’a pas réussi à adopter une résolution visant à renouveler le mandat du Mécanisme conjoint d’enquête sur l’utilisation présumée d’armes chimiques en Syrie (JIM). Après deux propositions de résolutions rejetées jeudi, un troisième projet soumis vendredi au Conseil par le Japon n’a pu être adopté en raison d’un vote négatif d’un de ses membres permanents, la Russie. Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Chine, États-Unis, France, Russie et Royaume-Uni) disposent d’un droit de véto. Lorsqu’il est utilisé, le véto bloque l’adoption d’une résolution même si elle a remporté une majorité de voix au sein du Conseil. » [ONU (Organisation des Nations Unies), Centre d’actualités de l’ONU, Syrie : le renouvellement du Mécanisme d’enquête sur les armes chimiques de nouveau mis en échec au Conseil de sécurité, 17 novembre 2017.]
Eh ! oui, « le véto » empêche les trois larrons du Conseil de sécurité (États-Unis, Royaume-Uni, France) de l’emporter toujours, idéologiquement, sur les deux autres (minoritaires, donc), et de faire ce qu’ils veulent contre qui ils veulent.

Cette fois-ci encore…
« Le mandat du mécanisme conjoint d’enquête de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a expiré vendredi. Si le projet de résolution proposé par le Japon avait été adopté, le mandat d JIM aurait été renouvelé pour une période supplémentaire de 30 jours, avec une possibilité de prolongation par le Conseil de sécurité s’il l’estimait nécessaire. Lors de la mise au vote vendredi de la proposition japonaise, la Bolivie et la Russie ont été les deux pays à voter contre. La Chine – autre membre permanent du Conseil – s’est abstenue. » [Idem.] Et, donc, cela retarde d’autant les punitions que les trois pays les plus belliqueux de la planète voudraient infliger à la Syrie.

Le « Mécanisme conjoint d’enquête de l’ONU et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) »… Une babiole ? Pire encore, un instrument supplémentaire de coercition à l’usage quasi exclusif des États-Unis, du Royaume-Uni et de la France :
« Le JIM a été établi par le Conseil, à l’unanimité, en 2015 pour identifier « dans toute la mesure du possible » les individus, entités, groupes ou gouvernements perpétrant, organisant, parrainant ou étant autrement impliqués dans l’utilisation de produits chimiques comme armes en Syrie. » [Idem.]
Sauf que, cet instrument ayant été créé en 2015, les États-Unis, notoirement « impliqués dans l’utilisation de produits chimiques comme armes » tournées contre d’autres États et leurs populations, n’ont jamais rendu de comptes, par la bouche de leurs présidents : ainsi, ils peuvent mettre à feu et à sang toute la planète sans rencontrer aucun problème…

Le très ombrageux M. Le Drian, qui a pourtant une carrière politique derrière lui, a la mémoire courte : quelles armes ont utilisées les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, en Irak, en Afghanistan, en Yougoslavie, en Libye… ? Il est vrai que, pour faire carrière dans la politique, il faut oublier beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses pas très catholiques… pour un ex-militant à la JEC (Jeunesse Étudiante Chrétienne), en mai 1968…

Riyad Hijab (1er plan, à gauche), coordinateur du HCN (Haut Comité des Négociations,
jusqu’au 20 novembre 2017

Le véto russe, c’était déjà trop. Mais voici qu’un “couic” bruit au sein de l’opposition syrienne si chère à la France.

Alors que la Fédération de Russie apportait officiellement, en septembre 2015, son concours actif à la Syrie pour lutter contre les « terroristes » amis des instances politiques occidentales, un organisme de plus, le HCN (Haut Comité des Négociations), était constitué à Riyad en Arabie saoudite, le 10 décembre suivant, à la fois par les groupes armés et les groupes politiques de l’opposition. Ce Comité, soutenu par l’Arabie saoudite mais aussi par la Coalition nationale syrienne alors installée à Istanbul, en Turquie, était destiné à représenter l’opposition au Président et au Gouvernement syriens, lors des réunions à Genève.

Le “coup de blues” de Jean-Yves Le Drian vient tout particulièrement de Riyad Hijab. Ce dernier avait été Premier ministre de la République Arabe Syrienne, du 23 juin au 6 août 2012, avant de passer à l’opposition. Étonnant ? Non. Puisque son grand-père, Mousleh Hijab, était l’un de ces agents zélés, proches des administrateurs étrangers, au temps où la Syrie était placée sous mandat français (1920-1946). Lorsque les troupes devront quitter la Syrie avec armes et bagages et rentrer en France, le chef de la famille Hijab sera condamné à mort pour trahison envers la patrie. Quelques décennies plus tard… Riyad Hijab, ayant, apparemment, suivi la ligne politique de ses ancêtres, est devenu l’agent des monarques féodaux du Golfe, amis des “démocrates” français, ex-occupants de la Syrie, et des “démocrates” états-uniens. Difficile, pour certains, de rompre avec un passé familial fait de protection parce que fait de servitude.

Riyad Hijab, ayant rompu avec le gouvernement syrien, était devenu la figure de proue de l’opposition au Président Bachar El Assad et au Gouvernement, en se hissant au fauteuil de coordinateur du HCN (Haut Comité des Négociations) qui avait été créé par les groupes armés et les dissidents politiques constituant l’opposition.

Or, le ministre français des Affaires Étrangères, Jean-Yves Le Drian, quand il s’exprimait, le 20 novembre, le faisait au lendemain de l’annonce, par Riyad Hijab, de sa démission du HCN, suivie d’autres défections. Voici ce qu’il en disait :
« Nous prenons acte de la décision de M. Riyad Hijab de démissionner de sa fonction de coordinateur du Haut comité syrien pour les négociations. Nous saluons l’action qu’il a menée au sein de l’opposition en vue de parvenir à une solution politique en Syrie. » [Idem.]
Les négociations de Genève, qui risquaient de se faire bientôt doubler par le « Congrès du dialogue national inter-syrien », et qui devaient avoir lieu le 28 de ce mois de novembre, se dérouleraient donc sans l’homme-lige de la coalition occidentalo-golfico-sioniste.

Le Liban libre et indépendant

Ici, il est important de rappeler que le Liban s’est trouvé, lui aussi, sous mandat britannique (1918-1920), puis sous mandat français (1920-1943)… Contrairement à ce qu’une certaine façon de raconter l’histoire voudrait laisser croire, la France n’a pas donné leur indépendance à la Syrie et au Liban : la Syrie et le Liban ont arraché leur indépendance dans le sang et les larmes.

Dernière question ? Dernière réponse du ministre français des Affaires Étrangères. Lorsqu’il s’agit d’évoquer le Hezbollah libanais, Jean-Yves Le Drian paraît être resté au temps du mandat français sur le Liban
« Les exigences de la France à l’égard du Hezbollah sont connues. Conformément aux résolutions pertinentes du conseil de sécurité, nous attendons qu’il renonce aux armes et se comporte comme un parti pleinement respectueux de la souveraineté de l’État libanais. Nous considérons également que la stabilité du Liban nécessite qu’il reste à l’écart des tensions dans la région. Nous considérons donc que l’implication du Hezbollah dans la guerre en Syrie est dangereuse et rappelons notre attention prioritaire à la sécurité le long de la ligne bleue, à la frontière du Liban et d’Israël. » [Idem, page 3.] C’est sûr et certain. Si le Hezbollah rendait les armes, le Liban redeviendrait une proie facile. « Dans ce moment délicat, nous poursuivons un dialogue avec tous les partis libanais et les encourageons à s’entendre sur le bon fonctionnement des institutions de l’État car il est indispensable à la stabilité du Liban. » [Idem, page 3.]
M. Le Drian, croit-il que le Liban doit rester éternellement sous contrôle de la France et que les partis politiques libanais, décidément incapables (contrairement aux partis politiques français) ont besoin de la France pour faire fonctionner « les institutions de l’État » ? L’État libanais, n’est-il pas un État souverain ?

Suite : IV. 91 – Sotchi (Russie), 22 novembre 2017, “Déclaration conjointe des présidents de l’Iran, de la Russie et de la Turquie” 

Françoise Petitdemange
9 février 2018


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